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Moïse Rahmani

Malca Levy, un auteur qui s’impose (22 mai 2015)

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Quel livre magnifique ! Quel ouvrage magique !
Malca Levy, avec le talent qui lui est coutumier, nous restitue un conte qui berça son enfance heureuse.
Son Papa, le regretté Grand Rabbin Moïse Lévy, de mémoire bénie, lui racontait ce récit (et, en le lisant, moi qui ait bien connu et aimé cet homme, j’entends sa voix…).

Je ne peux que reprendre, sans en changer un mot, la préface à ce superbe Yakar Miday que j’ai eu le privilège de lui consacrer.

En lisant ce texte, je me retrouve replongé dans l’enfance, plus jeune d’un demi-siècle.
En effet, l’inspiration poétique de Malca Levy je l’ai entendue à maintes reprises chez un homme exceptionnel, un homme qui a inculqué l’amour du judaïsme, c’est-à-dire de l’éthique, de la morale, de la justice, de la charité et de l’indicible confiance en l’Eternel à deux, sinon trois générations d’enfants, dont la mienne. Cet homme, le Grand rabbin Moché Meïr Levy, n’est autre que le père de l’auteur, mon amie Malca.

Aucune histoire juive ne l’est réellement s’il n’y a en filigrane cette absolue confiance en D. ieu. Mais, et l’on reconnaît ici la touche du Grand Rabbin Levy : la confiance en D. ieu et en l’homme vont de pair car pour Moché Levy l’une ne va pas sans l’autre, ne peut pas aller sans l’autre.

Certes, certains hommes, et preuve nous en est donnée dans ce magnifique texte que l’on voit – car Malca Levy réussit l’exploit de nous « montrer » ce conte – sont mauvais mais l’on sent aussi, en filigrane que cette méchanceté peut être rachetée car dans l’optique juive l’homme, construit à l’image de son Créateur, est foncièrement bon et la « techouva », le retour, possible à tout moment. Ne dit-on pas qu’il faut se repentir un jour avant la mort, c’est-à-dire dès aujourd’hui car nul ne sait quand le moment arrive. Ne dit-on pas aussi que le pêcheur qui se repent est supérieur au tzaddik, au juste ?

D’ailleurs aucune histoire n’est juive, en tout ou en partie, si une morale et une justice ne s’en dégagent pas…

À travers de cette merveilleuse narration se devinent deux grandes figures : celle d’Abraham Avinou, le patriarche Abraham et celle de Joseph. Deux hommes qui ont forgé le destin de l’homme juif, deux êtres qui ont la foi et la justice chevillées au corps. Abraham dont la confiance en son Créateur le fera devenir père alors que c’est un vieillard et dont l’obéissance en D. ieu est totale et Joseph, emprisonné pour avoir refusé la compromission et de trahir Putiphar. Il sauvera l’Egypte et le peuple dont il est issu. Dans le récit de Malca Levy, Yakar Miday n’est-il pas un médecin ? Le rôle du médecin n’est-il pas de sauver les autres.
Je revois encore Joseph dans le dialogue entre Choumuel et son fils où ce dernier tarde à se faire (re)connaître.

Ce texte aux accents prophétiques, truffé de mots en judéo-espagnol, « lengua del alma i del corazon », la langue de l’âme et du cœur, est intemporel mais il me plait de le situer au début du dix-neuvième siècle et aux abords de la mer Egée, à Smyrne, Bodrun, Milas ou Rhodes lorsque l’Empire ottoman était puissant et étendu.

Par petites touches, avec une palette de mots arc-en-ciel, l’auteur nous transpose dans la ligne des contes et des légendes d’autrefois qui ont bercé mon enfance et ma jeunesse. Elle perpétue ainsi la tradition du romancero séfarade et se situe dans la veine du Méam Loez. Avec ce livre, Malca Levy continue l’oeuvre des conteurs d’antan et se hisse désormais parmi les grandes plumes
 
Yakar miday – Plus que précieux
Illustré par Anna Lauwaert et Beni Turiel
Editions Orpheu, Bruxelles - www.orfeu.be
84 pages – 18 euros – ISBN 978-2-87350-053-9

Et

Bonjour et bienvenue dans ce monde merveilleux de Djoha. Merhaba, Djohaharika dünyasınahoş geldiniz. Cara mueva i benvenidos al mundo meraviyoso de Djoha.

C’est une joie de présenter Assi biva Djouha ce livre de mon amie Malca Levy  et je ne le ferais pas à la Djoha.

A à la Djoha ? je vous explique.
Au cours d'une conférence, Djoha aurait demandé à son auditoire: Vous connaissez assi biva Djouha ?
ceux-ci, vous, afin de ne pas paraître ignorant, auriez répondu : Oui, bien sur.
Alors Djoha répondit : puisque vous connaissez son histoire, je ne vais donc pas vous en parler.
Khazouk ! 
Tous se disent alors : S’il repose la question, certains diront oui, d’autres non.
Djoha, après la pause, demande à nouveau : Vous connaissez assi biva Djoha ? La moitié de la salle répond oui, l’autre non.
Djoha, très docte, lance : alors que ceux qui la connaissent en parlent aux autres…

Personnage ingénu et faussement naïf, prodiguant des enseignements tantôt absurdes tantôt ingénieux, Djoha aurait vécu en Turquie de 1208 à 1284 mais sa renommée s’étend des Balkans à la Mongolie en passant par la Sicile et l’Italie où il s’est christianisé sous le nom de Giufa (une rue à Venise porte son nom, la Ruga Giufa). Ses aventures sont chantées en maintes langues, du serbo-croate au persan en passant par le turc, l'arabe, l’italien, le grec et bien d'autres sans oublier, évidement, muestra linda lingua, le judéo espagnol.

Personnage moitie fou moitie sage, selon les pays il se nomme Joha, Ch’ha ou Djouha. En Égypte c’est Goha et il a bercé ma prime jeunesse. En Turquie Nasreddin Hodja, en Perse Mollah Nasreddin (où, exception notable, c’est une personne docte et sage) et en Asie centrale Appendi (du turc, efendi, monsieur), mais ce sont toujours les mêmes aventures que l'on raconte à son propos.

Ses courtes histoires sont morales, bouffonnes, absurdes, parfois coquines mais sont aussi des contes facétieux moraux et parfois mystiques. Djoha est tellement intelligent qu'il en devient bête ou est-il si bête qu’il dit des choses intelligentes ?

Mains auteurs ont écrit sur Djoha. L’ouvrage qui a illuminé mon enfance, Le Livre de Goha le Simple d’Albert Adès et Albert Josipovici est paru (déjà) en 1919...


Notre ami Malca s’est attelée à reprendre, dans cette merveilleuse édition bilingue éditée par la Librairie Orfeu, les joyaux que lui contaient ses parents de mémoires bénies, sa Maman Félicie et son Papa, mon regretté maître, le Grand Rabbin Moshe Méïr Levy, en Gan Eden ke sean et d’autres qu’elle a patiemment recueillis. Avec Assi biva Djouha, Malka enrichit la production littérature judéo-espanole d’un nouveau fleuron.

Ces belles et touchantes histoires, sont si modernes qu’on oublierait presque que leur héros a huit cents ans. Elles sont si universelles même que, comme nous le confie Malca, la plus importante métropole d’Afrique du Sud porte son nom ; la ville de Djoha, Djouhanesburg.

D’une plume alerte et vive, sensible et pleine d’émotion, Malca sait trouver le mot juste pour nous offrir ce Djoha à la sauce judéo-espagnole. Les belles illustrations de Beni Turiel enrichissent encore cet Assi biva Djouha.

Merci Malka de nous offrir ce trésor de sagesse profonde et d’humour raffiné. Merci surtout de me faire (re)vivre une seconde jeunesse.

Assi biva Djouha
Illustrations de Beni Turiel– Editions Orpheu, Bruxelles
136 pages – 20 euros – ISBN 978-2-87350-043-0
www.orfeu.be

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