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Cher Moïse,
hier après-midi, je suis passé chez Filigranes. j'ai vu ton livre, je l'ai
acheté et immédiatement j'ai commencé à le lire.
J'ai d'abord cherché s'il y avait quelque chose sur Kamina. Et j'ai lu avec
beaucoup d'émotion.
Voici pourquoi.
Septembre 1957. je suis appelé à l'armée. En raison de ma surdité naissante
et détectée par l'armée,
je suis versé à l'école des sous-officier....d'administration, .....caserne
DOSSIN à Malines. Choc.
Mes Grands parents et toute ma famille de Charleroi, y est passée sur le
chemin de la déportation.
Néanmoins, mes 6 mois de formation y seront agréables.
Vers la fin de la formation, on lance un appel à volontaires pour Kamina.
Obligation : accepter 2 mois de service militaire supplémentaires, ce qui
porte mon service de 15 à 17 mois.
Mais bah, on est jeune, c'est une occasion extraordinaire. je suis donc
candidat mais pas le seul.
Coup de pouce du destin. Je serai le candidat francophone retenu.
Et voilà qu'un matin d'avril 1958, je m'envole pour Kamina.
Escales à Tripoli (époque du Sultan Idriss), à Kano au Nigéria et
Léopoldville.
24 h de voyage. Après un jour de repos, envol vers Kamina, 4h de vol.
A la base, mon collègue flamand est affecté à la section du personnel belge
et ton serviteur
devient chef adjoint du bureau des salaires de la M.O.I (Main d'oeuvre
indigène). 3.000 personnes
Je découvre le Posho, salaire en nature, en plus du salaire en argent.
Et je fais connaissance de militaires belges nés au Congo. On avait omis
de les enrôler. Tout à coup, ils sont appelés à l'armée. La plupart sont
mariés et ont une situation.
Mais rien à faire, à Bruxelles on ne s'occupe pas de cela.
Ce sont des Belges, ils doivent servir, surtout que c'est la guerre froide.
Ainsi, je rencontre ....Marcel H. un fils des H. d'E'ville.( ton
Mardochée ?)-
Par lui, je rencontrerai les Nazar de Kamina-ville. Ils y tiennent un petit
supermarché.
Ils viennent d'Egypte. J'assisterai à la fête du 18ème anniversaire de
Rolande, la fille des Nazar.
Je viendrai chez eux pour les fêtes de Rosh Hachana.
Des gens merveilleux, d'une gentillesse extraordinaire.
Je ferai aussi brièvement connaissance de quelques autres juifs rodhélis au
cours ...
d'un pique nique accidentel en brousse, mais çà c'est une autre histoire.
Avec le soulèvement de Léopoldville, étant également adjoint à l'adjudant
Moray,
chef de la sécurité et de la police de la base, j'ai été bloqué à
Kamina-base, jusqu'à mon départ, le 8 février 1959.
De plus, nous étions sur les dents. Les paracommandos étaient dispersés et
nous étions restés
à 150 soldats pour toute la base et pour protéger les familles des
militaires ainsi que les 3000 congolais.
Je n'ai plus eu de nouvelle, je n'ai même pas pu faire mes adieux aux
Nazar.
Quant à Marcel H., au hasard d'une publicité parue dans un magazine,
j'ai vu qu'il vivait à Bruxelles. Je l'ai appelé mais au téléphone, son
accueil fut très réservé.
Je n'ai pas insisté.Nous étions convenus qu'il me rappelerait mais voici
pas mal d'années déjà.
Je n'aime pas m'imposer.
Voilà, cher Moïse. J'ai failli rester en Afrique. J'avais introduit ma
demande. Un jour je te raconterai.
La main du destin est très bizarre.
Mais si tu as des nouvelles sur les Nazar, je serais heureux de savoir ce
qu'ils sont devenus.
J'espère que tout s'est bien passé pour eux et pour Rolande.
Bien à toi,
Charles. |