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Moïse Rahmani

Les Congolais juifs (2 mai 2007)

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Les Congolais juifs

Je rentre de la République Démocratique du Congo.

J’ai été invité à l’inauguration de la plaque commémorant le vingtième anniversaire de la pose de la première pierre de Beit Yaacov, par Monsieur Clément Israël. Beith Yaacov est une magnifique synagogue en plein cœur de Kinshasa qui rappelle qu’une communauté juive existe au Congo depuis plus de cent ans et que celle de Kinshasa, fondée il y a plus de quarante ans aujourd’hui abritait alors près de huit cents personnes.

Certes, je connaissais ce lieu de culte m’y étant rendu, après trente-cinq ans d’absence, en octobre 2004.
Depuis, je me suis intéressé à l’histoire de cette communauté et j »avais envie de coucher sur le papier sa saga.
J’ai parlé avec bon nombre de personnes et j’ai découvert des pans inconnus de cette merveilleuse aventure que celle des Juifs du Congo. J’ai noté l’affection, le respect, l’amour que les Congolais portent au judaïsme en général, aux Juifs en particulier. D.ieu a élu un Peuple, lui a offert une Terre et, comme le dit Paul dans l’épître aux Romains, XI, 29 : « Les dons et l’appel de D.ieu sont sans repentance. »

C’est ainsi que j’ai eu l’occasion, non le privilège, de rencontrer Guershon. Guershon est un trentenaire congolais qui s’est intéressé au judaïsme, a habité quelques années en Israël et a embrassé chez les massoreti, à Paris, notre foi. Il a ouvert une synagogue dans les quartiers est de la capitale française.
Il m’a présenté Joseph, un tout jeune homme, converti lui aussi, via le Consistoire de France. Il y en aurait quelques-uns en France, en Europe et dans le monde. Le B’nai B’rith et Imaj ont projeté un documentaire, « Black Israel » qui raconte l’histoire de ces Africains ralliés à la foi de Moïse.

Au cours de mes recherches j’ai découvert des choses incroyables : une tribu ougandaise, les Abayudaya, qui embrasse le judaïsme vers 1920, les Beta Israel du Ghana, les Lemba d’Afrique du Sud, les Juifs de Tombouctou…
Mon ami Mathias m’entretient des liens de certains Tutsis envers le judaïsme. On me parle des Bayuda du Kasaï au Congo qui affirment venir d’en haut, c’est-à-dire du Nord. Bayuda : de Juda ou Maison de Juda.

Et puis on me parle de Congolais de père juif. Certes, j’en connaissais et j’avais brièvement esquissé leur portrait dans mon premier ouvrage sur la question « Shalom Bwana, la saga des Juifs du Congo. » Je croyais leur nombre limité à quelques-uns. Que me trompé-je ! J’ai rencontré, au cours de ce séjour très bref, quatre jours à peine, dont un utilisé à me rendre à Lubumbashi, sur la tombe de ma mère (ah, que le cimetière est bien tenu !), une dizaine de Congolais et de Congolaises aux racines juives et qui les revendiquent fièrement. Reconnus par leur père, ils furent élevés par la mère et souvent scolarisés dans des missions chrétiennes. Leur connaissance du judaïsme est rudimentaire, certes, mais leur immense soif d’apprendre m'émeut profondément.
Tous, sans exception tous, m’ont clamé leur appartenance au judaïsme. Tous, sans exception tous, m’ont affirmé être Juif. Tous, sans exception tous, en sont fiers. Juifs et Congolais disent-ils. Certains sont à la recherche de leurs racines, telle Hélène, née en 1946, d’un père médecin, qui s’est rendu au Yémen, dans les camps de réfugiés juifs en partance pour Israël, et qui y fut assassiné par des Arabes en 1948 ! Elle veut en savoir plus sur ses racines religieuses. Et Juliette attachée profondément à son père, un Sépharade que j’ai bien connu et à la femme de son père qu’elle appelle maman et qu’elle aide, discrètement, depuis des années. Sa fille lorsqu’elle s’est présentée à moi, m’a simplement dit : « Je suis la petite-fille d’A. ». Elle s’est mariée à un Israélien, parle un hébreu impeccable et a deux enfants israéliens.

Tous sont désireux de fréquenter la synagogue. Certains, à Lubumbashi, s’occupent avec Robert Lévi, de l’entretien du cimetière dans lequel aucun de leurs proches ne dort…

On m’a dit qu’à Lubumbashi seule, près d’une centaine de Congolais de père juif y demeurent. Ah, s’ils revenaient au judaïsme, quelle belle histoire n’aurions-nous pas à écrire encore !

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