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Moïse Rahmani

Pessah 5768 (10 avril 2008)

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Pessah ou la magie de la Haggada

Je pense vous l’avoir déjà dit, je ne me rappelle pas de Seder dans mon enfance. Comme je me souviens pas de repas lors des fêtes : Rosh Hoshana, Kippour (à part le rituel de mon père z"l que j’ai repris à mon compte de couper le jeûne en trempant un morceau de pain dans de l’huile d’olive et en prenant un café) et la bénédiction sous le taleth paternel lors de la birkat haKohanim et le pleur du shofar, le soir de la Neïla que j'ai aussi repris et dont, pour rien au monde, je n'abandonnerai...
Et pourtant il y en avait.
Ma mère z"l était profondément juive, juive jusqu’au bout des ongles, juive et fière de sa judéité.
Je me souviens que nous allions, au moins une fois par année Haret el Yahouf, dans l’antique quartier juif du Caire, nous approvisionner en riz et en fromage pour Pessah, riz qu’elle triait soigneusement pour en retirer toutes les scories… Je la revois, assise à la cuisine, sériant grain par grain. Chez nous,le riz est cachère à Pessah.
Je me souviens des sorties de synagogue, avec mon père. Nous nous saluions des vœux habituels suivis d’un Kol sana wenta tayeb, d’une bonne année, comme c’était la coutume.
Je me souviens d’une recherche de hametz avec mon père. Nous étions dans la bibliothèque ; il tenait une bougie dans une main et une soucoupe dans l’autre. Je revois la scène : nous avions brûlé quelques miettes de pain que la mère avait déposé afin que notre recherche ne fut pas vaine.
Mais je n’ai aucun souvenir de repas de fête. Nous devions les avoir car Maman était l’aînée de ses frères et sœur. Mon père aussi était aussi l’aîné de la fratrie. Nous devions donc avoir de grandes tables, de très grandes tables.
Rien, le trou noir alors que ce devraient être les moments les plus doux qu’un enfant puisse se remémorer. Les ai-je occultés ? Bannis de ma mémoire ? C’est peut-être aussi la raison pour laquelle je n’aime pas les fêtes et que je suis nerveux, pour ne pas dire malheureux à l’approche de celles-ci car je suis orphelin de souvenirs.
Le premier Seder dont je me souvienne est celui organisé par nos amis Ezra et Sally Farhi, à Kinshasa. Sally avait réuni tous les célibataires (nous étions nombreux) et je me souviens que nous étions encore à table vers deux heures du matin et nous n’avions pas encore dit le birkat hamazon. Nous étions en 1963, 1964 ?

La première Haggada dont je me souvienne est une haggada de Luxembourg, de l’armée américaine au cours du Seder communautaire organisé par le Grand rabbin de Luxembourg, le Rav Emmanuel Bulz, z"l. C’était en 1971.

J’ai intitulé ce billet Pessah ou la magie de la Haggada. Une Haggada c’est quelque chose de magique car elle rappelle ces moments bénis entre tous où l’enfant est assis à la table familiale, encore fils.

Nous avons ce soir deux Haggadot réalisées par des membres éminents de notre communauté. Une haggada selon le rite de Rhodes, selon la tradition maintenue par le Grand Rabbin Levy z"l, en hébreu, français et ladino qui rappellera cette enfance à ceux qui feront le Seder selon ce rite et je remercie Malca qui, en nous offrant cette magnifique haggada, a réalisé ce travail de mémoire en perpétuant celle de ses parent a et une haggada magique, celle du Grand Rabbin Chalom Benizri qui reprend la Haggada qu’il avait faite dans le passé et qui avait été offerte par notre ami Elie Hasson que je salue au passage.

La Haggada de Rhodes plongera les adultes dans le passé, dans leur passé. La Haggada du Grand Rabbin nous lance vers le futur. Elle est simple, dépouillée, et attend de chaque enfant qui la recevra un coloriage. Cette mise en couleurs sera l’œuvre du récipiendaire et rendra sa Haggada unique. Unique car à nulle autre pareille. Ce sera SA haggada.
Pour cet enfant, devenu père et grand-père, deux fois par année, lors des Sedarim, ce sera le miracle renouvelé des madeleines de Proust. Croyez-moi, il ou elle aura une pensée pour son enfance, la reverra, nous reverra et écrasera sans doute une larme, cette larme qui nze sourd par n’ayant hélas pas de mémoire.
Nous qui aurons offert à notre enfant ou à notre petit enfant (deux fois notre enfant) ce livre où il aura mis tout son cœur à personnaliser serons désormais présent, à jamais, à cette table du Seder.
C’est cela la magie de cette Haggada.

En mon nom, en notre nom, au nom de tous ceux qui les offriront merci.

Hag sameah à toutes et à tous

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