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Moïse Rahmani

De quelques livres séfarades...

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Le bonheur de la cuisine juive dans la tradition sépharade, par A. Rivka Cohen - Editions Edisud - 240 pages - FF 120 - ISBN 2-7449-0205-5 Le livre de A. Rivka Cohen est, à plus d'un titre, important. Ouvrage de fidélité, c'est en même temps une oeuvre de mémoire qui réveille, en chacun de nous souvenirs, nostalgie et émotion. Ce livre est aussi un formidable outil de transmission.

Ouvrage de fidélité et de mémoire.

Avec ces pages A. Rivka Cohen redonne vie à ces femmes, mères, grands-mères, aïeules qui, de génération en génération, ont déposé avec tout leur coeur, sur nos assiettes, cet hymne d'amour quotidiennement offert sur l'autel familial, cantique chaque jour renouvelé : la table dressée.

Et Rivka, en bonne fille épouse et bonne mère ne faillit pas à sa tache.

Sa cuisine, que j'ai eu le privilège de savourer et d'apprécier, est à son image : chaleureuse, souriante, pleine de soleil et de vie. Cuisine familiale par excellence, cuisine de fête en fait, car la famille n'est-elle pas synonyme de fête ? Cuisine de tous les jours, car, dans notre tradition sépharade, la table est festive. Passer à table, c'est faire la fête, c'est déjà la fête.

Ce livre réveille les souvenirs.

Souvenirs d'un âge d'or, souvenirs d'un âge révolu que l'on tente, chaque jour, de ressusciter.

Vous vous souvenez des madeleines de Proust%85 Dans le livre de A. Rivka Cohen, chaque page est madeleine ! Un mot éveille un goût enfoui au fond de votre âme, une odeur qui flotte encore dans votre coeur

Les recettes de A. Rivka Cohen sont puisées chez sa maman qui, elle-même, les a empruntées de la sienne, qui à son tour les tient de sa mère%85 et nous pouvons remonter loin dans le passé, bien plus loin que 1492, date de l'expulsion d'Espagne.

Si nos aïeux, dans leur exil vers les pays de passage - Balkans, Empire Ottoman - ont emporté leur foi, leur langue et leur Sifrei Thorah, les Rouleaux de la Loi pour lesquels beaucoup ont payé leur fidélité de leur vie, nos mères, elles, ont transporté leurs recettes. L'errance a permis de les améliorer encore, de les enrichir d'une cuisine locale, rajeunissant certains plats, inventant d'autres, créant une saveur et un goût à nuls autres pareils.

La cuisine de A. Rivka Cohen éveille en moi nostalgie, car c'est aussi la cuisine de ma mère.

Je la revois, tout comme j'imagine Rivka, tablier fleuri à la taille (tous les tabliers sont fleuris !), mais dans la farine, souriant toute seule à l'idée de régaler les siens%85 (et D.ieu sait comme les hommes sont difficiles ; ils n'aiment que ce qui est bon !).

Salés, sucrés, préparations diverses, chacun a ses goûts et il arrive - toujours -qu'un membre de la famille aime davantage tel ou tel plat, restes accommodés de mille manières, car il ne faut rien jeter, es pekado, c'est péché%85

Emotion enfin, car cette cuisine c'est le bonheur.

N'appelle-t-elle pas son livre : Les bonheurs de ma cuisine juive ? Et c'est un réel bonheur, car n'est-on pas heureux lorsqu'on fait plaisir ? Qui est le plus heureux : celui qui donne ou celui qui reçoit ? Le Bonheur, ici n'est pas dans le pré : il est dans votre assiette. On lit à chaque ligne, et surtout entre les lignes, que A. Rivka Cohen a autant de bonheur à cuisiner pour les siens que ceux-ci ont à savourer sa merveilleuse cuisine.

Ce livre enfin est véhicule de transmission, car Rivka n'est que dépositaire. Elle remettra à ses enfants, qui à leur tour les remettront aux leurs, ces recettes héritées de sa mère. Et c'est ainsi que ce devrait être. Et c'est bien comme ça.

" Tu transmettras " nous ordonnent nos Sages%85 Rivka obéit et, en bonne mère, ajoute sa petite touche afin que sa cuisine soit, comme l'est la cuisine de chacune de nos mamans, incomparable.

Amies, à vos fourneaux, amis, à vos assiettes et que la fête commence%85

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Murmures d'Alexandrie, par Minou Azoulai, aux éditions J.C. Lattès, 272 pp, FF 180, ISBN 2-7096- 2203-3

Je viens de laisser, avec beaucoup de regret, ce merveilleux livre. Ce récit, en grande partie autobiographique, truffé d'expression de là-bas, raconte le drame du départ forcé des Juifs d'Egypte. Chassés de leur pays par la folie nassérienne, ils vont tenter de se reconstruire en Europe. La déchirure de l'exil ne se cicatrisera jamais. Enfant, Minou Azoulai essaie de s'adapter, de s'intégrer mais, devenu adulte, ce passé la rattrape.

On a de la peine à laisser ces Murmures tant la prose est belle et prenante. Minou Azoulai nous promène dans Alexandrie à la découverte des bruits, des odeurs, de la lumière un peu crue. Alexandrie est, aujourd'hui, une femme un peu fanée, un peu flétrie. Reste cette Alexandrie de nos rêves, femme, toujours vierge, jeune et belle, qui se donne à celui qui veut bien la prendre.

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La maison de Jacob ; la langue pour seule patrie Par Sylvie Courtine-Denamy - Ed. Phébus - 208 pp - FF 119 - ISBN 2-85940-713-8

L'auteur nous décrit l'itinéraire de sa famille jadis chassée d'Espagne. Zakhor, souviens-toi ! avait lancé Jacob à sa fille. Elle refait le chemin de ceux qui sont partis et que l'on retrouvera plus tard à Salonique, Constantinople, Varna, Vienne, Bayonne ou Paris ou, plus loin, Israël et les Amériques. L'espace a beau séparer les gens, un lien mystérieux persiste à les unir : le goût de la langue, le judéo-espagnol que chacun continue à parler en famille, du Danube à la mer Egée, de l'Anatolie aux quais de la Seine

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