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Lectures
par Jacques OFFERGELD
"L'exode oublié"
L'Exode oublié est le titre du nouvel ouvrage de Moïse Rahmani (1). Il est consacré à l'émigration forcée des Juifs des pays arabes. Ces derniers qui, il y a cinquante ans, étaient près d'un million, sont aujourd'hui moins de 4.200
L'auteur raconte, pays par pays, comment les choses se sont passées. Son ouvrage est dur notamment quand il donne la parole aux victimes de tortures inimaginables, dignes de la Gestapo ou du KGB (souvent mentors des tortionnaires, il est vrai).
C'est aussi un livre d'actualité qui permet de mieux comprendre ce qui se passe vraiment au Proche-Orient. Nous en avons rencontré l'auteur.
"En 1948, il y avait 940.800 Juifs dans les pays arabes.
Il en reste actuellement moins de 4.200"
Q. : Pourquoi cet exode est-il mal connu ?
R. : Pour deux raisons principales. La première est la pudeur juive à en parler, après le drame de la Shoah. Face aux six millions de morts de la seconde guerre mondiale, parmi les lesquels il y avait un nombre important de Sépharades, l'exode des Juifs des pays arabes était incomparable. Nous avions perdu nos maisons, notre travail notre foyer mais nous avions conservé la vie.
Néanmoins, nous avons dû tout abandonner, malgré que nous ayons habité des contrées arabes pendant des millénaires. En effet, la présence juive est de loin antérieure à l'invasion arabe. Il ne faut pas oublier que, dans tous les pays dits arabes, les envahisseurs ont été les Arabes. Si l'on regarde la population marocaine, par exemple, il n'y a que 40% qui sont d'origine arabe. Les autres sont des Berbères qui ont été culturellement annihilés.
Je crois que le deuxième point pour lequel les gens n'ont pas parlé de cet exode, est peut-être le fait qu'ils en avaient assez des tragédies juives. Après l'Holocauste, évoquer un nouveau drame juif aurait peut-être été mal perçu par certains. Et puis nous étions occupés à nous reconstruire, nous avions tout perdu. Nous n'avons pas été conduits dans des camps de réfugiés. L'ONU ne nous a pas aidés. Les seuls appuis que nous ayons trouvés sont ceux des communautés juives pour ceux qui ont émigré en Europe, en Amérique ou en Australie et l'Etat d'Israël pour ceux qui ont choisi ce pays. Je voudrais simplement rappeler un chiffre : en 1948, il y avait 940.800 Juifs dans les pays arabes. Il en reste actuellement moins de 4.200.
Q. : Pourquoi Israël n'a-t-il pas demandé une aide de l'ONU devant cet afflux de réfugiés, à l'instar de ce que les pays arabes ont fait devant l'arrivée des Palestiniens ?
R. : Parce que les pays arabes se sont servis des Palestiniens comme moyen de pression et les ont volontairement confinés dans des camps dans une situation déplorable, en demandant à l'ONU de leur confier le statut de réfugiés. Ici il convient de rappeler qu'il y a eu 135 millions de réfugiés au cours du XXe siècle. Les meilleures estimations parlent de 660.000 Palestiniens considérés comme réfugiés?
Fierté
Israël n'a pas demandé l'aide internationale mais seulement celle des communautés juives, par fierté. Il les considérait comme des citoyens revenant dans leur pays. La constitution israélienne est claire : tout Juif peut aspirer à la loi du retour et devenir citoyen israélien. Il est vrai qu'au début, de nouveaux arrivants ont été parqués dans des camps de tentes pendant quelques mois et même parfois un an ou deux. Le temps de trouver des solutions. N'oublions pas qu'en 1948, Israël était un pays neuf qui venait d'être victime d'une guerre causée par les états arabes. Sept armées ont attaqué Israël le jour de l'indépendance.
Ultérieurement, Israël n'a pas demandé l'aide des Nations Unies pour absorber les autres vagues de réfugiés dont, en moins de trois ans, un million de Juifs de l'ancienne URSS. Alors que, chez les Palestiniens, la "qualité" de réfugié se transmet de père en fils et petit-fils. Ce qui peut continuer indéfiniment. C'est pour cela qu'Arafat peut se targuer d'avoir 3,5 millions ou 4 millions de réfugiés. Alors qu'en 1952, les Nations Unies ont effacé de leurs listes près de 400.000 personnes indûment considérées comme réfugiés. Il s'agissait de gens qui essayaient d'obtenir ce statut pour bénéficier des rations alimentaires de l'ONU qui leur assurait un meilleur niveau de vie que le leur. Ce que nous reprochons aux Arabes, ce n'est pas le fait qu'il y ait des réfugiés mais d'avoir parqué ces gens et de s'en être servis comme monnaie d'échange. Et surtout de les avoir volontairement maintenus dans condition de précarité extrême, alors que leurs dirigeants s'enrichissaient de manière éhontée. Pour mémoire, Yasser Arafat est un des hommes les plus riches du monde?!
Djeziya
Q. : Pourquoi l'Islam a-t-il toujours traité les fidèles des autres religions du Livre comme des sous-citoyens et cela bien avant l'existence de l'Etat d'Israël ?
R. : Vous faites allusion à la condition de dhimmi que mon amie Bat Ye'or (2) a décrite parfaitement dans ses ouvrages. Depuis l'instauration de l'Islam, c'est-à-dire depuis l'hégire en 622, date de l'apparition de l'Islam, les Juifs et les Chrétiens ont été considérés comme des citoyens de seconde zone qui ont droit à la vie, à la protection moyennant un impôt de capitation qui s'appelle la djeziya. Donc, pendant des siècles, j'usqu'en 1869 au Maroc, jusqu'en 1840 en Turquie, les juifs avaient un statut de dhimmi. Il existe encore au Yémen : les Juifs n'y ont pas droit d'arborer le couteau traditionnel, par dérision parce qu'ils ne sont pas de sang noble. Ce statut, aujourd'hui encore, est maintenu dans les pays arabo-musulmans dans lesquels la Shari'A existe. Un exemple : le témoignage d'un non musulman n'est pas opposable à celui des musulmans.
Q. : Comment se fait-il que de nombreux Juifs et encore plus de chrétiens ignorent le statut fait aux non musulmans en terre d'Islam ?
R. : C'est la conséquence du mythe de la coexistence heureuse entre minorités et musulmans en terre d'Islam. Effectivement, il y a eu une période qui a été calme où les relations étaient harmonieuses. Mais cela n'a pas duré. Il ne faut pas se fier aux apparences. Prenons l'exemple de l'Egypte. 20% de la population est d'origine copte mais il n'y a qu'un seul ministre copte. C'est une façade pour dire que le gouvernement est ouvert. En réalité, les coptes fuient le pays pour aller à l'étranger. De même, on oublie de dire que beaucoup des Palestiniens qui ont quitté les Territoires depuis les accords d'Oslo, sont des chrétiens. Ainsi Bethléem n'a plus que 3% de population chrétienne, tout le reste est devenu musulman. Il y a une réelle incitation à faire partir les non musulmans. En réalité, la coexistence relativement harmonieuse entre musulmans, chrétiens et Juifs n'a existée qu'au moment où ces pays étaient sous contrôle occidental. Mais ni avant, ni après.
Je voudrais citer quelques exemples. Au Maroc, avant la présence française, quand un juif ou un chrétien quittaient leur quartier pour aller dans la ville arabe, ils devaient se déchausser. Dès qu'ils passaient devant une mosquée, ils devaient descendre du trottoir.
En Belgique aussi
Cet état d'esprit est non seulement présent dans les pays musulmans mais même dans nos murs. En 1988, les services de renseignements belges ont enregistré un prêche à la mosquée du Cinquantenaire à Bruxelles où le recteur affirmait : "Le jour où nous prendrons le pouvoir en Europe, nous obligerons les indigènes belges, français etc. à payer l'impôt de capitation et le problème du voile sera résolu parce que les croyants seront obligés de le porter".Je rappelle la date et le lieu : 1988 à Bruxelles.
Q. : Arafat a fait capoter les pourparlers de Taba en posant à la dernière minute l'exigence du retour de 3,5 millions de Palestiniens.
Cette revendication inapplicable était-elle ponctuelle ou va-t-elle revenir dans les prochaines négociations s'il y en a ?
R. : Je pense qu'il y en aura et que le problème des réfugiés reviendra su la table. Et même s'il était résolu, d'autres apparaîtraient. C'est la politique du saucisson : on essaie d'avoir des petits morceaux. Arafat se trompe complètement s'il pense qu'Israël acceptera le retour des réfugiés qui sont de faux réfugiés. Il sait d'ailleurs de quoi il parle : il est né en Egypte ! En réalité, c'est un Egyptien qui se déclare Palestinien !
Q. : Arafat espère-t-il toujours la destruction d'Israël ?
R. : Arafat espère non seulement la défaite d'Israël mais il a déclaré ouvertement qu'il veut le retour des réfugiés. C'est-à-dire toutes les personnes nées de mère ou de père palestinien. Il n'accepte que quelques Juifs dans son territoire, ceux qui habitaient Israël ou la Palestine avant la déclaration Balfour.
Quant à la déclaration de la Charte palestinienne exigeant la disparition d'Israël, elle n'a toujours pas été abrogée. Contrairement à ce qui a été affirmé devant le président Clinton. Dès lors?
(1) "L'Exode oublié" - Moïse Rahmani - Raphaël Ed. - Paris 2003
(2) Voir à ce sujet le remarquable ouvrage "Juifs et chrétiens sous l'Islam" Bat Ye'or - Berg International Ed.- Paris 1993
Moïse Rahmani est aussi l'auteur d'un ouvrage intéressant sur l'action des Sépharades en Belgique intitulé :
"Les Juifs du Soleil" - Filipson Ed. - Bruxelles 2002
Il est également le directeur d'une lettre d'information Internet largement consacrée au Proche-Orient.
Toutes informations la concernant peuvent être obtenues par e-mail à : belsef@yahoogroups.com
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