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Moïse Rahmani

Kippour 5771. 16 septembre 2010

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Même pour le Juif le plus laïc, même le Juif le plus agnostique, le Juif le plus athée, Yom Kippour revêt une signification toute particulière.

Contrairement aux autres religions où le jour de fête le plus important, Noël par exemple, est un jour festif et joyeux où l’on s’échange des cadeaux, le judaïsme a choisi comme jour le plus solennel en un jour de jeune et d’abstinence complets.  N’est-ce pas extraordinaire ?

Nous aurions pu élire Pessah, fête de la Libération, Pourim où l’on se déguise et l’où on joue. Non, nos hahamims ont opté pour Kippour.

 

Rosh Hachana, la nouvelle année, n’est pas aussi festive que l’on se plait à le penser. Elle initie les yamim noraïm, les dix jours redoutables. Vous vous rendez compte : commencer une nouvelle sur une période d’introspection de soi ! Se remémorant nos mauvais penchants !

 

A l’approche de Yom Kippour, le Juif, même le plus laïc, le plus agnostique, le plus athée sent une crainte l’envahir

Bien que certains confondent ces deux sentiments, la crainte n’est pas la peur. Si la peur est une perception déraisonnée, la crainte elle est réfléchie. La peur est l’antichambre de la terreur, la crainte est le vestibule de l’amélioration. Dans la peur il y a, en filigranes, sous-jacente, la haine. Dans la crainte, au contraire, j’y vois le respect. Et j’y distingue de l’amour car la personne qui vous inspire cette crainte n’éprouve qu’amour vous. Un exemple : on ne hait pas, khass ve khalil, D.ieu nous préserve, son père qui nourrit pour vous un amour déraisonné, mais on le craint.

 

De même nous n’avons pas à avoir peur de D.ieu (n’est-il pas notre Père à tous, notre Roi, Avinou malkenou,) mais, Il nous inspire une crainte respectueuse et nous L’aimons.

 

Il y a peu, victime d’une insomnie (ce qui m’arrive régulièrement aux approches de Kippour) je pensais à ces chants qui me font monter l’eau dans les yeux : le Hachem hou Elohim, le Hachem melekh, Hachem malakh et le premier vers du Chema.

 

Et ma réflexion m’a amené a constater que, lorsque l'on sent l'instant de la fin approcher, la personne qui partira, fait un petit Kippour, son dernier. Les Shemot sont les ultimes mots qu’il prononcera ou qui lui seront administrées, louanges à son Créateur, paroles qui l’accompagneront pour ce voyage définitif.

Si le Chema lui a bien été dit, nul n’a récité à mon père, à son terme sur terre, le Hachem hou Elohim, le Hachem melekh, Hachem malakh. Mais, peut-être, les a-t-il pensés…

C’est pour lui, qu’à Kippour, ces mots que je crie avec ferveur se terminent en murmure. Cette ferveur collective, partagée par tous,  fait vibrer les murs de  la synagogue

 

Kipppur, comme beaucoup d’entre vous, ne peut pas me laisser indifférent. Bien au contraire. Plus Kippour s’approche, plus la mélancolie m’étreint. De la tristesse se mélange à la nostalgie, un peu comme dans la chanson de Montand : « Les feuilles mortes se ramassent à la pelle ».

 

Kippour…

 

Le Grand-Rabbin Benizri, mon ami Chalom, exerce son ministère depuis quarante ans dans notre belle communauté.

Son premier Kippour c’était en 1970, il y a quarante ans.

J’étais venu à Bruxelles rencontrer Papa, z »l, condamné, à qui il ne restait plus que quelques mois de sursis.

Nous nous étions rendus à la Synagogue de la rue de Pavillon et mon père s’estat assis à la droite de la, Teva, au troisième rang, près du mur, aux côtés de ses amis Léon et Asher Hasson, z »l.

 

A chaque Kippour, je sens sa présence et je le revois, affaibli mais tenant, même malade, même presque sur le départ,  à être parmi les siens. Je le perçois et ceci m’apaise.

Chaque fois que je viens dans notre belle synagogue, mon regard se porte immédiatement vers le siège ou s’assit mon père, il y a quarante ans… C’était la place 41.


Je me souviens des Kippourim d’Egypte, à la synagogue Vitali Nagiar que les Héliopolitains connaissent bien. Elle jouxtait l’école Abraham Betesh : la cour de récréation de l’école avec son unique arbre, chétif, planté au milieu, les séparait.

 

Je me souviens des ceux au Congo avec le Grand Rabbin Moïse Lévy, z »l.  Notre belle  jeunesse rassemblée écoutant le shofar sonné par Jacques Franco. Certes il eut d’autres sonneurs, mais, c’est de lui que je me souviens le mieux.

Nous tentions, si mal, à la fin du service, après avoir dévoré les biscuits que mon ami Méir ramenait de chez lui et qui remplissaient ses poches, de l’imiter…

 

Je me souviens de cette solennité célébrée à Luxembourg par le Grand Rabbin Emmanuel Bulz, z »l. pour lequel j’ai une  tendresse et une reconnaissance infinies.

Je me rappelle d’un sermon qu’il donna, il y a 37 ou 38 ans, déjà.  Evoquant le philosophe Franz Rozenzweig qui voulait se convertir au christianisme et s’assimiler, le Grand Rabbin Buls en vint à l’attraction qu’exerce Kippour sur le Juif. Par honnêteté intellectuelle Rozenzweig tint d’abord  à connaître ce qu’il se préparait à abandonner et se rendit, la veille de sa conversion, dans une synagogue berlinoise. C’était le jour de Kippour. Saisi par la majesté de la fête, il rejettera tout désir de conversion, consacrera sa vie au judaïsme dont il deviendra un de ses éminents théologiens.

 

Le Grand-Rabbin Bulz continua alors son sermon en comparant la Communauté à un feu dans une cheminée. Il brille et éclaire. Retirez-en une branche et isolez-la. Elle semble illuminer d’avantage que le reste du brasier. On ne voit qu’elle. Mais, lentement, surement, elle faiblit et disparait.

Le feu, lui, continue de briller, d’éclairer et d’illuminer car il ne forme qu’un.

Un individu qui se détourne des siens peut briller parfois. Mais ce sera pour un temps limité et  il sombrera dans l’oubli alors que la Communauté, dans son ensemble, demeurera, vivanate et brillante. La Communauté porte ses membres.

Ceci est une des leçons que je retiens de Kippour.

 

Tous les Kippourim passés ont laissé leur trace. Mais le plus émouvant de tous c’est celui d’il y a quarante ans, ici à Bruxelles, conduit par Chalom Benizri.

Je ne pouvais imaginer alors que ce Kippour resterait gravé si profondément en moi. C’était le premier Kippour où notre cher Chalom officiait dans cette belle maison. C’était aussi le dernier de mon père.

Vous comprenez pourquoi Kippour, ici, n’a pas de prix pour moi et combien cette synagogue m’est chère.

 

A toutes et a tous, Tisku Le Shanim Rabot. Que vous soyez tous scellés dans le Sefer Hayim Tovim le Livre de la vie.

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