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Moïse Rahmani

Djoha (22 octobre 2014)

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Djoha

 
Bonjour et bienvenue dans ce monde merveilleux de Djoha
C’est une joie de parler de ce personnage qui nous est cher, Djoha que notre amie Malca Levy  a si brillamment restitué dans son « Assi biva Djouha » et qu’elle dédicacera le 16 novembre lors de notre Salon des Ecrivains et je ne le ferais pas à la Djoha.

A à la Djoha ? je vous explique.
Djoha aurait demandé :Vous connaissez assi biva Djouha ? vous, afin de ne pas paraître ignorant, auriez répondu : Oui, bien sur.
Alors Djoha vous aurait dit : puisque vous connaissez son histoire, je ne vais donc pas vous en parler.
Khazouk ! : s’il repose la question, certains diront oui, d’autres non.
Djoha, après la pause, demande à nouveau : Vous connaissez assi biva Djoha ? La moitié de la salle répond oui, l’autre non.
Djoha, très docte, lance : que ceux qui la connaissent en parlent aux autres…
 
Personnage ingénu et faussement naïf, prodiguant des enseignements tantôt absurdes tantôt ingénieux, Djoha aurait vécu en Turquie mais sa renommée s’étend des Balkans à la Mongolie en passant par la Sicile et l’Italie où il s’est christianisé sous le nom de Giufa (une rue à Venise porte son nom, la Ruga Giufa). Ses aventures sont chantées en maintes langues, du serbo-croate au persan en passant par le turc, l'arabe, l’italien, le grec et bien d'autres sans oublier, évidement, muestra linda lingua, le judéo espagnol.
 
Personnage moitié fou moitie sage, selon les pays il se nomme Joha, Ch’ha ou Djouha. En Égypte c’est Goha et il a bercé ma prime jeunesse. En Turquie Nasreddin Hodja, en Perse Mollah Nasreddin (où, exception notable, c’est une personne docte et sage) et en Asie centrale Appendi (du monsieur turc, efendi), mais ce sont toujours les mêmes aventures que l'on raconte à son propos.
 
Ses courtes histoires sont morales, bouffonnes, absurdes, parfois coquines mais sont aussi des contes facétieux moraux et parfois mystiques. Djoha est tellement intelligent qu'il en devient bête ou est-il si bête qu’il dit des choses intelligentes ?
 
Mains auteurs ont écrit sur Djoha. L’ouvrage qui a illuminé mon enfance, Le Livre de Goha le Simple d’Albert Adès et Albert Josipovici est paru déjà en 1919.
 
Notre ami Malca s’est attelée à reprendre, dans cette merveilleuse édition bilingue éditée par la Librairie Orfeu, les joyaux que lui contaient ses parents de mémoires bénies, sa Maman Félicie et son Papa, mon regretté maître, le Grand Rabbin Moshe Méïr Levy, en Gan Eden ke sean et d’autres qu’elle a patiemment recueillis. Avec Assi biva Djouha, Malka enrichit la production littérature judéo-espanole d’un nouveau fleuron.
 
Ces belles et touchantes histoires, sont si modernes qu’on oublierait presque que leur héros a huit cents ans. Elles sont si universelles même que, comme nous le confie Malca, la plus importante métropole d’Afrique du Sud porte son nom ; la ville de Djoha, Djouhanesburg.
 
D’une plume alerte et vive, sensible et pleine d’émotion, Malca sait trouver le mot juste pour nous offrir ce Djoha à la sauce rodeslie. Les belles illustrations de Beni Turiel enrichissent encore cet Assi biva Djouha.
 
Pour conclure, permettez-moi de vous citer deux historiettes, l’une montrant la sagesse de notre héros, l’autre sa grande naïveté
 
Le fils de Djouha lui demande: “Quelle est la différence entre l’économie et l’avarice ?”
Djouha répond: “Fils, si je remets cet hiver mon manteau de l’année passée, je suis économe, mais si ta mère remet le sien cette année-ci, je suis avare.”
 
Le père de Djouha l’envoie acheter des allumettes.
Il lui dit de les essayer, pour voir si elles sont bonnes.
Il va au marché, en demande au vendeur, en achète et les teste. Toutes.
Il rentre chez lui, les remet à son père : “Voilà, elles sont toutes bonnes ! je les ai essayées”.

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