L'exode oublié des Juifs des pays arabes
Par Paul Giniewski
Depuis plus d'un demi-siècle, les plaintes des "réfugiés" arabes, de leurs descendants et des propagateurs de leur cause, résonnent à travers l'univers. Sur les quelque 100 millions de réfugiés de toutes les guerres qui se sont succédés depuis 1940, un seul problème de réfugiés est censé solliciter le monde civilisé : celui des Palestiniens qui ont réussi à extorquer la part du lion des dépenses consacrées aux expatriés de toutes nationalités. Sollicitude d'autant plus injuste, imméritée et inéquitable, que les Arabes de Palestine ayant quitté ce pays en 1947-48, l'ont pour la plupart fait volontairement, répondant à l'appel de leurs dirigeants, qui leur avaient promis un fructueux retour sur les ruines de l'Etat juif que leur armées devaient détruire dans l'?uf.
Or, les guerres que les Etats arabes ont imposées à Israël en 1947-48 et au cours des années subséquentes, ont produit un autre exode, mal connu et dont le monde se désintéresse : Celui des Juifs des pays arabes, fuyant, en plein 20e siècle, des lois et une situation sociopolitique, dans certains de ces pays, proche du Moyen-Age, et souvent les pogroms.
Moïse Rahmani, spécialisé dans la chronique historique des Juifs des pays arabes, relate dans L'exode oublié (1) ce que fut leur expulsion ou leur expatriation sous la contrainte.
Les véritables autochtones
L'auteur rappelle à grands traits l'origine et l'installation de chacune des communautés juives séfarades ou orientales (en Algérie, Egypte, Irak, Libye, Maroc, Tunisie etc.) souvent antérieures au peuplement arabe de ces contrées, et au surgissement de l'islam. Les vrais autochtones de divers pays arabo-islamiques sont, en réalité, les Juifs.
Alexandre del Valle rappelle dans la préface du livre, "qu'il exista jusqu'à l'époque de Mahomet des tribus entières de Juifs arabes dans l'actuelle péninsule arabique". Et d'autre part, "Les Juifs du Maghreb sont en partie les descendants des anciennes peuplades converties". Ces autochtones non-Arabes ou Juifs ont été conquis par les Arabes musulmans et assimilés. Ceux qui ont choisi de rester juifs ont subi l'abaissement auquel étaient contraints les "infidèles".
Moïse Rahmani nous fait assister à leur vie quotidienne à travers l'histoire et jusqu'à un passé très récent. Ils subissaient le statut de dhimmis protégés et discriminés, soumis à l'arbitraire, à la persécution, souvent au massacre. Selon les époques et les lieux, les brimades, les restrictions, les interdits et les obligations imposées aux seuls Juifs sont plus ou moins cruels. Mais partout et toujours, ils connaissent les lois et les usages sociaux d'exception.
Au Yémen par exemple, on convertissait les Juifs de force au 12e siècle ; au 17e, on détruit leurs synagogues par décret.
Au Maroc, on impose aux Juifs une shikla une pièce de couleur ajoutée à leur vêtement, on massacre toute la communauté au 13e siècle.
En 1938, en Egypte, les sermons des mosquées préfigurent ceux qu'on entend à Gaza aujourd'hui : "Tout musulman qui enfonce un couteau dans les entrailles d'un Juif s'assure une place au paradis". En novembre 1945, la populace massacre les Juifs du Caire, de Tanta, de Port Saïd. Des synagogues, l'hôpital juif d'Alexandrie sont pillés et incendié, des Juifs violés et poignardés.
La même année, en Libye, la foule s'abat sur le quartier Juif de Tripoli, assassine, mutile les corps des suppliciés, les asperge d'essence et y met le feu.
En Tunisie, lors de la guerre des Six jours de 1967, la grande synagogue de Tunis est incendiée, ainsi que la fabrique de matsoth. Les Juifs sont autorisés à quitter le pays, mais ne peuvent emporter qu'un dinar par personne. Partout et toujours la vie des Juifs du monde arabo-islamique a connu les mêmes vicissitudes.
Dans la lignée des SS
Moïse entre-tisse à la relation historique, les souvenirs des juifs des pays arabes, qui ont subi des sévices dignes des tortures que leur ont infligées en Europe les SS.
Nous nous bornerons à citer trois brefs épisodes qui ont pour théâtre l'Egypte, un pays modéré, et se situent en 1967.
"J.C. avait 'trop' d'argent sur lui : dix-sept livres. L'officier déchira les numéros de série et rendit la liasse à J.C. après lui avoir piétiné ses lunettes" (Le père Roger Braun a évoqué le souvenir parallèle d'un prisonnier de guerre français peu après l'armistice de 1940. Un soldat français juif, épuisé par les sévices subis en tant que Juif, s'écroule dans la boue et un Allemand écrase de sa botte ferrée sa main et ses lunettes).
"Me. Z., 69 ans fut enfermé sans nourriture et sans eau dans un réduit de cinquante centimètres sur cinquante. Il avait eu le mauvais esprit de demander pourquoi on l'avait arrêté".
"Au poste de police du Vieux Caire, un médecin de soixante-treize ans, qui demandait à téléphoner à son avocat, fut courtoisement accompagné jusqu'à la cabine. Ce n'était pas une cabine téléphonique : il y fut rejoint par un détenu de droit commun. Les policiers bloquèrent la porte. Les Juifs qui étaient dans les cellules voisines entendirent pendant des heures des gémissements. Puis le vieux médecin sortit : il avait son pantalon à la main. Il ne dit rien, mais toute la nuit ses compagnons l'entendirent pleurer".
On citerait des dizaines d'actes de cruauté et de sadisme équivalents.
Ce livre-répertoire d'un "enseignement du mépris" de facture arabe est complété par une série de documents utiles montrant l'implantation de l'antijudaïsme dans la culture des pays arabo-islamique ; des passages des Ecritures saintes musulmanes exprimant des préjugés anti-juifs : Le Pacte d'Omar, qui définit les principes d'exception, la dhimma, auxquels sont soumis les Juifs. Ce que disent des Juifs la charte de l'OLP et la charte du Hamas. Etc.
(1) Moïse Rahmani - L'exode oublié, Editions Raphaël, 2003