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Cher Moïse,
Mabrouk pour ton nouveau bouquin sur les Juifs des pays arabes. En attendant de lire le bouquin, j'ai visité ton site Web et voici quelques impressions que je te livre spontanément.
J'ai beaucoup aimé ton introduction, tu écris comme tu parles et comme ton nom l'indique, avec ton âme. Clairement la « rahma » d'un Rahmani, ça compte. Tes arguments logiques et les faits historiques que tu cites renforcent en moi l'image que j'ai de toi depuis que nous étions « katakit » - Moïse au GRAND coeur. Tu es entré dans une arène sanglante avec la mémoire de la vérité et tu ne pouvais le faire qu'en laissant ta colère s'insinuer dans les chiffres et les faits. Car il s'agit bel et bien de colère, noble et généreuse, qui nous saisit maintenant que nous avons passé le mitan de la vie. Ils nous ont volés et ils nous accusent d'être des voleurs. Ils ont saccagé nos vies et ils nous accusent d'être des pilleurs. Et maintenant ils s'insinuent dans les veines des haineux de toutes les cultures à travers le monde pour une reprise du projet hitlérien. Avec en prime, un retournement pervers de l'accusation de racisme et de nazisme? Ce n'est plus le « yom assal wa yom bassal » de l'Égypte bonhomme de notre petite enfance (jusqu'à 1952). C'est devenu la haine primale du « sale juif », de la « vermine » à détruire à tout prix. Bravo Moïse pour ton cri du coeur. Bravo et merci. J'ai hâte de lire ton livre.
La préface est fabuleuse. Alexandre del Valle m'a épaté. Il a dit de façon tonitruante en politologue et dans le combat ce que j'ai dit à travers mes souvenirs d'enfance et pour la poésie de la mémoire aigre-douce. Re-voici un extrait de « Parfums d'algue », mon récit à peine romancé de nos souvenirs d'enfance dans l'Égypte de Farouk et de Nasser. Et, pour la première fois je t'explique pourquoi les « Parfums » du titre sont au pluriel alors qu' « algue » est au singulier. C'est simple : A partir du même pays natal (l'algue), chacun en a conservé tout un éventail de souvenirs (les parfums de la mémoire). Chacun vit cette perte différemment et en mode multiple. Mais pour les Juifs d'Égypte l'heure du sourire douloureux est passée. Il faut maintenant monter au front.
Extrait de « Parfums d'algue », © 2002 Clément Dassa:
On a souvent dit de la communauté juive d'Égypte qu'elle ne s'était implantée là que de manière superficielle, et que son départ n'était pas si grave puisqu'elle ne participait pas du rêve collectif de libération et de reconquête de la dignité nationale bafouée. On ne s'émeut pas de voir disparaître un corps étranger. Au mieux, certains intellectuels ont comparé le destin de notre communauté à celui des Palestiniens, tout en considérant notre sort comme plus enviable que le leur et notre situation comme un triste mais inévitable échange de populations. Les juifs égyptiens ne s'étaient-ils pas totalement adaptés à leur diaspora, n'avaient-ils pas tous, ou presque, très bien réussi dans la myriade de pays d'accueil où le vent du nassérisme les avait jetés ? Leur présumée absence de culture ne les prédisposait-elle pas à une assimilation exemplaire à n'importe quelle autre culture ? Ne leur permettait-elle pas de se fondre dans de nouveaux pays, en apprenant le portugais ou l'espagnol, si faciles pour les ladinos ; l'hébreu, cousin de l'arabe ; l'anglais, qu'ils baragouinaient déjà ; l'italien, tellement simple lorsqu'on se débrouille en français ; le grec, déjà si familier grâce au contact avec les descendants de Salonique, de Corfou ou de Smyrne ? N?étaient-ils pas aptes à parler de multiples langues, grâce à leur fréquentation des Ashkénazes, des Arméniens, des Soudanais ou des Turcs ?
Alors, pourquoi verser une larme pour une orange tombée au pied des citronniers ? Pourtant, cette mosaïque égyptienne, resplendissante de ses facettes copte, nubienne, bédouine, arabe, juive karaïte ou rabbinique, syrienne catholique, maronite, arménienne ou autres, portait les traces ancestrales de la brûlure solaire et du khamsin rouge. Les espoirs de tous s'étaient parfumés à la brise nordique, au limon du Nil. Leurs langues s'étaient colorées du grondement des cataractes, du roulement des cailloux, du silence des espaces désertiques. Leurs souvenirs habitaient le château de Ptah et se nourrissaient auprès de «l'Égypte, mère de l'univers», «Masr omm' el-donia».
(Fin de l'extrait de Parfums d'algue », © 2002 Clément Dassa )
Finalement, dans tes remerciements j'ai reconnu certains amis d'enfance, perdus, retrouvés et reperdus. J'ai même cru reconnaître la première jeune fille avec qui j'ai valsé! Mais vérification faite ce n'était qu'un homonyme, nom et prénom! J'imagine que notre communauté était assez grande pour qu'au moins une autre Viviane me rappelle mes premiers pas hésitants de valseur maladroit. La danseuse de mes quinze ans, elle, je la retrouverai peut être un jour du coté de la Californie ou d'ailleurs.
Moïse, merci pour tout et même, merci pour tes « remerciements "! Comme on disait du temps où nous vivions là bas : « Salamat te salem ».
Ton ami toujours, Clément Dassa
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