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Moïse Rahmani

Le temps des madeleines (11 février 2010)

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A Jamy, mon Ami

Le temps des madeleines.

Ce soir, je suis heureux.
Heureux car j’ai réussi à me fabriquer des madeleines. Vous savez, celles que décrit Proust. Celles qui, l’espace d’un instant, d’un instant seulement, vous renvoient dix, vingt, trente ou cinquante ans en arrière. Un bruit, une odeur, une couleur et vous voila dans le passé. Certes éphémère, certes fugace mais oh combien délicieux !

J’ai revu hier des films magnifiques qui m’ont fait revivre les années 1953, 1954 ,1955. Je me suis régalé avec la version originale de la trilogie des « Pain amour et fantaisie », « Pain amour et jalousie » et « pain amour et … (traduit par ainsi soit-il !) ».
Quelle merveille, quelle fraicheur, quelle grâce. Je revoyais, assis devant l’écran, le petit garçon que j’étais. Je le revoyais aux côtes de ses parents et de sa sœur. Je le revoyais avec toutes les promesses que ses géniteurs et la vie plaçaient en lui.
La vie fait que, bien souvent, les promesses ne sont pas ou sont mal tenues.

Ces films me faisaient revivre et regretter un univers aujourd’hui disparu. Les mots fidélité, honneur, amitié, loyauté, honnêteté, morale, patrie, respect n’étaient pas galvaudés. Ils avaient encore un sens.
 

Aujourd’hui, la morale a laissé la place à la licence, la loyauté et la fidélité n’ont plus de signification. C’est à qui trahit le plus rapidement l’autre et, pire encore trahit ses propres idéaux, se trahit soi-même D’ailleurs y a-t-il encore un idéal ?

L’honnêteté ? Parlons-en. Nous avons été élevé avec le proverbe « qui vole un œuf, vole un bœuf ». Aujourd’hui celui qui vole un bœuf n’est un sombre idiot ; il aurait du voler tout le troupeau !

C’était le temps où l’on cédait sa place à une personne plus âgée que soi et certainement à une femme, qu’elle que fut son âge.

C’était le temps où nous nous levions lorsque le professeur entrait dans la classe. C’était le temps aussi où nous connaissions l’hymne national et ou le mot patrie exprimait encore quelque chose. Le temps où nous dressions au garde-à-vous lors du lever des couleurs.

C’était le temps où, comme le disait mon père ZL, « un homme était un homme et une livre était une livre ». Ce temps est, hélas, révolu ; la livre ne vaut plus rien, et l’homme…

Je me souviens de ces vers de Lamartine


Le livre de la vie est le livre suprême
Qu’on ne peut ni fermer, ni rouvrir à son choix ;
Le passage attachant ne s’y lit pas deux fois.
Mais le feuillet fatal se tourne de lui-même,
On voudrait revenir à la page où l’on aime
la page où l’on meurt est déjà sous vos doigts.

 Oui, ce livre on peut ni l’ouvrir ni le fermer à son choix et on arrive à la page ultime en regrettant ces promesses qu’on n’aura jamais tenues.

C’était le temps des madeleines…
Alors je bénis ces quelques instants que j’ai vécus en revoyant le petit garçon que j’étais avec toutes ses promesses…

  

MR

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