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Moïse Rahmani

La mémoire maintenant

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Billet d'humeur sur Radio Judaica, 90,2 FM Bruxelles (26 août 2004)

La mémoire, maintenant !

Cet été aura été de commémorations, un été festif.

6 juin 2004 : Commémoration du soixantième anniversaire du débarquement de Normandie
août 2004 : Commémoration du soixantième anniversaire de la libération de Paris et de Nice
et, bientôt, en septembre 2004, la commémoration du soixantième anniversaire de la libération de Bruxelles
le 5 septembre, la Caserne Dossin était libérée. Premier camp à l’être. Joie pour les survivants, kaddish pour les autres, pour tous les autres.

Le monde entier participe à ces réjouissances et l’on a même vu Schroeder l’Allemand avec Chirac le Français.
De tous les orateurs sur les plages de Normandie, le seul à avoir mentionné les Juifs (un million trois cent mille combattants parmi les Alliés) fut George W. Bush.
Travelling sur les tombes (très rapide sur celles surmontées d’un Magen David).
Joie bien sur. Et tristesse aussi, pour nous, car la Shoa continue : Juifs hongrois, roumains….

23 juillet 2004 : soixantième anniversaire de la déportations des Juifs de Rhodes et de Cos et, le 16 août 2004, soixantième anniversaire de l’assassinat de mille cinq cents d’entre eux à leur arrivée à Auschwitz.

Soixante ans et le monde n’a toujours pas compris. En Europe, cette Europe qui a connu ces massacres abominables, l’antisémitisme renaît et repart. Synagogues attaquées, gens molestés, poignardés, rabbins agressés, insultes, bâtiments brûlés et, sur les lieux même de l’horreur, à Auschwitz Birkenau, des jeunes français insultent de jeunes juifs ! Oui, à Auschwitz sous l’œil amorphe de leurs accompagnateurs, des adultes. L’horreur : ce lieu de mémoire souillé par les invectives, ce lieu devenu l'exemple de l'indicible où, à la suite de ces invectives, de ces insultes, l'indicible s'est produit.

Les antisémites tentent d'éradiquer la mémoire et la transmission juives. En s'attaquant à des écoles, à des synagogues, à des centres communautaires.
Ces jours-ci, un haut lieu de la mémoire sépharade parisienne, le centre de l'Union Sépharade Israélite de France, l'USIF, a été la cible d'une attaque anti-juive. .

Cette union, créée des 1913 après l'arrivée des Juifs de Turquie et de Salonique, rassemblait les judéos-espagnols qui tentaient de maintenir leur ancrage linguistique, qui essayaient de perpétuer les traditions et les coutumes avec un lieu où les réunions se terminaient autour d'un buffet à la "muestra" où chacune se surpassait, servait, depuis quelques années, de pôle de rencontre pour les esseulés et pour ceux dont les moyens sont limités.
Véritable "resto du cœur" juif en plein Paris, ce centre permettait à des dizaines d'anonymes, sépharades ou non, juifs ou non (la misère ne choisit pas sa proie), de venir passer quelques moments en compagnie d'autres esseulés, avec d'autres naufragés de la vie. Et le temps passait, étalant une (petite) couche de baume sur leur détresse. Bavardages pour retrouver cette dignité humaine que l'infortune balaie, hélas, souvent. Bavardages pour ne pas chavirer. Bavardages qui fleurait bon l'Alliance Israélite Universelle de leur enfance. Bavardages qui sentait bon la France, cette France que l'on veut retrouver, cette France d'hier, de jadis,cette France où ils pouvaient affirmer encore : "Heureux comme un Juif en France".

La mémoire sépharade, si joliment chantée par Annie Benveniste dans son émouvant "Le Bosphore à la Roquette" (éd. l'Harmattan) et Brigitte Peskine dans le magnifique "Les eaux douces d'Europe" (ed Seuil) ou encore par Edgar Morin dans "Vidal et les siens" lorsque l'auteur faisait encore parler son cœur et non ses convictions que j'estime ajourd'hui dévoyées n'est pas anéantie. Je compte sur ceux qui, envers et contre tout, la vivent, la transmettent, la perpétuent. Je ne leur dirais jamais assez : "vidas largas a muestra kultura" et surtout merci. Je compte sur eux et je compte sur nous.

Je ne peux pas m’empêcher de tracer un parallèle avec les Tutsis, massacrés, comme les Armeniens, les Juifs et les Gitans, pour ce qu’ils sont. Pour ceux qu’ils sont et le monde n’a pas compris. Un million de morts en quelques semaines. Et la semaine dernière, à Gatumba, 163 réfugiés, en majorité des femmes et des enfants, massacrés à la machette ou brûlés vifs. Les femmes enceintes éventrées. Il n’y a pas de mots, il n’y a plus de mots. On a envie de hurler à la mort.
Pourquoi, pourquoi ?

L’Economist du vendredi dernier titrait, en parlant des Tutsis : Les Juifs d’Afrique. Encore des Juifs qu’on assassine.

Pour rester dans le ton, je vous signale que la RTBF vient de publier : "Les dossiers secrets du nazisme" (coffret 2 DVD) (26,90 E) sur lequel nous reviendrons plus en détail très prochainement. Notre télévision nationale fait œuvre utile en rappelant le passé sombre et nous lui en sommes gré. Nous ne pouvons qu’espérer que ce travail de mémoire portera ses fruits car celui qui ne connait pas le passé est condamné à le revivre.

Permettez-moi de vous signaler un livre qu’il faut lire séance tenante. Le Livre noir de l’Autorité Palestinienne de Catherine Leuchter aux Editions Cafe Noir. L’editrice, Danielle Dorval, n’a pas froid aux yeux en sortant cette brique (pus de 400 pages) décidement très incorrecte. Précipitez-vous chez Filigranes (publicité gratuite) pour acquérir cet ouvrage. Il en vaut la peine. Des faits précis, des chiffres sans état d’âme, une rigueur scientifique. Tout sur cette autorité palestinienne si encensée chez nous.

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