Loading

Accueil - sefarad.org

Moïse Rahmani

Pessah 5768 (10 avril 2008)

    MENU    

SEFARAD.org
Moïse
Billet humeur
Ouvrages
Livres
Réaction
Belsef
DONS

Page PRECEDENTE


Pessah 5768.

Dans quelques jours nous entrerons dans Pessah.
Pour la plupart d’entre nous, les maisons auront été méticuleusement nettoyées de tout hametz et, à ce propos, je revoir encore ma mère, z"l, curer, de fond en comble, notre logis. Meubles déplacés, vidés, dépoussiérés, le contenu lavé, afin que tout impureté soit éliminée.
J’ai aussi le souvenir, très doux, de la recherche de hametz la veille de Pessah avec mon père, z"l. Nous allions de pièce en pièce, une bougie à la main, traquer le moindre morceau de pain, la moindre parcelle de farine que nous faisions brûler par la suite. C’était il y a plus de 55 ans !
Je me souviens des repas que ma mère préparait : bumuelos, désolé mais c’est ainsi que nous les appelions, au fromage ou au miel, confiture de noix de coco le matin, mina midi et soir (en plus des autres mets servis avec du riz car en Egypte (et à Rhodes) le riz est consommé... Ah cette mina maternelle que j’essaie, depuis lors, de refaire mais qui n’a et n’aura jamais le même goût car il manquera toujours, quoique je fasse, ce perlimpimpin comme dit ma petite-fille, cet ingrédient que je n’ai plus : la pincée d’amour maternel qui la rendait si magique !
Je revois mon père tremper la matza dans de l’eau pour la ramollir… Je revois…

Mais j’ai un trou en ce qui concerne les seder. Je ne me souviens d’aucun seder de Pessah et le seul dont je me rappelle c’est le repas communautaire, à la Synagogue de Luxembourg, dirigé par le Grand Rabbin Bulz, z"l. C‘était en 1973… Aucune réminiscence d’autres seder durant les presque trente années qui précédent. Bizarre.

Pessah signifie passage. Le passage de l’ange de la mort par-dessus les maisons des Hébreux en Mitzraïm, en Egypte. D’après la guématria, la valeur numérique de Mitzraim est la même que celle de metzarim qui signifie misère. Certes, nos ancêtres eurent une vie miséreuse mais sortir de Mitzrayim siginife, je le crois (mais je ne suis ni rabbin, ni exégète, ni versé dans les textes), sortir de nos misères. Se débarrasser du hametz qui est en chacun de nous.

Il me vient en tête un chiour, en enseignement qu’un rabbin (libéral) avait donné, il y a de cela quelques (bonnes) années. Il nous entretenait des Dix Paroles et posait la question : Pourquoi y a-t-il trois Paroles qui concernent D., celle du Shabbat et six relatives à l’homme. Et sa réponse était simple : c’est parce que, disait-il, l’homme compte deux fois plus que D.
Alors, comme pour Yom Kippour, venir à la Synagogue sans avoir obtenu le pardon de l’homme est dérisoire. Nettoyer le hametz de chez soi sans ôter son propre hametz est aussi futile.
Hillel zaken, Hillel l’ancien, répondait au soldat séleucide qui lui demandait de lui enseigner la Torah alors qu’il était debout sur un seul pied : « ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas l’on te fasse. Ceci est la Loi, tout e reste est commentaire ». Et il ajoutait : « Va et étudie ». Nos amis chrétiens ont adopté cet enseignement « fais à autrui ce que tu veux que l’on te fasse » preuve que christianisme et judaïsme ont, dans leurs racines profondes, le respect d’autrui même.
Trois théologiens viennent d’écrire un ouvrage remarquable : « Les versets douloureux. » : le rabbin David Meyer qui l’a dirigé, le Jésuite Yves Simoens et l’imam de Marseille, Soheib Bencheikh (éditions Lessius). Ces trois personnalités ne remettent nullement au cause les Ecritures mais demandent, à juste titre, une révision de ces versets qui furent (et sont parfois) mortifères.

Mais Pessah c’est aussi une formidable leçon d’amour.

Après le passage de la Mer Rouge, les Hébreux entonnèrent un cantique. D’après un midrash, les Anges dirent au Tout-Puissant : « entends les enfants d’Israël qui chantent en ton honneur. Nous chanterons avec eux ». Et D. leur répondit : Vous voulez chanter alors que mes enfants sont morts ? » D. pleurait les Egyptiens. C’est un des enseignements que je tire de Pessah.

Le 15 Nisan marque le début de l’Exode. Nous en avons subi un second, l’expulsion ou le départ forcé des Juifs des pays dits-arabes. Il y a plus de trois mille ans nos ancêtres ont quitté l’Egypte. En 1956, 1967 et 1973 nos coreligionnaires ont dû abandonner des terres où ils habitaient parfois depuis plus de 25 siècles, comme ceux de Babylone voire trois mille ans comme ceux de Syrie ou d’Egypte.
Le 27 mars 2008 – il y a moins de quinze jours – le Congrès des Etats-Unis adoptait une résolution enjoignant à l’administration américaine qu’à chaque fois, lors d’une réunion où le problème des réfugiés palestiniens venait à l’ordre du jour, la délégation américaine mettait à l’ordre du jour la question des réfugiés juifs.
Nos efforts ont fini par payer. Cela fait des années que nous nous battons, un peu partout dans le monde, afin de faire reconnaître nos droits et pour que justice soit enfin rendue. Je suis heureux d’avoir, de mon côté et à ma petite échelle, été un des nombreux artisans puisque mon livre, sur les réfugiés juifs, est sorti depuis près de six ans. Notre tâche continue puisque maintenant il faut convaincre les parlementaires nationaux et européens de la justesse de notre cause. En reconnaissant nos doits, ce n’est pas aux seuls Juifs qu’ils rendront justice mais aussi aux Palestiniens qui ont été brimés, spoliés, parqués dans des camps par leurs « frères » arabes qui n’avaient cuire de leur drame mais ce sont honteusement servis de celui-ci dans leur seul intérêt.
Mais hélas cette résolution est passée sous silence dans la presse européenne. Ce n’est pas du politiquement correct, voyons.

- Copyright © sefarad.org - 1997 - 2013

Retour au site sefarad.org -