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Moïse Rahmani

Les Justes de Saint-Martin-V├ęsubie. 10 mai 2006

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Non, je ne parlerai pas de la déliquescence, depuis cinq ans, de la communauté sépharade de Bruxelles qui n'a plus, hélas, de sépharade que de nom. Ce serait donner trop d'importance à certains.

Il y a des choses autrement plus essentielles, autrement plus humaines. Des choses qui nous font croire en l’être humain.

J'étais, ce mardi 9 mai 2006, à Saint-Martin-Vésubie, ce village dont les habitants – guère plus de 1300 à l'époque - ont recueilli, pendant la tourmente, 1200 Juifs. Certes les Juifs y avaient été assignés à résidence, certes des maisons avaient été louées, que les Juifs avaient été assignés a résidence mais ceci ne retire rien au danger que courraient les habitants. Pensez donc : héberger des Juifs ! Nourrir des Juifs ! Vêtir des juifs ! Sauver, tout simplement, des Juifs ! Ils y ont vécu six mois dans une quiétude presque totale, protégés par les habitants ... et par la garnison italienne car Saint-Martin-Vésubie est sur les hauteurs de Nice, non loin de l'Italie, accessible par deux cols, - à deux mille cinq cents mètres ! toujours sous la neige. Les cols de la Fenestre et de la Cerise.

Ils ont créé une synagogue, trois mariages ont été célébrés, les enfants allaient à l’école...
A la capitulation italienne, les Juifs ont cherché refuge en Italie en franchissant ces deux cols situés, je le répète à 2.500 mètres, dans la neige (mardi, à 1500 mètres « seulement », il faisait froid, très froid... et, malgré le soleil, de la neige traînait encore par terre). Alors, à la fin de l'été, pour des hommes, des femmes, des enfants, des bébés, non entraînés, mal vêtus, mal chaussés, mal nourris, se cachant pour échapper aux patrouilles des SS...
Certains se sont perdus, la nuit, d'autres rattrapés...

Les Juifs furent aidés par la population. Beaucoup échappèrent à la déportation (mais pas les vieux, les malades et sutout les enfants - sauf un - cachés au "Clos Joli" - et leur saga est contée dans le livre "La Pierre des Juifs" (deux tomes à ce jour) par Danielle Baudot Laksine, aux éditions du Bergier. (www.bergier.fr)
) Sans doute que notre auteur, fière de ce village et de cette histoire, a quelque peu enjolivé le récit en donnant l'idée que Saint Martin en entier était un village de Justes. Oui il y en eut, et beaucoup, et c'est tout à l'honneur de ce village que d'en compter tellement.

L’auteur s’investit dans cette mission de faire éclater la vérité, de faire reconnaître des Justes, de détruire les préjugés et les fausses rumeurs qui vont jusqu’à dire que des Juifs ont été assassinés et volés. Oui, en aménageant une cuisine au sanctuaire de la Madone, des ossements ont été retrouvés. La rumeur est partie : des Juifs assassinés alors que l’expertise montrent qu’il s’agit de cadavres vieux de cent à deux cents ans, des pèlerins, malades sans doute.

Quelques-uns ont été repris, déportés, assassinés.
Une plaque rappelle l'événement à Saint-Martin-Vesubie la Vésubie. De l'autre côté, en Italie,à Borgo San Dalmazo, un mémorial se dresse.

Le village commémore tous les deux ans les journées de l'amitié ou survivants venus du monde entier et la population se mêlent, comme jadis, avec beaucoup d’émotion. De l'autre côté de la frontière, les Italiens célèbrent à Borgo, tous les ans, ce sauvetage car, on ne le répetera jamais assaez, les Italiens ont sauvé les Juifs. Les Italiens, alliés des nazis, ont protégé les Juifs et c'est la raison pour laquelle un nombre important de Juifs s'est réfugié dans la zone d'occupation italienne. Lorsque les Italiens ont quitté leur zone d'occupation, ils ont conseillé aux Juifs de les suivre pour avoir la vie sauve...

Nul ne conteste que ce village a eu des Justes. Sans doute pas tous les villageois, mais un bon nombre d'entre-eux. Danielle Baudot Laksine a réussi à faire reconnaître des Justes et poursuit son oeuvre. J'ai vu ces paysans, ces rudes bergers au coeur gros comme ça, qui ne comprennent pas pourquoi on fait un tel tapage alors qu'ils n'ont fait, disent-ils, qu'accomplir ce qui était juste : aider et sauver des vie humaines. Les Peppino, les Margo sont des Bne Adam et si, un jour, vous êtes sur la Côte d'Azur, allez au village leur dire bonjour. Bonjour et merci... *

Nous sommes en peine. Nous sommes affligés. Des amis ont perdu un être cher, un être irremplaçable.
Lev, le fils de nos chers; nos très chers Micheline et Nathan Weinstock; arraché brutalement à l'affection des siens,à l'age de 36 ans, au seuil de la vie, anéantissant une famille. Nous pleurons avec eux.

Renée Hirsch, militante infatigable de la cause juive, nous a également quittés. Sa voix, sa plume, son enthousiasme, sa passion nous manqueront.

Ezra Alhadeff, le frère de ce cher David, ravi à l'affection des siens...

Nous présentons aux familles de Lev, de Renée et d'Ezra nos condoléances les plus émues.
Qu'elles trouvent, en ces quelques mots, l'expression de notre peine, de notre affection et de notre tendresse.

Le souvenir des disparus sera source de bénédictions.

* A noter aussi deux livres sur ce sujet
Alberto Cavaglion, Les Juifs de Saint Martin Vésubie,
Septembre-Novembre 1943, Editions Serre, Nice, 1995

Jean-Louis Panicacci, Les Alpes-Maritimes, un département dans la tourmente,
Collection Actual, Editions Serre, Nice 1989, réédité en 2005.

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