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Moïse Rahmani

Billet d'humeur du 7 mars 2002. Lu sur les ondes de Radio Judaica

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J'ai honte. J'ai honte de ce qui s'est passé lors de l'émission de la RTBF Lieu public du mardi 5 mars 2002. Etaler ainsi, en public, nos différents !

Nous avons raté une occasion rare : une fois que le débat se soit politisé, c'est à dire dans les trente premières secondes, montrer que nous sommes capables de tendre la main envers les Musulmans de Belgique et trouver, avec eux, les points qui nous rapprochent au lieu de pointer du doigt ceux qui nous séparent.

Le présentateur de cette émission a su, dès le début, dresser les uns contre les autres. Il n'y avait à voir comment ils étaient installés : gauche contre droite, partisans de l'Etat d'Israël contre ses détracteurs, Juifs contre Musulmans. Le seul gagnant fut Paul Germain et son audimat. Les perdants : la Communauté juive en générale et tous ceux qui veulent un dialogue ouvert et montrer à nos concitoyens le visage de la communauté effrayée par cette montée de la judéophobie alimentée par la diabolisation d'Israël dans les médias.

Nous avons donné le spectacle d'une communauté déchirée, en butte à des luttes intestines, dont certains membres se sont permis des propos injurieux à l'égard d'autres. Ceci est inadmissible et condamnable.

Je n'ai pas eu la parole. On ne me l'a pas accordé. Les micros de certains, nombreux et modérés dont le mien, était coupés. Est-ce parce que j'étais sur le plateau le seul Juif venant des pays arabes ? Etait-ce parce que dans mes billets d'humeur (je sais qu'ils sont lus par la co-réalisatrice de cette émission, Manu Deloporte - elle me l'a dit et c'est sans doute une des raisons pour lequelles elle m'avait invité) perce toujours une note d'espoir ? Etait-ce aussi parce que je suis connu comme une homme modéré tentant de bâtir des ponts entre nous, Juifs et entre les diverses communautés qui habitent ce pays ?

J'aurais voulu dire à mes voisins arabes que, dans nos langues, pour dire bonjour, nous utilisons le même mot : Salam, Shalom qui veulent dire Paix. J'aurais voulu ajouter que nous avons des liens de parenté proche et que notre grand-père commun, Abraham - Ibrahim, devait pleurer de chagrin en voyant ses fils se déchirer. J'aurais pensé ajouter que nos pères, Ismaël et Isaac devaient se retourner dans la tombe en constatant que leurs fils se disputaient l'héritage alors que le partage devrait être la règle. Dans les familles, même les meilleures, les querelles d'héritage sont légion et nous n'en avons pas l'apanage. Mais nous devrions être au dessus et partager, en toute équité ce qui nous revient, à tous les deux, de droit. Sans nous léser les uns les autres.

Voila ce que j'aurais voulu dire, si on m'en avait donné l'occasion

Les réalisateurs voulaient des Jeux du Cirque. Avec du sang, et, dans ce cas la diatribe et l'invective. Ils ont eu ce qu'ils voulaient. Nous sommes tombés dans un piège que nous ne pouvions pas éviter.

La solution la plus sage aurait été de refuser de participer à cette émission, à tout le moins de la quitter dès qu'elle dévia de son sujet : la judéophobie.

Dommage, nous avons manqué une occasion et ce n'est pas entièrement notre faute !

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