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Moïse Rahmani

C'était au temps où... (1er novembre 2007)

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C’était au temps où…

Mardi 30 octobre 2007, la synagogue Cha’are Hachamaïm (les Portes du Ciel), de la rue Adly au Caire, fêtait le centenaire de sa fondation. Seuls quelques dizaines de personnes, de rares invités de l’étranger, une poignée de membres de la communauté juive égyptienne (qui ne compte même plus cent personnes alors qu’en 1948 elle était forte de plus de quatre-vingt mille !)- les ambassadeurs d’Israël, des Etats-Unis, de France, d’Italie, du Royaume-Uni et d’Espagne, le Nonce apostolique, deux anciens ambassadeurs israéliens étaient perdus dans ce temple immense, le plus grand et le plus majestueux d’Egypte. Ils entouraient un rabbin venu de France, la chorale de la communauté de Salonique et quelques égyptiens qui assistaient à la cérémonie dont un chanteur poète, Gaber el Beltagui, qui exalta, en arabe et en hébreu, la paix. Le gouvernement du Caire avait même délégué un officiel, le conseiller au ministère de la Santé, afin de le représenter.
Où est le temps où cette synagogue, comme toutes celles d’Egypte, étaient pleines, non seulement les jours de fêtes mais durant la semaine.
Où est le temps où le Roi Farouk envoyait son représentant personnel le soir du Kol Nidre ? C’était à la fin des années quarante.
Où est le temps où le général Naguib venait en personne le soir de Kippour afin d’honorer la communauté, de lui donner confiance en la nouvelle Egypte. C’était en 1952 et Naguib était sincère. Il n’est guère resté à la tête de l’état. Trahi par Nasser, il a fini ses jours en résidence surveillée. Tiens, comme les Juifs d’Egypte…

Cinquante-cinq après, sur les trente-quatre synagogues du Caire (sans tenir compte des oratoires) seules trois sont ouvertes. Cha’are Hachamaïm, rénovée en 1980 à l’occasion de la visite de Menahem Begin, la synagogue ben Ezra, rénovée en 1990 et une, située dans les quartiers où résident les diplomates, qui accueille les Israéliens en poste au Caire. Les deux premières accueillent les {rares} touristes. Par manque de minyan (en réunissant tous les hommes du Caire il est impossible d’en former un), on ne loue plus D.ieu collectivement ni à la rue Adly, ni à ben Ezra.

Cet anniversaire marque la fin d’une communauté jadis fleuron du judaïsme. Les quelques rares Juifs habitant encore sur les bords du Nil, vestiges d’une communauté qui date des temps pharaoniques, sont les « ultimes gardiens du cimetière ». Les larmes qui ont coulé sur les joues des Juifs du Caire sont des pleurs de nostalgie. Et me revient une phrase que mon regretté père z"l avait coutume de prononcer « c’était au temps où un homme était un homme et une livre était une livre ». La livre égyptienne, désormais, ne vaut presque plus rien. L’homme, guère plus.

Bravo à Carmen Weinstein, la présidente de cette minuscule communauté qui organisé avec brio cet événement. Carmen, fière d'être égyptienne, a remercié dans son discours, à maintes reprises le président Moubarak. Mais que c'est triste de voir une communauté disparaître...

Notre « ad mea ve esrin »se traduit en arabe « o’ bal mit sana », que tu vives cent ans. Les cent ans viennent de s’écouler.

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