
Mon cher Alberto,
J’ai tenu à te dire combien j’étais ému par
ton témoignage. En général, les souvenirs des
survivants, par leur authenticité incomparable aussi bien que par leur
intensité, constituent l’élément fondamental de notre mémoire
collective.
Ce que tu as vécu, quelqu’un du dehors le
comprendra-t-il? J’en doute. Et
pourtant, il nous incombe de déposer pour l’Histoire. Et tu le fais
bien.
Je t’embrasse, mon ami, et te souhaite longue
vie.
Elie Wiesel
Dianoutcha
Mon grand-père est revenu de la mort
!
Il a traversé l’enfer, a passé par un univers
absurde
où l’ombre étouffe la
lumière.
Il a vaincu le silence, le désespoir, la
tristesse et l’ennui.
Il a cru en la vie quand elle n’était plus que
cendres
et à l’humain quand il n’était plus que
canines.
Il a survécu à ses
bourreaux.
Je suis la petite-fille de ce grand-père
là.
Je suis une preuve, un trophée, un rire éternel
et une urne cinéraire.
Je reçois l’histoire en héritage, mi-cadeau
mi-fardeau.
Je suis l’échec du nazi et la victoire de la
vie.
Par ce livre, mon grand-père a exprimé
l’ineffable,
dit l’indicible, nommé
l’innommable.
Il vit dans l’urgence. Son passé est dévasté par
la mort. Il a fait du présent un tourbillon de vie, où la joie et le rire ont
remplacé l’uniforme à rayures.
Mon grand-père brille. Il rayonne. Il est
lumière. Il est soleil. Il éclaire ceux qui l’entourent. A ses côtés, la vie est
une fête infinie, une danse au rythme effréné dont on ne s’essouffle jamais.
Avec lui, tout est possible, même l’improbable,
tout est permis, même l’insensé.
Près de lui, la norme semble insolite et les
standards aberrants. La structure boite et les codes trépignent. La raison longe
les murs. C’est la liberté !
Après les camps, mon grand-père a eu le bonheur
de voir naître Israël.
Pour un rescapé, l’Etat juif est un
miracle.
J’y habite aujourd’hui. Un drapeau bleu et blanc
flotte dans l’air sur un hymne d’espoir.
Cette année, aujourd’hui, tout de suite, à
Jérusalem reconstruite…
Dianoutcha