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Moïse Rahmani

Yevarekh ehad yshmerekha Kippour 5775, 2 octobre 2014

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Sous le taleth de mon père. (Kippour 5775 – 2014)


Kippour est un aimant. Un feu qui brûle. Un moment d’intense réflexion qui me ramène, immanquablement, des décennies en arrière. Au temps où j’étais enfant et accompagnai, main lovée dans la sienne, mon père à la synagogue. Au temps béni où il était encore à mes côtés

Je ne connais rien de plus émouvant, de plus noble aussi, que le père rassemblant sous son taleth ses enfants lors de la birkat haKohanim, la bénédiction sacerdotale marquant la fin de Yom Kippour et lorsque retentit le Chofar.

Et pourtant, lorsque nous étions gamins, nous craignions d'être ridicules et pouffions de rire en nous voyant les uns les autres, la tête couverte par le taleth de notre Papa, sa main comme couronne. Tout comme nos enfants et nos petits enfants aujourd'hui : "Tu m'écrases la tête. Tu me décoiffes. Il fait chaud." Litanies qui se répètent de génération en génération.
Nous n’imaginions pas, une seule seconde, ce que notre père pouvait penser. Nous sentions que la main était pesante, allait même nous dépeigner, sans saisir cette douceur, cette tendresse infinies qu'elle irradiait. Cette protection aussi car, sous cette main bienveillante, rien ne pouvait nous arriver. Nous étions intrigués par l'émotion de Papa qui se revoyait, sans doute, petit, sous le taleth de son père. Mon père perdit le sien à neuf ans et ne m’en parlait jamais. Seul son amour infini compensait la blessure.
.
A notre tour aujourd'hui de reproduire ce geste immémorial.

Durant la Néïla de Yom Kippour, à la synagogue de Luxembourg, j'appelais mes filles, pour cette bénédiction, pour entendre le chofar. Peu m'importait si j'étais le seul à le faire, peu m'importait les quelques regards étonnés sauf celui, bienveillant, du Grand Rabbin, Emmanuel Bulz, zl, de mémoire bénie, semblant m'approuver. Pour mes filles, pour mon père, pour moi, je devais reproduire ce geste, le transmettre, le pérenniser.

J’ai entretenu ce don légué par mon père de réunir tous les miens sous mon taleth, faisant entrer mon épouse et mes filles à l'intérieur de la salle de prières. Je pense avoir été un des rares au début. D'autres suivirent et, maintenant, nous sommes nombreux à protéger, sous notre châle, femme et enfants et, pour certains, maman.

J'ai été heureux, j'ai été ému lorsque mon petit-fils s'est plaint que celui que je lui avais offert ne soit pas assez large pour recouvrir sa famille. Sois rassuré mon Sacha, ton taleth est, comme le dit le Rabbin en parlant des murs de la synagogue, extensible et tous les tiens y trouveront leur place.

Yevarekh ehad yshmerekha
La larme se faufile.
Yassem Hadoshem fanar elekha
Elle glisse.
Ve yasse lekha Chalom
Elle s'étale.

Hadoshem hou haelohim se répète et se répète encore. Sept fois. Chaque fois plus fort. Chaque fois plus intense et le frisson devient irrépressible
.
Le Chofar hoquète. Le Chofar sanglote. Sa supplique nous enveloppe, nous caresse, pénètre le cœur, materne l’âme. Le pleur jaillit enfin.
D’ieu seul sait ce que je donnerais pour revenir, une fois de plus, une fois encore, « rien qu’une fois seulement » sous le taleth de mon père.

Je demande pardon à tous ceux à qui, involontairement, j’ai pu faire du tort tout comme je ne tiens pas rigueur à ceux qui m’en auraient fait.
Que vous soyez tous inscrits dans le Livre de la Vie.

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