
Elie Cohen pendu à Damas en 1965
Lorsqu'en en 2001, avec quelques parlementaires radicaux
italiens, nous lancions l'idée de l'adhésion d'Israël à l'Union européenne,
je voyais bien qu'au-delà d'une initiative purement politique, dont l'actualité
force à regarder Israël avec d'autres yeux, nous mettions le doigt sur un sujet
brûlant, nous suscitions un débat sans fin. Les Israéliens sont-ils des européens
en exil ? Ou au contraire, la part d'Orient n'est-elle pas la plus forte ? Durant
vingt siècles, les Juifs ont aussi vécu en terre arabe, ils ont vécu avec les
Arabes, ils ont parfois été Juifs arabes.
L'extermination des Juifs d'Europe a relativisé dans les mémoires les souffrances
endurées par leurs frères en Dar-el Islam. Que sait-on vraiment de leur passage
et de leurs souffrances ? Que sait-de ce tunnel qui les attendait au bout de
la lumière ? Pourquoi les Juifs du soleil se sont-ils séparés de ces lieux qui
leur ressemblent tant ?
La plupart n'eut pas le choix. Mais il est vrai que pour beaucoup il ne s'agissait
pas seulement de quitter une terre pour une autre terre mais une terre pour
une langue, une terre pour des valeurs. Israël bien sûr, mais aussi la république
Française, devinrent aux yeux des exilés, des lieux d'accomplissement des promesses
prophétiques. C'est vrai, Moïse Rahmani, que l'histoire est injuste et qu'elle
n'a pas retenu cet exode que ni les gouvernements, ni l'ONU n'avaient vu. Oui
c'est un exode oublié, mais cet oubli est souvent volontaire, en particulier
chez ceux pour lesquels l'accablement d'Israël est une respiration. "Mal nommer
les choses c'est ajouter au malheur du Monde" écrivait Camus. Vous dites les
choses avec honnêteté et humanité, et ce rappel est bien la moindre réparation.