Sur les traces de Moïse Rahmani,
Mémorialiste du monde séfarade et oriental Moïse Rahmani, se considère comme troubadour de la mémoire. Il publie à la veille de Pessah, fête de la liberté deux livres :
- La réponse de Noa aux éditions de l'Institut Sépharade Européen
- L'Exode oublié, Juifs des pays arabes aux éditions Raphaël.
Son engagement est constant et son combat est mené sur plusieurs fronts à la fois.
- Los Muestros, La Voix des Sefardim revue qu'il a crée et qui paraît régulièrement depuis 14 ans
- L'Institut Sépharade Européen
- Le site BELSEF
- Plusieurs livres concernant les Juifs de Rhodes, du Congo, les sépharades de Belgique, mémoires personnelles, souvenirs familiaux et de toute la communauté.
Question Micheline Weinstock : L'accélération de ces publications ces derniers mois, est-elle liée à l'accélération de l'actualité ?
Réponse Moïse Rahmani :
Oui, certes, en ce qui concerne le livre "Réponse de Noa". J'avais entendu un intellectuel belge de gauche présenter son livre, "La Belgique racontée à Noa" il y raconte la Belgique à sa fille restée en Israël. A priori mon sentiment était positif, mais je n'ai pas tardé à être envahi de stupeur et ensuite d'un immense désespoir, j'y trouvais une quinzaine de passages simplistes et hostiles, qui donnaient une image tout à fait unilatérale et accablante d'Israël. Au même moment, ma plus jeune fille mettait au monde son premier bébé, tenatnt à lui laisser un monde meilleur, je me suis souvenu que ma mère m'avait toujours inculqué qu'il fallait défendre la veuve et l'orphelin. Ici l'image d'Israël était ternie, il fallait prendre sa défense.
M.W. : Plus généralement ne sommes nous pas sans cesse confrontés aux distorsions de langage, on nomme mal, on fait des amalgames, consciemment ou inconsciemment, et ne nourrit-on pas ainsi l'expression actuelle de l'antisémitisme ?
M.R. : Mal nommer les choses c'est ajouter au malheur du monde, disait Albert Camus, c'est précisément aux amalgames que je réagis dans ma "Réponse à Noa" et cela avec passion ! Cette phrase "Israël est mon pays et est ma honte" de la part d'un non israélien m'est insupportable. On emploie systématiquement le qualificatif "colonie" au lieu d'implantation.
Colonie renvoie à un passé colonial d'exploitation, peut-être que l'occident tente aussi d'occulter son propre passé colonial (Kenya, Congo, Pacifique, Afrique du Nord). Je ne comprends pas non plus : on parle toujours de réfugiés palestiniens dans des camps, cela fait 2, 3, voire même 4 générations ! Nous Juifs chassés de nos foyers dans les pays arabes, étions réfugiés, comme ma propre famille et moi-même en 1956. Nous n'avions pas un sou en poche. Certains Juifs détenteurs de papiers français, réfugiés en France, recevaient une aide minime pendant 3 mois, pour d'autres, en Israël c'était les séjours sous tente. Pour tous, nous avons travaillé dur et tourné la page. Nous n'avons pas d'amertume mais beaucoup de regret. Nous, enfants, nous avions idéalisé notre enfance.
Personne ne réalise qu'en 1948, nous étions 960.000 Juifs vivant dans les pays arabes et le plus souvent depuis plus de 2.500 ans.
Les pogromes perpétués par nos concitoyens arabes ont fait, dans le passé, des dizaines de millier de victimes. Cela fait 50 ans que cette histoire est tue, il est temps de l'aborder.
Mon plus ancien souvenir date de 1948, j'avais 3 ans, il fallait occulter les fenêtres avec du papier Kraft bleu, j'ai légèrement entre ouvert une d'entre elles et je me suis fait traiter de "Juif, fils de chien" par le policier égyptien. Trois ans !
"La réponse à Noa" est un cri de détresse face à notre abandon par la gauche, dont le livre "La Belgique racontée à Noa " est emblématique. Nous étions tous de gauche. Mais la gauche se cherche actuellement une bonne conscience à nos dépens.
M.W. : Pourquoi aborder cette histoire seulement aujourd'hui ?
M.R. : La souffrance des Juifs des pays arabes paraissait si dérisoire par rapport à la Shoa, nous avons perdu nos foyers, nos foyers, nos biens. Nos familles ont éclaté, mais à côté de ce qu'un déporté a vécu, il y a un monde de différence. Nous avons une souffrance que nous avons nous-même occultée, il est temps de l'exprimer.
M.W. : Peut-on formuler quelques hypothèses à partir de la notion de Dhimi ?
M.R. : De l'an 700 à 1948, les Juifs ainsi que les autres minorités étaient tolérées en terre d'Islam, avec une relative liberté culturelle. Tolérés, mais non RESPECTES, avec tout ce que ce mot peut comporter de mépris humain. Cette notion reste extrêmement vivace, j'en ai fait l'expérience il y a quelques années au Yémen.
Israël est le Dhimi des nations, on essaye de le détruire. Le Liban était l'autre nation Dhimi il a été détruit et est occupé, Alexandre Del Valle cite un prêche enregistré par la sécurité belge en 1988 dans la grande mosquée du Cinquantenaire à Bruxelles : "Le jour où nous prendrons le pouvoir, les infidèles seront soumis à l'impôt de capitation et le problème du voile sera résolu.
Mais je reste cependant persuadé que la toute grande majorité de la population musulmane de Belgique veut vivre en paix. On estime malgré tout qu'il y a environ 10% d'extrémistes intégristes. Si l'on prend les chiffres les plus bas de l'immigration, 450.000 personnes, il y aurait donc 45.000 extrémistes. En France, sur 6.000 000 d'arabos-musulmans , il seraient 600.000 extrémistes. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.
Un mot à propos de l'Irak à l'occasion du renversement du régime de Sadam Hussein on a assisté de la part de nombreux dignitaires chrétiens d'Orient à une surenchère de propos antisémites et antisionistes qui donnent à penser qu'eux même craignent pour leur sécurité mais qu'ils n'osent pas le dire.