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ne dort ni ne sommeille le Gardien d'Israël - Behold, He who keeps Israel will neither slumber nor sleep (Ps 121,4)

Arte : ajouter de la haine à la haine

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Désespoir suicidaire

http://www.teleobs.fr/ARTICLES/A13702.asp

Dominique Dubosc est-il au service de la paix? Son objectif est-il de nous fournir tous les éléments d'un dossier complexe pour nous aider à y voir un peu plus clair? Ou plutôt d'ajouter une marche à l'escalade du ressentiment et de la vendetta fratricide qui ensanglante le Proche-Orient? Ce réalisateur met-il son indéniable talent au service d'une compréhension globale du conflit israélo-palestinien? Ou cherche-t-il au contraire à opposer encore un peu plus les opprimés et les oppresseurs, les gentils Palestiniens et les méchants Israéliens, selon les diktats d'un manichéisme primaire, hélas devenu le poinçon d'un certain progressisme «de gauche»?

Certes, son propos est ennobli d'emblée par le souci de faire connaître «la vision des vaincus», selon l'expression de Nathan Wachtel, en l'occurrence de sonder la douleur des Palestiniens, qui vivent la présence israélienne dans cette partie du monde comme une occupation inique. Mais à quoi bon faire aujourd'hui un documentaire sur la Palestine qui ne montre qu'un aspect de la réalité, un côté du miroir, une vérité partielle, terrible et passionnante, une injustice qui explique beaucoup de choses mais ne justifie en aucun cas le terrorisme aveugle? Est-il bien utile de zoomer longuement sur la jambe arrachée d'un Palestinien ou sur un cadavre d'enfant dans sa fosse, enveloppé dans le traditionnel foulard noir et blanc, sans rappeler qu'il y a aussi, chez les Israéliens, des mères en deuil et des jambes arrachées? N'aurait-on pu imaginer, au lieu de ce triptyque univoque, un film à deux volets, à deux voix, à double logique, une enquête sur les deux peuples, sur les deux tragédies, avec les arguments des uns et des autres, un film non sur Palestine, Palestine mais sur Palestine, Israël?

Chacun le comprend, dans le feu de l'action, dans le tourbillon de la montée aux extrêmes, les combattants sont aveuglés par la rage et la souffrance, et ne parviennent plus à prendre le recul nécessaire pour voir l'autre côté, pour imaginer un nouveau processus de paix. Pour les Israéliens livrés à la terreur des attentats, tout Palestinien -et depuis peu toute Palestinienne!- peut cacher un assassin. Les dirigeants israéliens sont bien placés pour savoir que chaque missile tiré sur Ramallah fait naître une nouvelle génération de kamikazes excédés. Pourtant, ils semblent désormais avoir choisi d'ignorer ce fait, et pratiquent la politique du pire, inspirée par un désespoir suicidaire. Pour les Palestiniens, tout Israélien est devenu un oppresseur, un tortionnaire potentiel. Chaque conscience poursuit la mort de l'autre. Et cette inflation des contraires se propage maintenant jusque dans la société française. Chacun est convaincu de son bon droit, lesté de ses victimes, auréolé de ses martyrs. La communauté juive se raidit sur ses blessures. Dans les milieux musulmans, la distinction entre sionisme et judaïsme tend à s'effacer, pour donner naissance à un nouvel antijudaïsme qui se distingue mal de l'antisémitisme à la mode d'autrefois. En somme, dans chaque camp, la victoire revient au fanatisme extrémiste, avec son cortège de cadavres. Et tout le problème vient de là, bien sûr, de l'inflammation des certitudes incompatibles.

Ne serait-ce pas à ceux qui, comme Dominique Dubosc, ne sont pas directement partie prenante de cette tragédie, de proposer une vision plus large, un panorama plus compréhensif? En ces temps de terreur bien partagée où la haine engendre la haine, où le crime prolifère tous azimuts, où les chars répondent aux tireurs fous, où les civils des deux camps sont pris en otage par la déraison d'Etat, la seule éthique d'un réalisateur devrait être de contribuer à faire cesser le massacre, et non à verser de l'huile sur le feu. Or Dominique Dubosc annonce clairement la couleur: «Les Palestiniens sont obscurément pris dans le rêve sioniste. La folie de ce rêve apparaît à quiconque parcourt le catalogue des lois mises en place dans les territoires depuis 1967. Les Palestiniens, eux, ne sont ni fous ni prêts à le devenir.»

Cent soixante-seize morts en une semaine. Des baigneurs mitraillés sur une plage de Natanya. Des missiles lancés sur Ramallah. Des consommateurs décimés dans un café de Jérusalem. Des chars à Bethléem... Non, n'en déplaise à Dominique Dubosc, personne n'a le monopole de la folie.Le héros de ce documentaire s'appelle Nidal; il est marionnettiste, et nous le suivons dans ses pérégrinations d'une ville à l'autre à travers les territoires occupés. Avec ses yeux, nous voyons les campagnes incendiées, les villages bombardés, les lotissements des colons israéliens. Les enfants adorent ses spectacles qui mettent en scène un digne grand-père musulman, enturbanné de blanc, et un soldat israélien brutal et sadique. Selon le dossier de presse d'Arte, à travers le personnage de Nidal, Dominique Dubosc «aborde finement la question de la transmission culturelle chez les Palestiniens». Transmission culturelle? Transmission de la peur, transmission de la haine, plutôt, comme le confirme la dernière création de Nidal: une marionnette terrifiante représentant un policier israélien, pourvue d'un troisième oeil en forme de projecteur, et qui ressemble trait pour trait aux caricatures du juif en vogue vers 1936, du côté de Berlin.

Catherine David

Réalisation : Dominique Dubosc. Production : Arte France/Kinofilm/Les Filmsd'Ici.

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