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Moïse Rahmani

Pour le week-end du 1er novembre (30 octobre 2013)

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Les Français n’ont été ni sourds ni muets quant à l’extermination des Juifs. Non, il ne leur a pas fallu trente ou quarante ans pour accepter de saisir le plus grand crime de l’histoire. Dès le lendemain de la guerre, les élites ont élaboré une véritable pensée du génocide où les catholiques et les protestants ont eu une part immense, dont on n’avait pas pris la mesure jusqu’ici. Les intellectuels de tout bord ont été pris à la gorge par la spécificité de ce phénomène. Bien sûr, la culpabilité a joué un rôle, mais contrairement à une idée reçue, elle a été assumée, proférée, et c’est elle qui a animé le mouvement de réception de l’événement et sa progressive extension à tout le corps social. Lorsque, en 1967, la guerre des Six-Jours éclate, elle rencontre une opinion publique déjà très bien instruite et sensibilisée au drame des Juifs par vingt années de romans, de films, de récits, de témoignages. Il y a eu en France un « syndrome de Vichy », mais pas de « syndrome de la Shoah ». Pourtant, quand, dans les années 1970 et 1980, le regard sur les années noires de Vichy a changé et qu’il est devenu moins bienveillant, un mythe global est né : celui d’une France malade de son passé et incapable de se regarder en face. En fait, la réalité est autre : si les Français ont occulté Vichy, ils n’ont pas occulté l’extermination des Juifs. Pour le prouver, François Azouvi livre ici la première étude systématique de tout ce qui a été écrit, publié ou produit en France sur la Shoah depuis 1945.
François Azouvi est directeur honoraire de recherche au CNRS et directeur honoraire d’études à l’EHESS. Il a publié récemment Descartes et la France. Histoire d’une passion nationale (Fayard) et La gloire de Bergson. Essai sur le magistère philosophique (Gallimard).
 
Le mythe du grand silence. Auschwitz, les Français, la mémoire
De François Azouvi – Editions Fayard
478 pages – 25 euros – ISBN 978-2-213-67099-7
 
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Après le prix Nobel, quantité de rumeurs ont été mises en circulation au sujet d'Imre Kertész. 'Dossier K.' livre ce que l'oeuvre de l'écrivain occulte : sa vraie vie ou, du moins, ce qu'il en révèle lors d'une conversation avec un ami (ou alter ego) qui ne se contente pas des questions maintes fois posées. Ainsi dans une sorte d'enquête dont il est l'objet, Kertész interroge Kertész sur l'acte d'écrire, sur la relation entre les anecdotes de la vie et les scènes de ses romans, sur son identité juive... avec une sorte de détachement plein d'esprit et d'humour noir. S'approcher le plus de la 'vérité', sans prétendre qu'elle existe dans l'exercice de l'autobiographie, voilà l'enjeu de ce dialogue intérieur.
 
'Nuit et brouillard'. La vie du Hongrois Imre Kertész pourrait se résumer au titre du documentaire d'Alain Resnais. Né en 1929 dans une famille juive, il n'a que 15 ans quand, déporté, il est prisonnier dans les camps d'Auschwitz, puis de Buchenwald. Libéré de la nuit nazie en 1945, il ne voit le jour que quelques années. Employé au quotidien Villagossag à partir de 1948, il en est en effet licencié trois ans plus tard, quand son pays se trouve plongé dans le brouillard stalinien. D'abord traducteur d'écrivains classiques (parmi lesquels Nietzsche, Canetti et Freud), il écrit ensuite plusieurs romans, très fortement autobiographiques : dans 'Etre sans destin' (publié en 1975 en Hongrie, et 1997 en France) il décrit, avec un recul glacial (la rédaction du livre lui prendra plus de 10 ans), le quotidien des camps. Cette difficulté d’écrire, ce rapport complexe entre souvenirs et fiction, il les interroge dans ‘Dossier K.’, paru en 2008. En 2002, il devient le premier écrivain hongrois à recevoir le prix Nobel de littérature. Ses autres petites flammes dans la nuit sont 'Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas', 'Un autre' et 'Le Refus', des romans qui tous interrogent notre existence dans l’après-Auschwitz.
 
Dossier K.
par Imre Kertész, traduit (hongrois) par N. Zaremba-Huszvai et Ch. Zaremba
Editions Actes-Sud Babel
208 pages – 7,70 euros – ISBN 978-2-330-02483-3
 
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Avec plus de 200 questions/réponses autour des grands épisodes de l'Ancien Testament, ce livre ludique est une occasion unique de découvrir et de comprendre ce qui constitue notre culture collective. 'C' est la tour de Babel !', 'pauvre comme Job', 'être le bouc émissaire', 'faire des jérémiades'... autant d'expressions dont nous ignorons souvent le sens et qui nous sont ici expliquées, tout comme les jeux de mots hébraïques qui se cachent sous les noms d''Adam' ou d''Isaac'.
Un livre-jeu simple et amusant, histoire de donner une bonne claque aux idées fausses !
 
Catherine Siguret est Journaliste et écrivain française
 
 
La Bible en 200 questions-réponses
Par Catherine Siguret – Editions Albin Michel
240 pages – 18 euros – ISBN 978-2-226-25040-7
 
Et, chez le même éditeur
 
« Pendant des dizaines d’années, j’ai traversé ce pont deux fois par jour et c’est la première fois que je prête attention aux mouettes, songe-t-il. Je les regarde avec les yeux de cette femme. Elle a les mêmes yeux gris vert que l’autre… des yeux d’oiseau ou d’animal. »
Lorsqu’il accueille dans son bureau du ministère la réfugiée finlandaise venue demander un permis de séjour et de travail, le haut fonctionnaire est saisi : il croit reconnaître une jeune fille jadis aimée et qui s’est donné la mort cinq ans plus tôt par amour pour un autre. Simple hasard ou signe du destin ? Qui est cette « mouette » venue de si loin et qui prétend se nommer Aino Laine, « vague unique » en finnois ? 
Cette rencontre énigmatique, dont la tension est accrue par l’imminence de la guerre et l’attente d’un coup de téléphone, crucial pour l’homme comme pour le sort du pays, pourrait déboucher sur une révélation, à moins qu’elle ne fasse qu’épaissir le mystère des êtres.
Comme dans Les Braises, écrit un an plus tôt, ou Divorce à Buda, ce roman où s’exprime la subtilité du grand écrivain hongrois confronte un homme et une femme à leur passé dans un de ces face à face somnambuliques et prenants dont Márai a le secret.
 
Né en 1900 à Kassa, en Hongrie, Sándor Márai publie son premier recueil de poésies à dix-huit ans tout en suivant des études d'art à l'Université de Budapest. Il envisage pendant un temps d'écrire en allemand, mais choisit finalement sa langue maternelle, le hongrois.
Par la suite, il vit à Francfort, Berlin puis Paris, avant de rentrer dans son pays où il devient, dans les années 30, un auteur adulé. Tombé dans l'oubli après 1948, date de son exil en Europe puis en Californie, il se suicide, à San Diego, en 1989.
Son oeuvre a été redécouverte dans les années 1990, lorsqu'il a reçu le Prix Kossuth, la plus haute distinction hongroise, à titre posthume.
Pour son roman La soeur, il a remporté à titre posthume le Prix Jean Bernard 2012 de l'Académie de médecine. Il a été remis à sa traductrice Catherine Fay en décembre dernier.
 
Les mouettes
par Sándo Márai, traduit (hongrois) par Catherine Fay
240 pages – 18 euros – ISBN 978-2-226-25206-7
 
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Alexandre Jardin a souvent raconté, de façon drolatique ou tragique, de quelle famille réelle il est issu. On connaît son père (le 'Zubial'), son grand-père (' le nain jaune') ses oncles et tantes (très pittoresques), mais il revient à la charge en détaillant, cette fois, sa famille 'imaginaire'. Car Alexandre a, outre le merveilleux Pascal Jardin, trois pères selon l'esprit : Sacha Guitry, le Général de Gaulle et Giacomo Casanova.
Ces trois-là balisent, selon lui, une France idéale, celle dont nous avons précisément, aujourd' hui, le plus urgent besoin. Il les convoque donc dans ce livre qui est, à la fois, une triple biographie, une autofiction, et un manifeste à l'usage de nos temps moroses. Guitry l'invite à jouer avec le réel ; de Gaulle lui apprend à le transformer ; Casanova lui révèle comment il convient d'en jouir. Sacha Guitry : cent anecdotes sur cet homme qui ne fit jamais de différence entre le monde et une scène de théâtre.
Ses femmes, sa drôlerie, ses bons mots, son génie du quotidien, décuplés par la verve jardinesque, résume à lui seul la France dont rêve Alexandre : une France rieuse, ne prenant rien au sérieux, prompt à l'enchantement et à la rigolade profonde. De Gaulle : à travers lui, Alexandre Jardin ravive sa nostalgie d'un pays qui 'verrait les choses en grand'. Bien sûr, c'est surtout le Connétable de la guerre, et non le paravent du 'gaullisme immobilier', qui est ici convoqué.
Etre Français selon Jardin : avoir les pieds sur terre et la tête dans les nuages. Plus de De Gaulle à l'horizon, hélas. Casanova, le séducteur vénitien, dont la présence se justifie dans ce livre puisqu'il éprouva le besoin d'écrire ses 'Mémoires' en français, lui enseigne, quant à lui, l'art de jouir de l'existence à chaque seconde. Giacomo est l'homme galant par excellence, pas sadique, le contraire d'un Don Juan, qui veut insuffler à son temps une science du plaisir sans laquelle toute civilisation s'étiole.
aussi, anecdotes et métaphysiques brillantes sont au rendez-vous. Au final, ce livre fait du bien. On sort ragaillardi de sa lecture cavalcadante.
 
Alexandre Jardin, né le 14 avril 1965 à Neuilly-sur-Seine, est un écrivain et un cinéaste français[].
 
Mes trois zèbres
Par Alexandre Jardin – Editions Grasset
336 pages – 20 euros – ISBN 978-2-246-80455-0
 
Et, chez le même éditeur
 
Son père vient enfin de rendre l'âme. Un hasard ou une chance, un poste attend ce jeune Britannique en Hongrie. Un peu perdu, il arrive à Bucarest où il doit remplacer un certain Belanger qui donnait des cours à l'Université - il prendra son travail, son appartement et sa maîtresse.Sous la tutelle de Leo, un professeur nonchalant, il découvre la Roumanie qui détruit son passé (tous les bâtiments sont rasés pour laisser place à de grands immeubles sans âme et sans armature métallique), un pays où tout est rationné - le métal mais aussi la farine, la viande, l'essence, les ampoules, l'électricité, donnant ainsi une nouvelle dimension au terme de courant 'alternatif '- et où la colère est muselée.

Les seules choses qui prospèrent sont l'ennui et Leo qui fournit de nombreux clients sur le marché noir.La corruption et les agents de la Securitate sont partout, tout le monde espionne tout le monde, mais la répression prend un nouveau tournant lorsqu'un jour la police refuse d'aider la Securitate, un mouvement prend forme et de fil en aiguille, Ceausescu sera capturé et exécuté.
Patrick McGuiness est professeur de littérature comparée à l'Université d'Oxford. Il a publié de nombreux recueils de poèmes pour lesquels on lui a décerné le Eric Gregory Award et le prix Levinson du magazine Poetry. En 2013, il publie son premier roman, Les Cent derniers jours (Grasset).
 
Les derniers cent jours
Par Patrick McGuiness, traduit (anglais) par Karine Lalechère
496 pages – 22 euros – ISBN 978-2-246-79554-5
  
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