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Moïse Rahmani

Pourim 5770 (25 février 2010)

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Samedi nous fêterons Pourim.

 

La Meguilla est le seul livre de la Bible qui ne mentionne pas une seule fois le nom divin (pas plus Elohim qu'Adonaï), car c'est un livre populaire. La fois où l'on sent que la mention de Dieu a été soigneusement évitée, c'est au chapitre 4, verset 14, quand Mardochée reproche véhémentement à Esther son inaction. Il lui dit alors : «...Et si toi tu restes inactive en une époque comme la nôtre, sache que n'importe comment le salut nous viendra d'ailleurs (makôm a'her).»

 

Pourim est une fête magnifique où la réjouissance est de mise. Mais il y a de nombreux Pourim : par exemple le Pourim de Suze, le Pourim Mitzrayim etc…

Chaque fois que la communauté a échappé à un danger, elle fête son propre Pourim.

 

Je revois encore mon premier déguisement. Un costume d’evzone que mon père, zl, avait reçu alors qu’il était enfant. Il ne reste que la veste et les jambières, bordées de fils d’or. La jupe a été égarée, hélas.

Le costume a jauni : il doit avoir cent ans. Aucun de mes enfants, aucun de mes petits-enfants ne l’a jamais arboré et j’en suis désolé. Maintenant qu’ils sont grands, maintenant que personne ne peut entrer dedans (il convient pour un enfant de deux ou trois ans), j’ai des regrets, des  remords.

J’aurais dû le leur donner, j’aurais dû les rattacher au Pourim de mon père. J’aurais dû…

 

Pourim, pour moi, c’est le souvenir de mon ami David. Mon plus vieil ami, mon autre moi-même qui nous a hélas quittés en août 2008.

J’ai rencontré David en 1948, au jardin d’enfants (peut-être nous connaissions-nous avant, sans doute d’ailleurs, nous habitions la même ville, Héliopolis, nous fréquentions le même Club, nos parents allaient à la même synagogue Vitali Naggiar, jouxtant l’école Abraham Betesh…

Nous étions entrés au Lycée ensemble, en ce matin de septembre 1948. Nous avons passé les  huit années qui ont suivi l’un à côté de l’autre. Nous étions inséparables..

 

A chaque Pourim, depuis plus de cinquante ans, la même image revient, immuable, celle de David déguisé. C’est le seul que je revois.

En juillet 1952, le coup d’état des officiers libres dont la figure de proue était le général Naguib, renverse le roi Farouk. Celui-ci abdique en faveur de son fils, Ahmad Fouad et s’embarque pour un exil définitif

A Kippour de cette année, en septembre ou en octobre, Naguib assiste au service du Kol Nidré à la grande synagogue du Caire, Shaar Hashamaim, les Portes du Ciel, qui vient d’être victime d’un attentat, heureusement sans gravité. Il perpétue ainsi une tradition établie depuis toujours où le roi envoie son représentant .à la synagogue, à Kippour Mais ici ce n’est pas un représentant, c’est le chef de l’état en personne. La Communauté est rassurée par cette visite : Naguib est un homme débonnaire, jovial, humain.

Il gagne la confiance, l’estime et l’amour de toute la Communauté juive d’Egypte.

 

Pourim 1953. Nous entrons dans la salle des fêtes du Club ? De la Synagogue ? D’une maison ? J’ai oublié. Un petit garçon se détache immédiatement : c’est mon David vêtu d’un uniforme de général égyptien, vêtu comme le général Naguib : veste, pantalon, casquette.

 

Naguib a été écarté dès 1954 par Nasser. Placé en résidence surveillé, il est mort oublié de tous. Sauf de moi car je pense à lui une fois par an, au moins, lors de Pourim. David aussi est mort. Mais à chaque Pourim il revit, habillé en Naguib et cela me donne l’occasion de penser, au moins une fois par an à cet Egyptien en qui nous avions confiance qui nous aimait, je pense, qui voulait que son pays progresse, avec les Musulmans, les Chrétiens et les Juifs.


A chaque Pourim je te revois, David, et je pense à toi, mon frère qui n’est plus.

 

Ce billet sur mon Pourim égyptien me donne l’occasion de vous dire aussi que la Knesset vient de voter une résolution reconnaissant les droits des réfugiés juifs des pays dits-arabes. Ce travail que j’ai entrepris il y a dix ans (bien entendu je ne suis pas le seul, ma voix était une des voix dans le monde, et mon livre, peut-être le premier sur la question, a fait des émules), n’est pas terminé. Loin de là. Il faut maintenant faire comprendre à l’opinion publique que les Palestiniens ne sont pas les seuls réfugiés, qu’il y en a d’autres, en nombre bien plus important (près d’un million de Juifs contre moins de sept cent mille Palestiniens). Je veux, non pour moi mais pour ceux qui ne sont plus, pour nos parents, nos grands-parents, pour les morts qu’on a laissés là-bas et qui sont oubliés, dont les tombes sont saccagés, les cimetières violés, je veux pour eux un acte de repentance des gouvernants des pays dits-arabes.

 

Bon Pourim à vous tous

 

 

 

 

 

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