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Moïse Rahmani

Je veux revoir maman.

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A Chaïm…

Je veux revoir maman

Nous avions déjà aimé le précédent livre d’Alain Vincenot « La France résistante : Histoire de héros ordinaires » (Editions des Syrtes, Paris 2003). Yael König en avait parlé dans le supplément de Los Muestros 55 de juin 2004, Koré 37. Dans cet ouvrage, à travers quelques portraits profondément humains et magnifiquement rendus, Alain Vincenot nous racontait cette France blessée, humiliée, à terre mais dont certains, debout, les armes à la mains, l’ennoblirent par leur sang de résistant. Aujourd’hui, il nous fait découvrir, sous un angle nouveau, le drame des enfants juifs cachés.

Si vous ne voulez pas avoir la gorge nouée et si vous ne voulez pas avoir les larmes qui montent et perlent aux paupières, ce livre n’est pas pour vous.

Mais si vous voulez éprouver à chaque page, à chaque ligne, de l’émotion, si vous voulez apprendre une leçon d’humanité, si vous voulez découvrir, au-delà de l’amour pur, de l’espoir, alors arrêtez ce que vous faites et précipitez-vous chez votre libraire pour acheter le nouvel Alain Vincenot « Je veux revoir Maman,les enfants juifs sous l’Occupation », préfacé par Madame Simone Veil .

Le titre donne le ton. Que répondre à cette petite fille, à ce petit garçon qui veut revoir sa maman ? Revoir. Voir à nouveau. Voir une dernière fois. Voir pour dire, peut-être, au revoir. Voir pour dire, une fois de plus, une fois encore, une fois seulement, une fois pour toutes ! une ultime, mais peut-être première, fois : je t’aime maman.
Cette souffrance, partagée par tous les orphelins, revêt chez ceux de la Shoah une dimension autre, plus poignante encore car leur mère, partie en fumée, l’être le plus noble qui soit, « la belle dame brune de Salonique aux yeux d’Orient », est morte « comme de la vermine, assassinée par le gaz comme un pou » et cette idée leur donne, en plus de la révolte devant l’injustice de perdre le seul être qui comprenne et pardonne tout, «honte et haine » (page 98)

Tel est le drame de ces enfants, de ces milliers d’enfants cachés pendant la guerre et dont peu, hélas, ont eu la chance de « revoir maman ».

Alain Vincenot, mon ami Alain, un grand, très grand écrivain, a recueilli dix-neuf témoignages terriblement poignants. Je ne doute pas, qu’en les relisant, qu’en les écoutant, qu’en les travaillant, il a du avoir les yeux brouillés, comme sont les miens, en cet instant où j’écris ces lignes.

La plupart des enfants interrogés ont deux, trois quatre ans lorsque dans un ultime geste d’amour, leurs parents les confient à d’autres, souvent des étrangers, pour les sauver.

Ces enfants restent marqués et vouent, au delà du temps, un amour immodéré pour celle qui les a mis au monde. A cette plainte répétée, ce cri lancinant car inapaisé « je veux revoir maman » s’ajoute certainement ce déchirement mortifère de ne pas lui avoir dit « au-revoir ».

Si les enfants orphelins « naturels » (l’adjectif est terrible, je le sais), mettent des années à se reconstruire sans jamais y parvenir ni assoupir leur révolte, les orphelins de la Shoah, orphelins contre nature doivent d’abord se construire et n’y réussissent jamais tout à fait. Ils sont en manque éternel et restent, à jamais, de petits enfants, qui furent (et sont peut-être encore) incapables de calmer leurs terreurs, qui partagent cette blessure béante, commune à tous les orphelins, celle d'avoir désappris à dire "Maman".

Simone Veil, déportée, termine sa préface sur ce poème :

Qui est donc cet enfant
Cette enfant qui se cache
Tout au fond de la classe
Sans répondre : « Présente ! »

Qui est donc cet enfant
Tout au fond de la classe
Qui, entendant son nom
Reste sans réaction ?

Lilaine Goldberg Lancry, deux ans en 1940

Sami Dassa, trois ans en 1940 a perdu ses parents (de Salonique). Il a été caché avec son frère et ses soeurs. Il se confie, soixante quatre ans après : « c’est folie d’aimer des morts car c’est les faire vivre, mais c’est aussi désirer la mort pour les y retrouver ».

Un cahier de photos montre les visages souriants de familles heureuses alors que celle de la couverture broie le cœur : elle montre toute la souffrance d’une petite fille serrée contre sa mère.

Ce livre ne laissera personne insensible. C’est un avertissement que l’ignominie et l’horreur sont derrière notre porte, que celle-ci est, aujourd'hui, entre-ouverte...

Alain Vincenot dédie ce livre à Chaïm qu’il n’a jamais connu, le petit Chaïm assassiné à quatorze ans dans le camp de Pustkow, qui crie, par-delà la mort :

Mes chers parents,

Si le ciel était du papier et si toutes les mers du monde étaient de l’encre, ils ne suffiraient pas pour que je vous décrive ma souffrance et tout ce qui se passe autour de moi.

Je veux revoir maman
D’Alain Vincenot – Préface de Simone Veil et avant propos d’André Kaspi
Editions des Syrtes, Paris 2005
292 pages – 20 euros – ISBN 2-84545-107-5

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