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Moïse Rahmani

La France elle m'a laissé tomber...

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La France elle m’a laissé tomber…

Ne m’appelez plus jamais France, La France elle m’a laissé tomber

Vous connaissez les paroles de la chanson sur le paquebot France de Michel Sardou. Jadis orgueil de ce pays, la France l’a trahi en le vendant.

Tiens, cela me rappelle quelque chose. A vous pas ?

La France. Comme je l’ai aimée passionnément. Comme ce nom résonnait en moi, depuis ma plus tendre enfance. Comme un tas d’enfants juifs du Moyen-Orient (je ne parle pas de ceux du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie sous protectorat mais de ceux d’Egypte, de Syrie, du Liban qui avaient le choix), éduqués dans des écoles françaises – nos ancêtres les Gaulois ! J’ai été élevé dans l’amour de la France inculqué par ma mère d’abord, par mes maîtres ensuite.
Ma mère, ZL me disait souvent : tout homme a deux patries, la sienne et puis la France. Pour elle, la France, c’était la patrie des Droits de l’Homme (maman avait « oublié » l’infamie de Vichy pour ne se souvenir que de Gaulle, l’homme du 18 juin et de René Cassin, le Juif ). La France pour elle, pour moi, c’était le pays qui avait accordé, avant les autres, l’émancipation à ses Juifs. Maman ne se rappelait que de la première partie de ce que Stanislas de Clermont-Tonnere(1757/1792)disait : Tout aux Juifs en tant qu’hommes. Elle ignorait la suite, rien en tant que nation.
Nous, Juifs, n’avions retenu de Napoléon que le rétablissement du Sanhédrin. Nous ne voyions pas les flots de sang versés durant les innombrables guerres de l’Empire.

Nos mères nous berçaient sur les comptines de l’Hexagone : A la claire fontaine succédait Malbrough s’en va-t-en guerre. Nos mères pleuraient (et nous aussi) sur ces inoubliables : Les roses blanches, Domino, les feuilles mortes…. Ray Ventura (encore un Juif) les faisaient swinguer et elles se pâmaient en écoutant André Claveau, Tino Rossi, Charles Trenet, Lucienne Delyle. Maurice Chevalier du haut de sa « Pomme » les emmenait à Paname et, secrètement peut-être, rêvaient-elles à ces apaches, ces voyous qui envahissaient les bals musettes. Elles auraient voulu être, sans-doute, dans une guinguette au bord de la Marne les dimanches, et non sur ceux du Nil ou de la Méditerranée.

Si nous aimions la France ? Je me souviens de mes livres de géographie (la «ligne bleue des Vosges »), de mes cours d’histoire (Mallet et Isaac et, à ce propos, signalons que Jules Isaac – tiens, encore un Juif - , bien qu’ayant , dès la fin de la Première Guerre mondiale la direction des manuels d’histoire chez Hachette, associa toujours Albert Mallet, l’historien décédé en 1915 et avec lequel il ne collabora jamais à ces travaux, lui rendant un hommage. Vous en connaissez beaucoup des hommes ayant cette probité intellectuelle ?

Je ne peux oublier mes poètes d’abord François Villon (1431? -1463 ?) et l’immortel
« France, mère des arts, des armes et des lois
Tu m’as longtemps nourri du lait de tes mamelles
Or comme un agneau qui sa nourrice appelle
Je remplis de ton nom, les antres et les bois
»

J’ai vibré (je vibre encore) en lisant les poésies si sombrement magnifiques de Baudelaire, j’adorais « Tonton » Hugo comme nous l’appelions irrévérencieusement. Les romantiques, Lamartine, Musset, Vigny me nourrissaient. Mon dessert je le prenais en me délectant de la lecture des poètes maudits, Verlaine surtout ! Je pensais comme Baudelaire qui disait pouvoir se passer de pain mais jamais de poésie.

Cet amour nous remplissait et j’ai continué, envers et contre tout, par fidélité envers cette « deuxième patrie » (peut-être était-ce même la première) de ma mère décédée si jeune.

Comment pouvais-je oublier de Gaulle recevant Ben Gourion ? Le haut Charles et le petit David, côte à côte ? L’Israël, notre ami, notre allié du général nous réchauffait le cœur, nous réjouissait l’âme. Nous deux amours qui se déclaraient une flamme éternelle. Maman devait se réjouir au Gan Eden. Comme nous avions raison d’aimer, d‘adorer la France . Quel bonheur ! quelle joie ! quelle fierté ! C’était ma France, c'était l’enchantemen, l'enivrement.

Et 1967 arriva. Et la femme trahit. Et le « grand » Charles invectiva : « Peuple sur de lui et dominateur ». Mais de qui parle-t-il ? Nous avons certainement mal entendu. Ce n’est pas possible. Pas lui, pas elle. Pas la France. Pas notre France. Pas cette patrie choisie ! Non, s’il vous plait, pas ça. Non, aidez-moi, je vous en prie. Dites-moi que j’ai mal entendu. Dites-moi que c’est faux. Réveillez-moi de ce cauchemar.
Mais non, pas de cauchemar, hélas. De Gaulle, finalement pas grand du tout, très petit individu au contraire s’était épanché. Il parle de moi., moi qui ne suis sur de rien, moi qui ne domine personne mais qui ne veux plus être dominé et je crois que ça, le petit bonhomme ne l’encaisse pas. Révolu le temps du « Un bon Juif est un Juif mort ». Un Juif, maintenant, rend les coups, ne les subit plus. Il est fini le temps où nous dépendions des autres pour notre survie.

Nous avions bien entendu. Et ce n’était pas un accident. Après de Gaulle vint Pompidou qui maintint l’embargo. Les vedettes, non de Taiwan mais de Cherbourg lui restèrent en travers de la gorge. Celles-ci furent payées légitimement (mais peut-être n’y eut-il pas les « cadeaux » comme parait-il ceux de Taiwan sous forme, dit-on, d’enveloppes bien garnies - !
Ce même Pompidou qui, à la question d’un journaliste, lors d’une conférence de presse, sur les relations entre l’Hexagone et Israël, les compara à un appel téléphonque de Jérusalem : « Il n’y pas d’abonné au numéro demandé...
Et Giscard avec son onctueux et hypocrite bonsoir besieur, bonsoir badame, examinant Israël à la jumelle, du côté jordanien. Michel Jobert, haut comme trois pommes, vertes et acides, persiflant méchamment : « est-ce une agression que de tenter de rentrer chez soi » ? Raymond Barre, faussement bonhomme s’indignant, en automne 1980, après l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic : "...cet attentat odieux visant des Israélites se rendant à la synagogue et tuant des Français innocents" car les Juifs sont fatalement coupables, eux !
On recommença à croire au Sphinx, Mitterand. Pas meilleur que les autres… Pas pire non plus avec ses vieux souvenirs de Vichy…. Mais c’est vrai, il était résistant … tardif . Bousquet, Papon, n’étaient-ce pas des relations ?
Et Chirac, dit Chichi , dit le Caliphe, dit ChIrak. Une main dans le dos pour caresser les Juifs et le poignard dans l’autre pour assaillir Israël. Qui critique Jérusalem mais que fait-il donc en Cote d’Ivoire. Vous comprenez quelque chose à cette haute politique ? Moi pas.

Je n’ai pas compris aussi comment, je ne sais quel dirigeant français a souillé l’armée française en lui faisant porter le cercueil d’Arafat. Et a fait jouer la Marseillaise accompagnant le despote pour son dernier voyage alors que cet honneur n’est, semble-t-il, réservé qu’aux seuls Français !. Un affront contre les victimes des attentats-suicides, israéliennes ou françaises. Mais Chichi s’en moque. Tiens, pourquoi ce faux, déclarant le terroriste né à Jérusalem (aucun document qui l’atteste, aucune preuve, alors que l’acte de naissance, reconnu par l’OLP elle même, le fait naître au Caire)?

Nous avions, avec la France, un amour charnel, fusionnel. Nous ne voyions que les côtés positifs (d’ailleurs il ne pouvait y avoir des côté négatifs). Nous nous mettions la main devant les yeux, nous nous bouchions les oreilles et nous nous scellions la bouche. Les « Morts aux Juifs » de l’affaire Dreyfus, la France de Laval et de Pétain (tiens, le Sphinx y servait comme haut fonctionnaire, à Vichy) nous nous voulions pas les entendre. C’était une péripétie, un accident, l’exception qui confirme la règle.

La France elle m’a laissé tomber.
Ne me parlez plus de la France, patrie des Droits de l’Homme, droits qu’elle viole si fréquemment, ces fameux droits de l’homme et du citoyen si bien respectés. Rappelons-nous les ratonnades des Algériens et leur massacre, si, si, massacre, à Paris, par les hommes de Papon, alors préfet de Paris. Des chiffres : entre le 8 et le 23 septembre 1961, 29 087 personnes ont été contrôlées, 659 internées, 184 expulsées en Algérie. Le 17 octobre une hécatombe. Des corps repêchés dans la Seine, tués par balle, étranglés, émasculés... De Gaulle jugera cette tuerie "inadmissible mais secondaire". Et aujourd’hui en Côte d’Ivoire ? Qu'est-ce qui est secondaire ? Et au Rwanda, qu'es-ce qui est inadmissible ?(br> *http://www.actualite-emigration.org/act-emi-dos-spe-oct/massacre.htm **http://livres.lexpress.fr/critique.asp?idC=1936&idR=12&idTC=3&idG=8

André Aciman, un écrivain new yorkais né en Egypte affirme, dans "Adieu Alexandrie" que sa patrie c’est sa langue. Il a raison. Nous partagions lui la même patrie : le français. Je suis devenu apatride de la France. Elle m’a tourné le dos durant près de quarante ans, depuis 1967. Je la rejette désormais et je préfère de loin, oh oui de très loin, le « lechana abba bi Yeroushalayim » de mes ancêtres, à « Douce France, cher pays de mon enfance » et si j'aime toujours, malgré mes soixante ans, danser encore la hora, ce ne sera le pont d'Avignon.

La France ne me laissera plus tomber, c’est moi qui, comme le demande Sardou pour le navire France, « le cul tourné à Saint Nazaire » c’est moi, dis-je, qui lui tourne désormais le dos.

Moïse Rahmani*

NB : le lecteur aura compris que lorsque je parle de la France, c’est à ses dirigeants que je m’adresse, non à ses habitants. Tout comme Sardou. La France qui « nous a laissé tomber » ce sont les gouvernants de la Vème république.
Le lecteur et moi savons que l'honneur de la France ne dépend que de son peuple.

* L'auteur, écrivain, est un Juif italien né en 1944 au Caire

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