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Moïse Rahmani

Pessah

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Pessah, difficile liberté. Notre année ne commence pas avec Rosh Hashana mais avec Pessah. Avec notre libération. Cette fête symbolise, bien mieux que Hanoucca, la liberté. Liberté nationale de notre peuple sous la houlette de Moshé Rabbenou mais surtout liberté intérieure.

Pessah - et divers auteurs l'expliquent dans ce journal bien mieux que je ne puisse le faire - c'est le passage. Passage de la Mer Rouge, certes, mais aussi le passage au delà de nos misères. Rappelons nous que Mitzrayim, Egypte, a la même valeur numérique que metzarim, misères. Etre libre c'est non seulement être à l'abri de toute tyrannie, physique et morale, c'est être victorieux de nos propres mauvais penchants.

J'ai passé une grande partie de ma vie à m'opposer à ceux qui entravaient la liberté de nos frères. Ayant vécu dans un pays arabe, certes tolérant - l'Egypte le fut - mais où il était mal vu d'afficher son judaïsme, je me souviens de faits qui se sont passés il y a plus de cinquante ans, mais qui me marquent encore. Je me souviens de ma fierté lorsque - je devais cinq ans - je voulus faire savoir à ma mère que je connaissais les premières lignes du Shema par c%9Cur. Je commençais à le lui réciter - nous étions en public - heureux comme peut être l'enfant qui veut éblouir sa maman lorsqu'elle plaqua sa main sur ma bouche. Il ne fallait pas prononcer le mot Israël. J'ai encore devant moi son regard fier mais apeuré .

Je me souviens aussi des alertes aériennes en 1948. J'avais quatre ans. Nos fenêtres étaient cachées par de lourdes tentures blues, opaques. Un jour je les écartais pour voir la rue : j'entends toujours l'aboiement qui éclata de la rue : " Taffi el nour, yahudi ibn kalb ", éteins la lumière, juif fils de chien ! J'entends toujours la cavalcade dans l'escalier et maman demandant pardon pour le petit garçon que j'étais%85

Je me souviens de la censure. Nos lettres étaient systématiquement violées. Entre nous nous parlions de " la bas " pour dire Israël.

Je souhaitais Pessah pour tous les Juifs. Mon premier combat fut pour les " refuzniks ", les Juifs d'URSS, que l'on empêchait d'émigrer vers " là bas ". J'ai participé à Luxembourg, il y a près de trente ans, au groupe des 35, cette extraordinaire entreprise dont le but était d'aider moralement les Juifs du silence. Nous écrivions beaucoup, Aux Juifs d'abord pour leur dire qu'ils n'étaient plus seuls, et aux autorités. Les nôtres et les soviétiques. Je me souviens des étiquettes que j'avais imaginées ; " SOS l'URSS viole les droits de l'Homme ". SOS étant pour Shtaransky, Orlov et Slepak. Je vois encore Avital Shtaransky venir demander notre aide, notre action pour Ida Nudel et pour Sakharov. Je me souviens de notre émotion lorsque nous sûmes que notre premier refuznik était enfin autorisé à émigrer.

Un de mes grand moments en Belgique fut pour ces autres Juifs du silence, les Juifs de Syrie. Le Bnai Brith de Bruxelles, sous la présidence de notre regretté Jo Wybran, fut le chef de file d'une manifestation qui embrasa l'Europe. Le même jour, dans vingt six villes, sous le patronage de vingt six prix Nobel, nous montrâmes du doigt les autorités syriennes. Nous les avions invité, par défi, à participer à notre colloque. Une chaise leur fut réservée. Elle trôna vide. L'ire des syriens fut grande, nous n'en avions cure car la situation des Juifs s'améliora un peu...

Il a neuf ans j'ai eu l'occasion avec mes amis Sabine Roitman et Roger Pinto de me rendre dans un des pays les plus reculés : le Yémen. Nous y allâmes au bluff, décrochant un rendez-vous avec Al Rayani, le ministre des Affaires Etrangères. Nous voulions lui dire au nom des Juifs de monde entier : " laisse partir mon peuple " bien que nous ne fussions mandatés par personne. Nous demandions simplement la liberté pour ceux qui en étaient privés. Le Yémen est un pays sauvage, magnifique. Les gens sont fiers, leur regard vous perce. Ils ne baissent pas les yeux... sauf les Juifs, reconnaissables entre tous balayant le sol de leurs yeux ; ce sont les seuls aussi à ne pas arborer cet attribut vestimentaire sans lequel tout adulte yéménite est nu, le large couteau recourbé, la djambiya et ce sont aussi les seuls à porter les peyoth, les papillotes. On nous en affirma l'obligation, sorte de rouelle ou d'étoile jaune orientale, comme si l'absence de djambiya ne suffisait pas à les montrer du doigt.

J'ai vu, de mes yeux vu, des Yéménites musulmans les appeler : " Juif, viens ici ". Le regard hésitant, la démarche triste, le Juif obtempère. Nous nous révoltions en silence mais ne pouvions rien dire ; notre réaction pouvait avoir des conséquences néfastes sur eux, la vie humaine, là-bas, est bon marché ! Si le sang se lave dans le sang pour les Musulmans, qui vengera le Juif mort ? Une simple amende %85

Certes le Yémen a ses coutumes, diverses de celles des autres pays arabes. Mais dans tous ces pays la couleur du sang est différente que l'on soit musulman ou non. Les Juifs sont toujours, aujourd'hui encore, des citoyens de seconde zone même s'ils ne sont plus (parfois) taillables et corvéables à merci.

Heureusement la situation des juifs, tant en Syrie qu'au Yémen s'est améliorée. Les Juifs sont autorisés enfin à quitter le pays, un grand nombre à choisi de partir. Il ne reste que quelques poignées à Damas, Alep ou Kamishli, à San'aa, Rayda ou Saïda au Yémen. Nous avons réussi à en faire sortir quelques uns et je sens encore nos larmes lorsque nous avons vu les photos des enfants que nous avions rencontré débarquant à Tel Aviv. Ce fut un grand moment.

Aujourd'hui ce n'est pas encore Pessah pour certains de nos frères en terre d'Islam. Ce n'est pas Pessah pour les quelques Juifs qui restent en Lybie, en Irak. Il y en a. Ce n'est pas Pessah pour nos Juifs libanais emprisonnés depuis des années D.ieu seul sait où et seul D.ieu sait s'ils sont toujours vivants, pour ces Israéliens dont on n'a nulle trace en Syrie et pour Ron Arad, détenu par les Iraniens. Ce n'est pas Pessah pour les trois soldats et l'homme d'affaire israéliens kidnappés au Sud Liban par le Hezbollah. Ce n'est pas Pessah pour la dizaine de nos frères croupissant en prison en Iran menacés d'exécution sous le fallacieux prétexte d'espionnage. Le plus jeune a seize ans. Leur crime : avoir étudié la Torah. Mon crime en Egypte aurait pu être celui de réciter le Shema pour éblouir ma maman.....

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