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Moïse Rahmani

La magie de Kippour (20 septembre 2007)

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La magie de Kippour

Comment caractériser cette fête, la plus solennelle de notre calendrier. Une fête qui est loin d’être un moment festif. Comment ne pas être rempli de respect envers une religion, un système de vie si l’on veut, où l’événement qui réunit toute la communauté n’est pas joyeux mais austère. Comment qualifier cette journée où nous implorons le pardon ? Si le judaïsme n’a qu’une seule grandeur, elle se résume ici.

Durant cette période desYamim Noraïm, le Juif, quel qu’il soit, ressent un étrange sentiment. Pratiquants ou non, croyants ou non, nous sommes tous, je le crois, un peu mal à l’aise, un rien anxieux, voire craintifs.
Quelle que soit notre relation avec D.ieu, quelle que soit notre relation avec la religion, on ne peut s’empêcher de se poser l’éternel questionnement : « ai-je fait tout ce qui était en mon pouvoir pour ne pas nuire à autrui ? Me suis-je comporté en « ben Adam », en homme, en « mensch ». Ai-je fait ce que je peux pour m’améliorer et, par cette amélioration, améliorer le monde qui m‘entoure ? »

La coutume veut que l’on quémande le pardon de ceux que nous avons lésés, de ceux à qui nous avait fait tort, en actes et en paroles. Nos livres de prières l’affirment dès la première page : « Il est inutile de demander pardon à D.ieu si tu n’as pas, d’abord obtenu celui de ton prochain car D.ieu pardonne les pêchés qui lui ont fait mais pas ceux faits à l’homme. »

J’ai entendu, sur ces antennes, une jeune femme qui animait l’émission de la Communauté de la rue de la Régence. Une émission superbe faite par Cecile avec beaucoup d’érudition L’animatrice parlait de Kippour et affirmait que nos Sages aveint établit une comparaison entre l’homme et l’ange. La qualité de l’ange est qu’il ne peut se dépraver mais son défaut résidait dans le fait qu’il ne pouvait pas s’améliorer alors que la qualité de l‘homme était sa facuté de s’amender et son défaut sa possibilité de perdition. L’homme a le choix, l’ange pas. Ne dit-on pas que l’homme qui fait techouva est plus grand que le plus grand sage ?

En cette veille de Yom Kippour j’ai une pensée particulière pour trois amis qui nous ont quittés ces jours derniers : Dona Benatar, une femme d’une générosité et d’une gentillesse extrêmes que tous les Lushois (les habitants de Lubumbashi) connaissaient et aimaient, partie dans les bras de sa fille Sarica, à Cape Town, la veille de Rosh Hashana, de Haim Menascé que nous connaissions tous à Bruxelles, un homme d’engagement et Selim Mizrahi, un homme au sourire merveilleux et à la douceur proverbiale. Cette femme, ces hommes, avaient en commun quelque chose de rare de nos jours : la droiture, la générosité et l’intégrité.
En les perdant, nos communautés sont orphelines.
En Gan Eden ke esten, ils nous manqueront beaucoup.

En cette veille de Kol Nidré j’ai aussi une pensée toute particulière pour deux hommes qui ont marqué ma vie de Juif. Le Grand rabbin Moïse Lévy, z"l et le Grand rabbin de Luxembourg Emmanuel Bulz, z"l. En hommage à ces deux personnages hors du commun, nous passerons le Kol Nidre chanté parle Grand rabbin Levy, cette voix qui résonne encore en nous et je voudrai rappeler un enseignement du Grand rabbin Bulz lors, justement, d’un soir de Kol Nidré, il y a plus de trente ans.
Il citait le cas d’un Juif allemand (était-ce Rozensweig), intellectuel de haut niveau, qui se préparait à embrasser le christianisme ? J’ai oublié. La veille de sa conversion, en homme intègre, il a voulu d’abord connaître ce qu’il se préparait à quitter. Il s’est rendu dans une synagogue, le soir du Kol Nidré. Dois-je vous préciser ce qui s’est passé ? La magie de Kippour a fait son effet car Kippour est un moment magique, un moment unique.

Nul Juif ne peut résister à ce chant du Kol Nidré, à cette magie de Kippour. Il arrache des larmes aux plus endurcis.
Les chants du soir de Kippour, Hachem ou alehohim, et Hashem melekh, Hashem malakh, Hashem imlokh leoam vaed, me plongent dans une tristesse infinie car ils me rappellent mon rocher, mon père z »l qui n’est plus depuis des décennies.

Prendre les miens sous mon taleth, lors de la Birkat Hacohanim et à l’écoute du shoffar lors de la Neila me rappelle ces moments bénis qu’enfants nous trouvions ridicules alors lorsque nous étions sous le taleth de notre père. Que ne donnerai-je pour revivre une fois encore, une fois seulement, ce moment. Et je sais ce sentiment partagé par tous les orphelins, quel que soit leur âge. Aujourd’hui, j’ai trois de plus que mon père, douze de plus que ma mère.

En cette veille de Kol Nidré, je demande à ceux que j’ai lésé de me pardonner et je pardonne à tous ceux qui m’ont causé du tort, involontairement ou intentionnellement.

Je vous souhaite à tous et à tous ceux qui vous sont chers d’être inscrits dans le Sefer Hayim Tovim. Puissiez-vous tous être scellés dans le livre d’une bonne vie

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