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Moïse Rahmani

Etre s├ępharade aujourd'hui (4 septembre 2014)

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Qui l’eût dit, qui l’eût cru ? Nous entamons ce soir notre 23e année avec deux nouvelles et belles voix : Romy et Inès Daniela. Et Rivka, toujours fidèle. Je ne suis pas loin, même si, en raison d’une faiblesse d’élocution, je ne prends pas la parole (ouf, enfin il la ferme celui-ci ne manquerez vous pas de dire).
 
“Etre Sépharade de nos jours” est un texte écrit à nos tous débuts. Il est aujourd’hui encore, et même plus que jamais, d’actualité.
 
Je tente, au fil des années, de débroussailler le terrain en donnant un aperçu, rapide et incomplet du monde sépharade tel qu’il se présente. Mais il est important, pour l’auditeur, qui ne s’est pas nourri de cette culture si vivifiante et qui me fait l’amitié de me suivre depuis plus de vingt ans de comprendre ce que veut dire être sépharade aujourd’hui.
Chacun a, bien entendu, sa propre vision. Laissez-moi vous livrer la mienne, évidemment lacunaire.
Être sépharade aujourd'hui, c'est avoir le soleil en soi. Il nous materne tous mais, pour le Sépharade, il revêt une sensibilité particulière. C'est le soleil emporté, pour beaucoup d'entre nous, de cette Espagne qui fut et nous est encore chère, soleil enrichi de celui de l'Empire ottoman, additionné d'une touche de l’astre qui illumine les Balkans, berce la Grèce, caresse l'Italie ; il s’ennoblit par celui d'Israël vers lequel convergent nos regards et notre coeur.
 
Être sépharade aujourd’hui, c'est porter en soi un peu de cette péninsule ibérique qui, à un moment funeste de son histoire, n'a plus voulu de nous. C'est remplacer le souvenir douloureux de Ferdinand et d'Isabelle par celui, plus ancien, d’Alphonse VI l'empereur des trois religions.
 
Être sépharade aujourd'hui c'est avoir en soi cette hildageria, cette noblesse chevaleresque qui fait le charme de cette Tiera de Sefarad toujours chère à nos âmes et que cinq siècles d'absence n'ont pas altéré dans notre mémoire collective. Comme l’affirmait un notable stamboulite à un notable salonicien : « chaque Sépharade est un prince », mais sans jamais oublier qu’être prince n’octroie que le droit de servir. Il crée des devoirs et si parfois le Sépharade regarde de haut son semblable c’est pour mieux l’aider à se relever.
 
Être sépharade aujourd'hui, c'est maintenir cette langue, seul trésor emporté en 1492. C'est encore la parler et l'enrichir comme toute langue vivante, en hispanisant des mots autres.
 
Être sépharade aujourd'hui, c'est tenter d'être, comme nos aïeux, un pont entre les civilisations. Nos ancêtres de l'École des Traducteurs de Tolède ne furent-ils pas le trait d’union entre les civilisations latine et arabe apportant à l’une et à l’autre la connaissance et le savoir ?
 
Être sépharade aujourd’hui, c'est se souvenir, sans en tirer gloriole, que nos grands poètes et nos grands penseurs, issus de cette terre dont ils ont vanté la douceur, ont contribué à sa grandeur. C’est essayer de suivre, à notre mesure, leurs traces.
 
Être sépharade aujourd'hui, c'est savoir se pencher pour mieux écouter l'autre. C'est lui prêter une oreille compatissante et sincère, c'est essayer, toujours, de ne jamais rendre le mal pour le mal sans tolérer l'injus-tice ni la méchanceté. C'est défendre le faible et l'opprimé et protéger la veuve et l'orphelin.
 
Être sépharade aujourd'hui, c'est vibrer pour son histoire, c'est transmettre sa culture, c'est s'affirmer universel.
 
Être sépharade aujourd'hui, c’est avoir le sens de la fête et la faire, même avec un rien. C’est saisir toute circonstance et provoquer toute occasion de celébrer ce qu’on veut, quand on veut, où l’on veut. Même sans raison. Surtout sans raison.  Pour le seul plaisir, le sien et celui de l’autre.
 
Être sépharade aujourd'hui, c'est avoir la joie de vivre chevillée au corps et louer D.ieu en ponctuant chaque phrase d’un be ezrat Hachem, grâce à D.ieu, si kyere el D.yo, Mach’Allah en hébreu, en français, en arabe ou en judéo-espagnol. Même pour l’agnostique ou l’athée.
 
Être sépharade aujourd'hui, c’est avoir le sens du partage et de l’honneur. C’est s’être abreuvé à une double, à une triple culture et l’avoir synthétisé en une particulière, la nôtre.
 
Être sépharade aujourd'hui, c’est être le sel qui donne le goût au pain. Les Chrétiens, sont la farine, les Musulmans le levain. Ou est-ce le contraire ? De cette union est né le pain. Les Sépharades, les Juifs sont le sel et le pain est devenu meilleur.
 
Être sépharade aujourd'hui, c'est être Juif, tout simplement.
 
Ma reconnaissance va à tous nos auditeurs disséminés aux quatre coins du monde. Ce n’est que grâce à leur amical soutien que cette exaltante aventure continue.
 
A tous, du fond du coeur, merci.

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