YAEL KONIG : UN ECRIVAIN RARE.
Ne dites pas qu'elle est agrégée de Lettres, ce qu?elle est ; professeur de littérature, ce qu'elle a été ; proviseur de lycée, ce qu?elle a également été ; analyste, ce qu'elle a aussi été, tout comme directrice d'institut de beauté ; ou bien encore, formatrice en entreprises, directrice de la collection « Terra Hebraïca » aux éditions Romillat, critique littéraire, productrice et animatrice d'émissions de radio, journaliste : non, par dessus tout, Yaël König est écrivain.
Depuis que, gamine, elle noircissait cahier sur cahier, qu'elle confiait au silence complice et bienveillant de pages blanches ses émotions, ses joies et ses larmes, ses multiples expériences la portent vers le seul horizon de l'écriture.
Dans une quête exigeante et passionnée, elle ne cesse d'en approfondir la magie, notant une sensation, griffonnant une image, essayant de fixer une odeur, un bruit, captant un reflet.
A 16 ans, elle dessinait un rêve d'amour fou, immense, absolu, sur le sable imaginaire d'une plage infinie: le poème lui valut le prix de poésie des Jeux Floraux de France.
Depuis, elle vit pour écrire. Elle vit d'écrire. « C?est cadeau », a-t-elle l'habitude de dire devant une grande joie.
Pour elle, le plaisir de dessiner des phrases avec des mots, de leur donner une musique, un souffle, de les fondre dans un mouvement, d'imprimer un sens à l'ensemble « est cadeau ». Les mots sont sa matière première. Comme le potier assis devant son tour, elle les roule entre ses doigts jusqu'à leur donner forme. Jusqu'à provoquer ce jaillissement de création qui emporte le lecteur.
A une époque où un « super plan média » additionné à une « bonne préparation marketing » suffit à faire un auteur reconnu d?un Trissotin plumitif, elle est un écrivain rare. Elle sait offrir son miel à l'amoureux de littérature.
Son premier roman publié, « Fresca » (1), est sorti, en 1999, aux éditions « Romillat ». Mais combien d?autres dorment au fond de valises oubliées dans l?obscurité d?une penderie ou d'un grenier.
« Fresca » débute par une enterrement et se termine par un drame affreux. Des morts injustes, comme toute mort. Celles-ci plus que d'autres, peut-être.
Pourtant, le livre est un hymne à la vie, à l'amour, à la sensualité, ainsi qu?à ces petits riens de tous les jours, comme l'odeur des confitures, ou à ces signes discrets de l'amitié, comme un regard chaleureux, qui tissent la toile du plaisir et de la sérénité, fendue parfois par les éclairs de la passion.
Une atmosphère que Yaël König a rendue étonnamment réelle et émouvante à travers trois personnages principaux, Pierre, Riana et Solange, auxquels elle a donné le souffle de la vie tant par ses mots que par ses silences. Une grande maîtrise d'écrivain. Que l'on rencontre dans son deuxième roman, « Et il s'appellera Joseph? » (2). Elle y raconte la vie d'un rabbin de Tunisie au début du XXème siècle. Au portrait du saint homme, respecté tant par les musulmans que par les juifs, se mêlent les couleurs, les parfums, la lumière de la ville de Béja. Là, justement, où elle est née. « Béja, écrit-elle, est une promesse immobile, attentive comme un conteur qui savoure ses mots avant de les offrir. A une centaine de kilomètres de Tunis, la ville s'ouvre sur les riches plaines de blé lovées dans la vallée de la Medjerda, aux pieds des monts de Kroumirie ».
De ces couleurs, des ces parfums, de cette lumière, elle a, certes, gardé la nostalgie. Mais elle les a, surtout, conservés en elle.
Orientale jusqu'au bout des ongles soignés à l'extrême, elle est façonnée des sensations langoureuses de son enfance. Le soleil de Béja illumine le sourire éclatant de cette passionnée de musique, de cuisine, de balades dans la campagne, d'odeurs de châtaigner et de feux dans la cheminée.
Ouverte au monde, voyageant beaucoup en Europe, aux Etats-Unis, en Israël, elle habite, aujourd'hui, à Nice et à Paris, où ses fenêtres dominent de véritables cartes postales des toits de la capitale.
Mais certaines blessures de l?adolescence ont du mal à se cicatriser. Ainsi, l'antisémitisme latent dont elle a tant souffert dans cette ville de l'Ouest où sa famille s'était installée après avoir été chassée de Tunisie. Ses camarades de classe, par exemple, ne l'invitaient pas chez elles, car elle était juive. Que lui reprochaient-elles ? Rien. Simplement, pour reprendre le mot d'Arthur Koestler, « elle était née dans un lit et pas dans un autre ».
Un antisémitisme qui perdure dans la société française, particulièrement réactivé depuis la nouvelle Intifada en Israël et la campagne lancée par les Etats-Unis contre le terrorisme islamique. On assiste au retour des clichés. Aux Palestiniens, pauvres, gentils et innocents en lutte pour leurs droits légitimes, s'opposent des Israéliens, donc des juifs, riches, méchants et « coupables, assurément coupables » d?oppression. Evidemment fidèles à la tradition, ceux-ci tuent les petits enfants arabes qui osent lancer des petits cailloux en direction des gros soldats brutaux de l?étoile de David.
Des ignominies que Yaël König pourfend à la moindre occasion. Aujourd'hui mère de deux fils, David, 27 ans, et Jonathan, 16 ans, et d'une fille, Corélie, 21 ans, elle se sent responsable du monde dont ils vont hériter.
Alain Vincenot. Ecrivain. Journaliste.
(1) « Fresca », éditions Romillat ; 252 pages, 110FF.
(2) « Et il s'appellera Joseph? » éditions Romillat ; 287 pages ; 98FF.
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