NOS LETTRES N° 6 juin/juillet 2003
Association des écrivains belges de langue française.
150, Chaussée de Wavre - 1050 Bruxelles.
Moïse Rahmani - l'Exode oublié
Edition Raphaël collection Témoignages 2003-06-16
Un jour, j'ai assisté à un exposé ou le conférencier affirmait que ce qui est important, c'est le récit. Il s'agissait de convictions religieuses.
Après quelques années, je comprends un peu mieux ces propos. Chaque être humain est dépendant d'un récit du monde. Ce récit est souvent de nature interprétative et générateur de points de vue différents qui jouent un rôle stratégique dans la pensée. Il en est de même lorsqu'on parle des Arabes et des Juifs. Et tel récit fait oublier aux tenants d'un autre récit unificateur des points de vue importants, voire entretient un silence coupable. Tel a été le problème de Moïse Rahmani en écrivant l'exode oublié. Le thème d'exil est partout présent dans le monde et surtout dans sa littérature. Les conditions de l'exil sont très souvent différentes selon les pays et les cultures. Ce qui motive l'auteur, c'est la recherche d'une vérité plus objective. Et si, dans les médias, l'on parle plus aisément de l'exil des Arméniens, des Kurdes et des Africains, l'on parle moins ? même pas du tout ? de l'exil des Juifs en pays arabes. Pourtant, dans beaucoup de cas, la présence juive est plus ancienne que la présence arabo-musulmane puisque l'apparition de l'Islam est postérieure à la naissance du Judaïsme et même du christianisme. D'autre part, certains mythes répandus par d'aucuns (par exemple la cohabitation harmonieuse de Juifs et Musulmans en Espagne avant la reconquête chrétienne) endorment les consciences et passent à côté de la vérité.
Tout ce que je viens de dire donne l'occasion à Moïse Rahmani de parcourir les souffrances et les exactions subies par le monde juif dans les pays arabo-musulmans : l'Algérie, l'Egypte, l'Irak, le Liban, la Libye, le Maroc, la Syrie, la Tunisie, le Yémen, etc. Moïse Rahmani s'abstient de faire état de réactions hostiles à la suite de cette situation. IL prétend à un exposé des faits, mais son point de vue est toujours celui d'un Sépharade engagé.
Le livre comprend une série de documents objectifs et très éclairants sur le problème (par exemple, la liste des Prix Nobel qui firent partie du Comité international de soutien aux Juifs de Syrie, novembre 1989, sous la présidence d'Elie Weisel ; lexique des mots hébreux utilisés dans les pays arabes.
Un livre de plus pour éclairer les tensions entre deux cultures et deux peuples, condamnés - ou plutôt poussés par le Destin - s'entendre et à entretenir des relations pacifiques. D'une grande actualité après les derniers événements d'Irak et la situation en Israël et dans les territoires habités par les Palestiniens.
Émile Kesteman.
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