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Moïse Rahmani

Un livre magnifique et courageux : "La France résistante"

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LA FRANCE RESISTANTE.
Histoires de héros ordinaires.
d'ALAIN VINCENOT.
par Yaël König, Ecrivain

Ce troisième livre d'Alain Vincenot sera, à n'en pas douter, un incontournable ouvrage de référence, en même temps qu'il réussit la prouesse de ressembler à un suspense haletant, souligné par le fait qu'il ne s'agit pas de fiction, d'un des moments les plus dramatiques de l'histoire de la France. N'imaginez pas encore une autre biographie de Jean Moulin, ou des Aubrac. Le propos d'Alain Vincenot est différent.
En ces deux années (2004-2005) de commémorations marquant la fin de la Seconde Guerre Mondiale, 60 ans après la Libération, l'auteur s'est attelé à relater l'histoire de 60 de ceux qu'il appelle « des héros ordinaires », des anonymes qui, sans se poser de question, sont entrés en Résistance.
Qui étaient-ils ? La réponse est simple et large : « Ils étaient tous ! » En effet, aristocrates, ouvriers, chercheurs, paysans, fonctionnaires, syndicalistes, garagistes, immigrés juifs, intellectuels, croyants ou athées, de droite ou de gauche, parisiens ou provinciaux, et même apatrides, ils sont entrés dans un terrible combat pour lequel ils n'avaient pas été préparés, mais dont l'enjeu immense était de rendre à la France sa liberté, sa dignité, son honneur. Souvent ils ont agi spontanément.
Ecoutons-les plutôt :
Charlotte Nadel, Paris : « Le risque ? Nous n'y pensions pas. Article 1, Nous étions convaincus qu'il fallait lutter. Article 2, On ne discutait pas cette certitude et on ne l'affublait d'aucun article 2 ! »
Edouard Montcouquiol, Ardèche : « Dans la Résistance, je me suis retrouvé capitaine. Vous imaginez, moi, un antimilitariste ! A la fin de la guerre, j'ai vite laissé tomber mes galons ! »
Liliane Klein-Lieber, Grenoble : « Mon engagement allait de soi. Je n'envisageais pas d'agir autrement. »
René Montérémal, Ardèche : « Je suis allé à la Résistance comme la rivière va à la mer. Je ne vois pas comment j'aurais pu agir différemment. »
Frida Wattenberg, Toulouse : « Je me suis souvent interrogée sur mon éventuelle capacité à résister à la torture. En fait, j'essayais d'y penser le moins possible tout en y pensant en permanence. »

Alain Vincenot est donc allé à la rencontre de ces 60 résistants, leur offrant, pour la première fois de leur existence, la possibilité de témoigner de leur refus du nazisme. Maquisards, agents de renseignements, de liaison, sauveurs d'enfants juifs, imprimeurs, corps francs ; et la liste n'est pas exhaustive ! 60 histoires dont chacune mériterait à elle seule un livre ou un film, afin de ne pas tomber dans l'obscurité d'un oubli nuisible à l'humanité.
Alain Vincenot s'attache à rappeler que les résistants ont permis aux Alliés de libérer le pays, malgré les plus épouvantables sévices, les représailles les plus barbares, les déportations qui faisaient des ravages parmi eux. Il faut savoir que pour les résistants, l'espérance de vie n'excédait pas trois mois ! Ils étaient la plupart du temps de très jeunes hommes et femmes ; Raphaël Feigelson avait à peine 14 ans lorsqu'il distribuait des tracts invitant à la résistance !
Féru de vérité, Alain Vincenot a le courage, à notre époque où il est de bon ton d'afficher sa haine des Juifs, de rappeler, exemples à l'appui, qu'il y eut des Juifs dans tous les réseaux et tous les mouvements de Résistance. La Résistance juive avait un double but : lutter contre le nazisme et Vichy, et également soustraire le maximum d'hommes, de femmes et d'enfants à l'innommable, l'extermination, sous le seul prétexte d'être nés ! Non, les Juifs ne se sont pas laissé traîner à la mort comme des moutons ! Ils ont lutté, pris les armes, ont tenté de déjouer les plans d'extermination, ont participé aux combats de la Libération. Ils ont joué un rôle essentiel dans le sauvetage des trois quarts de la population juive de France.
Passionné, nous l'avons dit, par son sujet, et soucieux de s'effacer devant ces héros obscurs, Alain Vincenot a pris l'excellente initiative d'entrecouper ces témoignages de lettres, tracts, poèmes, afin de renforcer son hommage à ces inconnus auxquels nous restons redevables de notre liberté, aujourd'hui encore.
Préfacé par Jean Mattéoli, Président de la Fondation de la Résistance, et introduit par Christine Levisse-Touzé, Directrice du Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris-Musée Jean Moulin, cet ouvrage est considéré, depuis sa sortie, comme un des meilleurs, si ce n'est le meilleur document sur le sujet.
Comme l'auteur, laissons la parole à une de ces jeunes filles admirables, une résistante de la première heure :

Je trahirai demain.

Je trahirai demain, pas aujourd'hui,
Aujourd'hui, arrachez-moi les ongles,
Je ne trahirai pas.

Vous ne savez pas le bout de mon courage.
Moi je sais.
Vous êtes cinq mains dures avec des bagues.
Vous avez aux pieds des chaussures
Avec des clous.

Je trahirai demain, pas aujourd'hui,
Demain.
Il me faut la nuit pour me résoudre,
Il ne me faut pas moins d'une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir.

Pour renier mes amis,
Pour abjurer le pain et le vin,
Pour trahie la vie,
Pour mourir.

Je trahirai demain, pas aujourd'hui.
La lime est sous le carreau,
La lime n'est pas pour le barreau,
La lime n'est pas pour le bourreau,v La lime est pour mon poignet.

Aujourd'hui je n'ai rien à dire,
Je trahirai demain.

Marianne Cohn (dite Colin) Novembre 1943.

Marianne Cohn, 23 ans, fut torturée, mutilée et achevée à coups de bêche pour avoir tenté d'accompagner en Suisse 28 enfants juifs.

Yaël König. Ecrivain. Paris.

LA FRANCE RESISTANTE.
Histoires de héros ordinaires.
ALAIN VINCENOT.
Editions des Syrtes.
74 rue de Sèvres, 75 007. Paris.
Tel : 01.58.56.66.66.
488 pages, 23 euros.
N° ISBN : 2-84545-089-3

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