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Moïse Rahmani

Blida et des poussières… Une Algérie dans le miroir

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Line Meller pleure son Algérie.

Nous connaissions déjà son merveilleux « Un marché sans Juifs », « Alger, un enfant dans la tourmente » et « la Juive au Tchador ». Ces ouvrages nous restituaient, avec talent, tact et réalisme, l’Algérie d’aujourd’hui.

Avec « Blida et des poussières… Une Algérie dans le miroir », Line Meller se tourne résolument vers le passé, son passé et, en égrainant ses souvenirs d’enfants, nous rend, à jamais, cette Algérie qui n’est plus.

Elle évoque, avec pudeur et émotion, ses proches et ses familiers desquels se détachent les figures d’Avellan Isaac, son père et Cécile sa mère. L’auteur les évoque avec beaucoup d’amour et de mélancolie et, lorsque je lis le dernier rendez-vous entre Cécile et sa fille, entre son injonction de respecter la Loi, les Ecritures et sa prière : « Si je vis je meure, si je meurs je vis », je ne vous cache pas avoir écrasé une larme.

Elle évoque le fils Roland Rhaïs, le fils Elissa et semble faire sienne les pleurs qu’il prononce lorsqu’il évoque la célèbre romancière : « Quand on perd sa mère, on perd tout ».

Des figures se dessinent : le grand-père, homme juste et bon, Reinette, la tante, les exploits militaires de Paul le cousin...
Et les autres, tous les autres qui, par ces pages de vie qui les rend si présents, deviennent immortels.

Line Meller nous décrit les habitants de cette Algérie, colons français et habitants musulmans avec leur antisémitisme qui fut si virulent (on se souvient du parti antisémite et de Drumont qui fut député d’Alger). Elle nous montre leur bassesse et leur grandeur, telle celle de Molheir la Kabyle qui, pour conjurer le sort qui s’acharne sur les fils de Lise, « achète » pour un sou celui qu’elle vient de mettre au monde et le « confie » à sa mère véritable tout en s’en occupant lors de ses maladies enfantines. Georges l’appellera toujours « Yema », ma mère et lui vouera, sa vie durant, une infinie tendresse. Il lui assurera une pension et, lorsqu’elle rendra sa belle âme, sentira un grand vide. Ou de Solange qui recherche le parti idéal pour sa fille. Elle veut un homme jeune, aisé, beau ayant une situation, de la fortune et qui, ne le trouvant pas à Blida, charge son cousin Albert de le lui dénicher. Afin de lui donner une leçon salutaire, Albert lui fixe rendez-vous à Alger, sous la statue équestre du duc d’Aumale, le fils de Louis-Philippe, le seul prétendant digne, assure-t-il de la fille de Solange !

J’ai beaucoup de tendresse pour Eugénie, la disgracieuse cousine d’Isaac Avellan, le père de la narratrice, une femme au grand cœur, démunie, qui offre à Line de pauvres biens, sa seule richesse, et ses larmes de reconnaissance lorsqu’elle lui apporte des gâteaux spécialement confectionnés pour elle. Ce livre attachant, à l’écriture superbe enrichi de nombreuses photos, vous émouvra comme il m’a ému.

Blida et des poussières… Une Algérie dans le miroir
Line Meller Saïd – éditions Romillat, Paris, 2007
208 pp – ISBN 2-87894-072-5 – 21 euros

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