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Moïse Rahmani

La paix, avez-vous dit ? (1er avril 2010)

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 C’est la paix : un dialogue de sourds.

 - C’est la paix

- C’est la paix, dites-vous ?

- Mais oui, Monsieur, c’est la paix entre l’Egypte et Israël. J’ai même rencontré des touristes israéliens au Caire !

- Avez-vous vu des touristes égyptiens en Israël ?

… Long silence

- Savez-vous, Monsieur, que le gouvernement égyptien vient de réhabiliter une antique synagogue dans le vieux Caire ?

Vous faites allusion à celle de Maïmonide, sans doute ?

- Oui, Monsieur, celle-là même. Les autorités du Caire ont réalisé un travail exemplaire. Restaurer une synagogue, rendez-vous compte ! Quelle magnifique preuve de tolérance !

Mais ne pensez-vous que la meilleure preuve de tolérance aurait été de la préserver avant et non de la laisser en ruines ?

… Long silence à nouveau

- Expliquez-moi alors, je vous prie, pourquoi le chef du département des Antiquité égyptiennes a annulé la cérémonie d’inauguration.

- Mais elle eu lieu !

- Non, Monsieur. Une cérémonie de consécration a bien eu lieu le 7 mars 2010 par la partie juive en présence de Juifs venus de l’étranger mais à laquelle les Egyptiens ont refusé de s’associer et ont interdit à la presse de s’y rendre. Un cordon, excusez-moi mais j’allais dire « sanitaire », un cordon de sécurité, infranchissable, a été mis en place et aucun journaliste n’a pu photographier ou filmer l’évènement.

Les Egyptiens avaient décidé une autre inauguration, le 14 mars, à laquelle, cependant, aucun Juif n’avait été convié. Vous vous rendez-compte ! Un lieu de culte, chargé d’histoire (Maïmonide c’est quand même quelque chose bien que les Egyptiens essaient de se l’approprier comme étant un « savant arabe » !), inauguré sans les principaux intéressés !

Le rapport qu’en a fait Michelle Mazel, la femme de l’ancien ambassadeur d’Israël en Egypte, est éloquent. Je m’en vais vous le lire, si vous le permettez.

 

La synagogue du Rambam au Caire, ou l’occasion perdue

-par Michelle Mazel -

Michelle Mazel est l’épouse de Zvi Mazel qui fut Ambassadeur d’Israël en Egypte
 

L’’Egypte et Israël, ennemis naguère et aujourd’hui liés par une paix fragile,  ont manqué en ce début de mars une rencontre avec l’histoire.
Depuis quatre mille ans que de difficiles relations existent entre ces deux pays et ces deux peuples voisins, quelques grandes figures ont émergé qui sont révérés par les uns comme par les autres.  Moise est considéré comme un égyptien sur les bords du Nil et son effigie   fait face à celle de Joseph dans le musée de cire de  Helwan. Il en est de même pour Moise Ben Maimon, le Rambam, le grand philosophe qui fut aussi médecin de Saladin. Après sa mort  Juifs et Arabes ont attribué des vertus miraculeuses à sa Yeshiva, l’école où il s’adressait à ses disciples. Ce petit édifice  au coeur de ce qui était le quartier juif du Caire, le Haret el Yehud attirait les malades de toutes les communautés qui venaient y chercher la guérison.   Mais les Juifs ont été chassés de ce quartier comme du reste de l’Egypte et la vénérable Yeshiva a souffert des ravages du temps et de la montée des eaux d’une nappe souterraine. La synagogue adjacente s’est écroulée lors d’un tremblement de terre. Seuls de rares visiteurs étaient autorisés à venir se recueillir en ce lieu.  C’est alors que le ministre égyptien de la culture, qui briguait la direction de l’Unesco, a annoncé sa volonté de restaurer des monuments juifs. Il y eut d’abord la grande synagogue du Caire, Shaar Hashamaim, dont le centenaire fut célébré avec faste fin 2007, puis vint le tour de la Yeshiva et de la synagogue. Un admirable travail de reconstruction aboutit à des résultats spectaculaires et tout était prêt pour la réouverture de ce lieu de mémoire. La présidente de la petite, toute petite, communauté juive du Caire commença à lancer les invitations. De partout les réponses fusèrent, positives. De France, d’Angleterre, des Etats Unis,  des Juifs qui avaient été forcé de quitté l’Egypte près d’un demi siècle plus tôt avec pour seule richesse le vêtement qu’ils portaient annonçaient leur venue. Un groupe de rabbins appartenant à la mouvance Chabad, qui fait du Rambam la clé de son enseignement religieux se décida à faire lui aussi le voyage.  Et puis, brutalement, vint l’annonce du gouvernement égyptien. Que les Juifs fêtent entre eux et dans la discrétion : les Egyptiens quant à eux inaugureraient l’endroit en grande pompe une semaine plus tard – sans eux. Deux dates furent donc fixées : le dimanche 7 mars, pour les Juifs et le suivant pour les Egyptiens….On se demande quel personnage au sein du gouvernement de l’Egypte a pu prendre une décision aussi invraisemblable que choquante. Nous y reviendrons. Le jour venu, des petits groupes de gens plus très jeunes ont pris le chemin de la synagogue. Dans ce pauvre quartier où aucune rue n’est asphaltée, les autorités avaient pris soin de goudronner la veille une unique ruelle, la  seule par laquelle les visiteurs étaient autorisés à passer. Les riverains avaient été priés de rester chez eux et de fermer portes et fenêtres, pour éviter tout contact ; à chaque rencontre avec une autre allée, des bâches de tissu bariolé  avaient été tendus pour en barrer l’accès.  C’est en pure perte que journalistes égyptiens et étrangers voulurent entrer au temple : les uns et les autres furent vigoureusement refoulés par les forces de l’ordre, dont le nombre dépassait celui des participants. La consigne était stricte : l’événement devait se passer sans publicité aucune.  Il y a vingt ans, dix ans peut-être, c’eut été possible. A l’heure du blackberry et des téléphones intelligents, la bataille était perdue d’avance, d’autant que les rabbins étaient venus avec une caméra de télévision pour commémorer ce qui pour eux étaient une occasion historique. Le soir même on pouvait voir sur CNN et sur la deuxième chaîne de la télévision israélienne les images d’une cérémonie toute simple mais profondément émouvante en présence de

 L’ambassadeur d’Israël Itzhak Lebanon et de Margaret Scobey, ambassadeur des Etats Unis ; le lendemain la presse égyptienne s’en faisait écho, les journaux d’opposition en particulier.  Il y avait ceux qui protestaient l’usage de fonds publics pour restaurer un site juif, et ceux,  non moins nombreux, qui s’indignaient de la présence de l’ambassadeur d’Israël dans un haut lieu musulman. Tous s’accordaient à évoquer les festivités prévues pour la semaine suivante.

Au bout de quelques jours les officiels égyptiens ont enfin compris ce que de telles festivités sans les Juifs auraient de grotesque. Mais comment annoncer leur annulation sans perdre la face ? En blâmant Israël et les Juifs évidemment. Un communiqué très officiel expliqua donc que la célébration prévue n’aurait pas lieu, et ce pour deux raisons. D’une part, on ne pouvait fêter la rénovation d’une synagogue alors que les Israéliens portaient atteinte à la liberté du culte des Musulmans dans les territoires occupés ; de l’autre le spectacle des vénérables rabbins buvant de l’alcool durant la cérémonie avait profondément choqué les Egyptiens. En ce qui concerne le premier argument, s’agissant d’une inauguration purement égyptienne sans le moindre Juif ou Israélien, on ne voit pas très bien le rapport. Pour le second, les Juifs ont bien le droit de se conduire comme ils l’entendent à l’intérieur de leurs temples.

La restauration et la rénovation de ces deux sanctuaires si chargés de signification pour le peuple juif aurait pu, aurait du être,  l’occasion d’une rencontre fraternelle avec le peuple égyptien au sein duquel Moïse Maimonide a vécu.  Cela, le régime ne l’a pas voulu. C’est bien dommage. 

Michelle  Mazel

 

- Je comprends votre amertume, mais ne pensez-vous qu’on doive dépasser ces péripéties.

- Péripéties, dites-vous ? Que les Egyptiens s’indignent de la présence de l’ambassadeur d’Israël dans ce qu’ils appellent un haut lieu musulman ? Depuis quand une synagogue serait-elle un haut lieu musulman ? Depuis quand Maïmonide serait-il un Musulman vénéré ?

- Mais enfin la paix ne s’arrête pas là !

Non, en effet. Lorsque vous avez un festival de film sur le dialogue des cultures organisé par les services culturels de l’ambassade de France au Caire qui, à la demande d’un réalisateur égyptien membre du jury déprogramme un film d’une jeune  étudiante  sous le prétexte qu’elle est israélienne, c’est quoi ? La paix ? Voici ce que le Monde du 31 mars relate :

 Aujourd'hui, le dialogue des cultures et la réaffirmation de l'importance de la coexistence universelle sans frontières sont devenus indispensables." Cette profession de foi, les Rencontres de l'image, festival de cinéma organise par le centre culturel du Caire, l'ont inscrite en français et en arabe sur leur site Internet. Du 8 au 15 avril, ce "lieu d'ouverture et de liberté" présentera une série de films réalises en France et en Egypte. Un jury binational y remettra cinq prix. Joli programme, soutenu par le Centre national de la cinématographie égyptienne et la Femis, la grande école française des métiers du cinéma.

Sauf que depuis vingt-quatre heures, le dialogue s'est transforme en combat. Coup sur coup, le ministère français des affaires étrangères vient de soutenir le boycottage d'un film réalisé par une étudiante israélienne, puis de faire volte-face, et de désavouer son ambassade au Caire. "Une affaire assez pénible", convient-on dans l'entourage de Bernard Kouchner. Flash-back : le 28 mars, le centre culturel du Caire annonce sa décision de déprogrammer Presque normal, un court métrage de Keren Ben Rafael. Un des membres du jury, le réalisateur égyptien Ahmed Atef, s'est violemment oppose a sa projection. Il ne lui reproche pas son contenu : cette comedie raconte l'histoire d'un garçon de 12 ans en quête d'anniversaire. Simplement, la jeune femme de 31 ans qui l'a réalisé, diplomée de l'école parisienne en 2009, est israélienne. Or M. Atef refuse "toute sorte de normalisation culturelle avec Israël ou des artistes israéliens". Il a annoncé sa démission. A l'Agence France-Presse, les services de l'ambassade confirment le retrait du film. Ils n'entendent pas prendre parti, assurent-ils. Du reste, le juré n'est pas réintegré. Mais il importe de clore une polémique et de protéger le festival.

Cette "mesure d'apaisement" est défendue a Paris. "Nous soutenons la décision qui a été prise par l'ambassade de retirer le film et de ne pas réintégrer M. Atef, déclare le ministère au Monde. Au niveau local, c'est un non-événement." Tonalité presque identique à la Femis. Marc Nicolas, son directeur, juge certes ce retrait "pas très sympathique". Mais vantant la qualite de l'équipe du centre culturel, il "ne peut pas croire (qu'elle ait) pris cette décision sans raison".

Keren Ben Rafael, elle, ne dramatise pas. Les cinéastes israéliens ont l'habitude de voir leurs films boycottes dans les pays arabes. Et même si, cette fois, le festival était aussi français, elle se dit juste "étonnée" et "triste" d'avoir été la cible "d'un autre réalisateur".

Enfin, mardi après-midi, virage sur l'aile. Interrogé une nouvelle fois par Le Monde, le Quai d'Orsay déclare, dans un premier temps, avoir décidé de projeter le film hors festival... puis que le film est "réintégré dans la compétition". "Notre message, c'est jugez le film pour ce qu'il est, pas en fonction du CV du metteur en scène", précise-t-on dans l'entourage du ministre. Un principe ? "Disons que cette position présente plus d'avantages que d'inconvénients."

 - La paix, avez-vous dit !

 

 

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