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Moïse Rahmani

Pour Dalida

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Pour Dalida

 Ce livre, cette « romance » comme le dit l’auteure, j’aurais aimé l’écrire.

 Tout comme elle, j’aime Dalida. Nous avons, Colette Fellous et moi, au moins un point commun. Pour elle, Dalida lui rappelle sa mère et c’est un livre à deux personnages : la chanteuse et, en filigranes, la Maman de l’auteure. Elle achève d’ailleurs cette romance (et c’est vraiment le terme qui s’applique !) sur sa mère hospitalisée ; les pages où elle raconte, avec émotion et pudeur, ce cadeau qu’elle lui fit, qu’elle se fit aussi en chantonnant avec elle avant le départ en salle d’opération d’où elle ne sait si elle reviendra, m’ont fait monter les larmes aux yeux. En murmurant avec elle, pour elle, « Come prima », elle lui signifiait que tout irait bien, que l’opération se déroulerait sans encombre et qu’elle émergerait de cette anesthésie. Ces instants accompagneront l’écrivain toute sa vie et je sens, je sais que Colette Fellous avait la vue troublée, mouillée en relatant ces instants. 

Je ne vous raconterai pas ce livre. Je ne vous dirai pas qu’il est bien écrit, que Colette Fellous, brosse un tableau terriblement humain de cette femme au sommet de sa carrière mais enfermée dans l’enfer de sa vie et dans la tragédie des hommes qu’elle aima, Lucien, Luigi, Richard. Etait-elle si convaincue de leur avoir porté malheur ? Je vous dirai seulement ce que ce livre évoque pour moi. Dalida c’est l’Egypte. Elle est née, tout comme moi, sur les bords du Nil et, comme le dit l’adage : « qui a bu son eau ne pourra jamais l’oublier ». Elle est simplement bouleversante dans le rôle de cette fellaha, cette paysanne égyptienne, dans le « Sixième jour » de Youssef Chahine.

Dalida c’est aussi l’amour, la tristesse, la nostalgie, registre où elle excella. Certes elle chanta des airs gais mais à Itsi bitsi petit bikini je préfère Les Gitans et à Amstragram le sublime Ciao Amore Ciao ou Ciao ciao Bambina… Et tous les autres…

Quant à moi, Dalida me rappelle mon père. La première fois où j’ai entendu parler d’elle, c’était au Congo, en 1957. Mon père était rentré d’un voyage d’affaires dans la région des Grands Lacs et il dit à ma mère qu’il avait entendu, à Bukavu, une très belle chanson à la mode, Bambino.  Je le revois toujours, je l’entends encore, les mains de Maman dans les siennes lui répéter à plusieurs reprises « Les yeux battus, la mine triste, les joues blêmes  » et, ne connaissant pas le reste,  enchaînait « Bambino, Bambino ». C‘était, je crois, tout ce qu’il avait retenu.  Je n’avais jamais entendu Papa chanter mais, en cet instant, je sais que je ne m’étais pas moqué. C’était des moments d’une tendresse infinie. Avec ce Bambino, Bambino, mon père exprimait à sa femme qu’il savait déjà vaincue par la maladie, l’amour qu’il lui portait. Les Caruso, Rossi, Lanza, Mariano, pouvaient se rhabiller : ce jour mon père les surpassa tous.

 N’ayant pas eu la chance et l’insigne bonheur de garder mes parents jusqu’à quatre-vingts-ans, chaque fois que j’écoute Dalida, il pleut dans mon regard. C’est par une de ses chansons, par ce Bambino aux « yeux battus, à la mine triste et les joues blêmes », que mon père, faisant taire sa terreur, se voulant rassurant, faisant semblant d’être gai, exprimait à sa femme que son « histoire était l’histoire d’un amour éternel et banal »…

Bambino, mon Bambino. Et « si tu as trop de tourments, va le dire à ta Maman, les Mamans c’est fait pour ça », hélas, cela ne fonctionne pas avec les adultes et tu es tout seul. Le Bambino, ton Bambino, c'est désormais moi et depuis si longtemps…

Je vous recommande ce livre, cette magnifique romance. Chaque page vous fera remonter le temps, vous fera redécouvrir des sentiments que vous croyiez, peut-être, éteints et qui ne sont, fort heureusement, qu’endormis.

Pour Dalida

Par Colette Fellous – Editions Flammarion

144 pages – ISBN 978-2-0806-0056-2 – 16 euros

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