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Moïse Rahmani

Le pape Benoît XVI à Auschwitz : une visite qui aurait pu et du être plus marquante. 31 mai 2006

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Une visite qui aurait pu et du être plus marquante.

Le pape Benoît XVI a visité, dimanche 28 mai 2006, le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. La veille, il avait assisté un à rassemblement qui comprenait, sous une bannière claquant au vent, des éléments d’une radio polonaise, virulente, violemment antisémite, bestialement judéophobe. Certes, il n’est pas responsable mais les autorités polonaises auraient pu, auraient du, veiller au grain.

Benoît XVI a choisi de devancer son escorte et de pénétrer seul, devant tous, au camp. C’est un geste symbolique, pour un pape allemand, enrôlé, de force comme l’affirme le Vatican, dans les jeunesses hitlériennes.

Il s’est recueilli longuement à Birkenau, devant les dix-neuf plaques rappelant le million et demi de morts juifs.

L’El Maleh rahamim, qui faut trembler d’émotion chaque Juif, a retenti. Chaque Juif pleurait silencieusement.

Le discours du pape, en italien, a manqué de force, a manqué de caractère. Il a, bien sur, condamné le national socialisme, parlé deux fois de la Shoah mais a fait preuve d’une absence de sensibilité en laissant entendre que le peuple allemand était aussi victime. Certes, il y en avait, mais de la à rejeter toute la faute sur les seuls dirigeants, il y a un pas que Benoît XVI franchit très vite, oubliant ces « gens ordinaires » qui ne firent qu’« exécuter » les ordres.

Dans son discours, le Pape a déploré l’absence de D.ieu en ce lieu. Il eut mieux valu regretter le silence des hommes et le condamner. D.ieu n’avait pas sa place à Auschwitz. Le cri des hommes oui.

Le pape a loué les carmélites. Il a oublié l’occupation du « Théâtre » où était déposé le zyklon B et cette immense croix toujours à l’intérieur du camp. Si D.ieu était absent, pourquoi essayer de le faire revenir et de christianiser Auschwitz, la Shoah ? Je ne comprends pas.

Lors de son discours, le pape a parlé des six millions de Polonais assassinés durant la guerre. Sur ces six millions, plus de la moitié était juive. N’était-ce pas nécessaire de le rappeler ?

Certes, par rapport à son prédécesseur Jean-Paul II qui, lors de sa visite, n’avait pas mentionné une seule fois le mot « juif » il y a un mieux : Benoît XVI a cité deux fois la Shoah.

Ah comme j’aurais aimé que Benoît XVI accomplisse le même geste que feu Willy Brandt, chancelier d’Allemagne, fit en s’agenouillant spontanément. Lui, le résistant au nazisme, prit sur lui aussi la culpabilité allemande, la partageant avec son peuple. Le pape avait un double devoir : comme chef de l’Eglise et comme Allemand. Deux mille ans d’enseignement du mépris conduisirent à Auschwitz. Faire acte de repentance solennelle en ce lieu maudit aurait peut-être, ramené D.ieu à Auschwitz. Peut-être l’a-t-il fait ; je ne l’ai pas vu et les télévisions ne l’ont pas montré.

Ah comme j’aurais été heureux d’entendre une condamnation sans équivoque de l’antisémitisme. Charles Péguy, un grand penseur du catholicisme, ne disait-il pas que celui qui insulte un Juif c’est comme s’il lançait un crachat à la figure de Marie, la maman de Jésus ! Les Chrétiens ont, hélas oublié, que Jésus, ses parents, ses frères, ses sœurs, tous les siens étaient juifs et que, s’ils avaient vécu dans les années d’horreur, ils auraient été, eux aussi, gazés à Auschwitz.

Nous sommes, sans doute des écorchés vifs, mais peut-il en être autrement ?

J’ai aussi été peiné et blessé que le pape n’ait cité que deux noms lors de son discours. Des millions sont morts. Alors pourquoi le père Maximilen Kolb, dont on oublie souvent qu’il fut antisémite avant-guerre ? Certes son geste, noble et altruiste, mérite le plus grand des respects ; il a échangé sa place avec celle d’un père de famille, polonais catholique et non juif comme a désinformé la chaîne de télévision nationale belge, RTBF 1. L’aurait-il fait s’il s’était agi d’un père de famille juif ? Il y en eut des milliers, des dizaines de milliers. Comme il y eut un million cinq cent mille enfants ! Benoît XVI a aussi parlé d’Edith Stein, la qualifiant de juive et de chrétienne. Née juive, elle est morte juive car ce n’est pas comme chrétienne qu’elle a été déportée mais comme fille d’Israël. Ce n’est pas comme religieuse qu’elle a livrée par son couvent, mais bel et bien comme juive. Sans doute les sœurs ne pouvaient faire autrement, sans doute ont-elle protesté.Mais Edith Stein a voulu rejoindre son peuple et partager son sort. C’est ce qui s’appelle techouva, c’est ce qui s’appelle le Kiddoush Hashem, la sanctification du Nom Divin.

Ne citer que ces deux personnes, le père Kolb et « la bonne juive Stein », celle qui ne devient bonne que parce qu’elle se convertit, c’est faire preuve, à mon sens, d’un manque de sensibilité.. Si le judaïsme comptait des bienheureux et des saints, tous les jours du monde ne suffiraient pour les vénérer quotidiennement, pour les honorer, un à un, un par jour. Nous n’avons pas de saints, nous n’avons pas de bienheureux, nous n’avons, hélas que des sœurs, des frères, des êtres de notre chair et de notre sang que nous avons perdus.

Ytgadal veyidkadash shemeh rabba….

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