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Regards, Bruxelles, N° 549, 1er juillet 2003

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L'exode oublié, pendant 50 ans

Auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire des Juifs séfarades, lui-même rescapé d'Egypte, pays qu'il a été contraint de fuir en 1956, Moïse Rahmani aborde dans son nouveau livre, l'Exode oublié (ed. Raphaël, 2003), le problème des réfugiés juifs. L'histoire d'un exode volontairement occulté, dit-il, jusqu'à aujourd'hui.

Pourquoi ce livre, maintenant?
Cinquante ans ont passé depuis notre exode, il était temps de rafraîchir les mémoires et de faire parler nos c?urs. Nous avons des réfugiés juifs des pays arabes qui ont été forcés de partir dès 1947 et jusqu'en 1973. Il faut le dire. Sur les 940.000 Juifs présents dans ces pays à l'époque, il n'en reste à l'heure actuelle que 4.200 qui, théoriquement, sont des citoyens ordinaires, mais qui, en pratique, vivent dans la peur. Ils sont en quelque sorte "gardiens du cimetière"?

Nous nous sommes tus également pendant 50 ans par pudeur, notre souffrance étant infiniment moins grande que celle des Juifs qui ont vécu la Shoa. Nous avons perdu foyers, maisons, biens, nos familles ont été dispersées, mais nous avons gardé nos vies?

Le sort des réfugiés juifs est-il comparable, selon vous, au sort des réfugiés palestiniens?
Le sort des réfugiés juifs est différent de celui des réfugiés palestiniens qui sont victimes d'un conflit et non du fait d'être palestiniens. Nous avons été expulsés uniquement parce que nous étions juifs. Je déplore qu'en 1948, les quelque 680.000 réfugiés palestiniens n'aient pu bénéficier dans leur exil du même élan de solidarité que celui dont ont fait preuve les Israéliens et les communautés juives à l'égard des réfugiés juifs. Quelles que fussent les circonstances politiques, rien ne peut justifier que les régimes arabes de l'époque n'aient cessés de stigmatiser les réfugiés palestiniens, préférant les placer dans les camps et les mettre à l'index ? afin d'en faire peut-être un instrument de haine ? plutôt que les aider à insérer dans leur pays d'accueil.

Mais les Juifs, eux, avaient un Etat où aller, Israël venait d'être créé?
Les Palestiniens disposent aujourd'hui de l'Autorité palestinienne et sont majoritaires en Jordanie. J'admets aussi qu'Israël doit collaborer pour faire en sorte que les Palestiniens aient un Etat viable. Malheureusement, la recrudescence d'actes terroriste freine le processus de paix.

Vous parliez, il y a dix ans, d'une communauté idéale, vous y croyez toujours?
Je suis un utopiste, un rêveur, comme beaucoup de Juifs d'ailleurs. Agé de moins de 4 ans, je me souviens avoir été traité de "Juif, fils de chien" par des Egyptiens, et je comprends clairement quand j'y retourne que ce n'est plus mon pays. Mais je me bats pour qu'un jour, juifs, chrétiens et musulmans vivent en harmonie et sur un pied d'égalité, dans le respect de leurs différences.

Propos recueillis par
Géraldine Kamps

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