Accueil - sefarad.org

Moïse Rahmani

Une canonisation qui blesse. (7 janvier 2010)

    MENU    

SEFARAD.org
Moïse
Billet humeur
Ouvrages
Livres
Réaction
Belsef
DONS

Page PRECEDENTE


 

Une canonisation qui blesse.

 

La polémique autour de la canonisation du pape Pie XII continue.

Une pétition contre cette béatification existe et est en ligne.

Je ne la signerais pas.

En voici les raisons :

 

Cette béatification concerne l’Eglise et elle seule ; nous n’avons pas à interférer ni à prendre partie sur une affaire strictement interne au Vatican. Que dirions-nous si Rome intervenait dans nos affaires, dans nos règlements, dans notre liturgie. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de la liturgie de l’Eglise qui va installer un nouveau saint. Est-ce notre problème ?

 

Que ce saint soit un saint à nos yeux est autre chose. Je l’ignore car, tant que les archives vaticanes sur cette période ne seront pas rendues publiques, le  doute subsistera.

 

L’Eglise a cependant oublié que sa liberté s’arrête où commence celle des autres. Pourquoi faire quelque chose qui blesse, qui heurte, qui peine l’autre, en l’occurrence son « frère ainé » (puisque c’est ainsi que nous  sommes qualifiés). Déjà, avec l’affaire Williamson, Benoit XVI n’a pas fait montre de grande sensibilité. On le dit froid (son discours de Yad Vashem, techniquement parfait, ne comportait la moindre once de sentiment. Ce  n’étaient pas des paroles du  coeur !)

 

Selon la majeure partie des gens intéressés à cette affaire, Pie XII a choisi de se taire pendant la Shoah. Nous aurions aimé un acte courageux, un acte public. Nous aurions voulu qu’il tonne et condamne. Nous aurions voulu qu’il se comporte en homme, en ben Adam et non en chef d’état car son silence était celui d’un diplomate. Même lorsque les Juifs de Rome, huit mille, ont été déportés dans la nuit du 15 au 16 octobre 1943, presque sous ses fenêtres, il s’est tu. Nous aurions voulu… Mais n’est pas « martyre » qui veut. N’est pas grand qui veut rester petit.

Bien que de nombreux Italiens, notamment de nombreux religieux, aient protesté publiquement, et dans le même temps cachaient des Juifs ou les aidaient à fuir, selon Ernst von Weizsäcker, ambassadeur allemand auprès du Saint-Siège, au Ministère des Affaires étrangères, 28/10/1943, NG-5027

« Le pape, bien que pressé, dit-on, de divers côtés, ne s'est laissé amener à élever aucune protestation contre la déportation des Juifs de Rome. Bien qu'il doive prévoir que son attitude sera retenue contre lui par nos adversaires et par les milieux protestants des pays anglo-saxons à des fins de propagande, il a aussi tout fait, dans cette affaire épineuse, pour ne pas grever les relations avec le gouvernement allemand et les services allemands de Rome. » 

Signalons que ce diplomate, criminel de guerre, s’était mis sous protection papale après la défaite allemande et échappa au premier procès de Nuremberg.

 

Certes, les portes de nombreux couvents se sont ouvertes aux Juifs et nombreux furent les religieux qui risquèrent leur vie pour sauver des Juifs.

 

Le monde, l’Eglise savait le sort funeste réservé aux Juifs. Lorsque l’Allemagne nazie a voulu euthanasier les personnes mentalement malades, l’Eglise s’est levée et les nazis ont fait marche arrière.

 Dans ses homélies, Pie XIl  ne condamna pas la politique allemande, n’excommunia personne  (mais les communistes le furent). Pire, au lendemain de la défaite allemande, le Vatican a ouvert les portes des couvents aux nazis et a aidé à leur fuite en Amérique latine ou dans les pays dits-arabes. Eichmann, Bormann, Mengele et combien d’autres, fuirent.

 

Quelques voix s’élèvent, aujourd’hui, pour défendre la mémoire du pape du silence. L’une d’entre elle estime même que Pie XII doive être déclaré « Juste parmi les Nations ». Pourquoi pas ? Peut-être a-t-il accompli des actions qui l’en rendent digne. Mais tant que les archives ne seront pas ouvertes, laissons Rome face à sa conscience.

 

- Copyright © sefarad.org - 1997 - 2017

Retour au site sefarad.org -