Accueil - sefarad.org

Moïse Rahmani

Le minyan (31 mars 2011)

    MENU    

SEFARAD.org
Moïse
Billet humeur
Ouvrages
Livres
Réaction
Belsef
DONS

Page PRECEDENTE


Le minyan.

 

J’aimerais vous entretenir du mynian, de son importance, de son essentialité.

 

Le Juif prie individuellement mais, si la prière reste toujours un acte singulier, certaines dévotions ne peuvent être psalmodiées qu’en présence de quorum de dix hommes ayant atteint leur majorité religieuse, dix  post bar mitsvah, le minyan

 

Je ne veux, ni ne peux me substituer aux rabbins ou aux hommes à la pratique ancrée, qui développeront bien mieux que moi, l’essentialité du minyan. Son importance. Je me suis contenté de chercher quelques renseignements  et je ne peux donc en parler que de manière très lacunaire.

 

Il ne faut pas être pratiquant pour compléter un minyan (rappelons-nous le proverbe yiddish : « Si neuf rabbins ne font pas un minyan, dix cordonniers en font un ».) mais les Pirke Aboth nous enseignent « Si dix hommes prient ensemble, la Chekhina, la présence de D.ieu, plane au dessus d’eux ».

Le psalmiste renchérit : « Elohim est debout dans l’assemblée divine (Ps 82,1) »

 

L’homme dévot devrait craindre l’absence de minyan. Dans le traité talmudique Berakhot (6b) les Hahamim nous  mettent en garde : « Lorsque le Saint, béni soit-Il, ne trouve pas au moins dix hommes en entrant dans uns synagogue, Son courroux s’enflamme aussitôt comme il est dit dans Isaie 50,2 : Pourquoi suis-Je venu sans qu'il y ait personne ? ».

 

Parfois (souvent ?) on doit  faire appel à l’un ou à l’autre afin de compléter ce minyan.

De temps en  temps, je recevais un coup de fil : « on a besoin de toi pour « faire le dixième ».

Bien sur j’accourrais car mes parents et mes maîtres m’avaient enseigné que c’est une mitsva. Et une mistva ne se refuse pas.

 

Et puis je me souvenais d’un épisode, gravé dans ma mémoire, où  je devais dire le kaddish et je n’ai pu le faire car il n’y avait pas minyan.

 

 Pour moi, à cet instant, la Communauté, le rabbin, les membres, le monde entier étaient tous responsables de ce manque de quorum. Comment ? Je payais ma cotisation et je ne pouvais pas honorer la mémoire de mon père zl ! Comment moi, membre de cette communauté que je rejetais en cet instant précis, ne pouvait pas dire kaddish ! Quelle espèce de communauté avions-nous là ! Quel respect cette Communauté montrait à mon père, avait pour moi !

 

J’avais envie de hurler ma rage. L’impuissance me faisait monter les larmes aux yeux. J’en voulais à tout l’univers. C’est difficile, c’est inhumain, de ne pouvoir accomplir ce simple acte filial. Un acte qui n’intervient qu’un jour par an, est-ce trop demander ? Cette Communauté était responsable de mon échec !

J’avais cependant oublié un détail. Un peut détail. Un détail insignifiant. Cette Communauté c’était moi. Moi, le Juif de Kippour. J’en étais responsable, j’en étais comptable. Combien de fois cela était arrivé à d’autres, combien de fois cela arriverait encore que ce simple acte de piété pour un père, une mère, un frère ou une sœur, peut-etre même un enfant khass ve khalil, D.ieu nous préserve, le dernier que l’on puisse accomplir et qui adoucit notre chagrin, aussi ancien soit-il,  ne puisse être réalisé. Et si cela arrive à l’être qui n’est plus, cela ne risque-t-il pas de nous arriver lorsque demain (puissions-nous vivre jusqu’à cent vingt ans), nous en serons les bénéficiaires ?

 

Et pourtant, toutes les semaines, nos synagogues sont au bord du drame. Ceux qui veulent dire kaddish, ceux qui doivent dire kaddish et qui guettent l’arrivée du dixième ? Le soupir de soulagement poussé lorsque ce membre franchit la porte. Car c’est le dixième qui pose problème. Qu’il manque quatre ou cinq membres est moins dramatique que l’absence d’un seul.  Me permetrais-je d’imiter le poète « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé »  (l’Isolement, Alphonse de Lamartine) ? Et Pourquoi pas ? Une synagogue est vide si elle n’a que neuf fidèles et pleine lorsqu’elle en compte onze.

 

Souvent le miracle du minyan s’accomplit. La prière peut se dérouler. Mais parfois, il n’y a pas de kaddish, il n’y a pas de lecture de la Torah mais un pleur intérieur et une immense envie de hurler.

 

C’et pours ces raisons personnelles, profondément intéressées je le reconnais, que le minyan est crucial et que je me dois de le compléter.

 

 

Moïse Rahmani

 

 

- Copyright © sefarad.org - 1997 - 2017

Retour au site sefarad.org -