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Le Messager, Paris, juin 2002

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LE MESSAGER


Juin 2002

Une communauté à l'histoire extraordinaire et méconnue "Shalom Bwana, la saga des Juifs du Congo"

Le premier homme blanc qui, historiquement, foula le sol du Congo, fut le navigateur portugais, Diego Cam, en 1482. Comptait-il des Juifs dans son équipement ? Peut-être, car les meilleurs cartographes l'étaient. S'il n'existe aucune trace historique de leur passage, peut-être des marranes portugais se fixèrent-ils dans quelques comptoirs. Des Juifs, italiens pour la plupart, y sont présents dès la fin des années 1880. Mais une présence juive permanente au Congo n'est attesté qu'à partir du début du XXe siècle.
Giofredo Lattes est ainsi le premier Juif à fouler le sol du Katanga qu'il explore en 1903.
La communauté juive déposera ses statuts en 1911.
Originaires de l'Ile de Rhodes, fuyant la misère entre 1910 et 1930 et le fascisme par la suite, des Juifs continuent de s'y installer.
Majoritairement commerçants, ils formeront le gros de la communauté essentiellement séfarade, forte de 2 500 personnes à l'indépendance du pays, en 1960.
En brousse, pour les jeunes Juifs comme pour tous, les conditions de vie sont difficiles.
En ville, la vie sociale est intense. Les soirées s'écoulent entre amis, parfois un fils au cinéma ou une fête communautaire à la salle Weizmann. Les Rodeslis du Congo on recréés leur quartier et ont importé le judéo-espagnol qu'ils pratiquent entre eux et qui s'enrichit de mots nouveaux dont des mots africains.
Le 11 juillet 1960, le Congo acquiert son indépendance, entraînant l'exode de tous les fonctionnaires belges, désorganisant le pays et sa population étrangère. Mobutu intervient et prend le pouvoir en novembre 1965 pour ne le quitter qu'en 1996.
Dans les villes et villages de l'intérieur, la pratique religieuse n'est pas très ancrée. Le Judaïsme est tiède.
Par contre, à Elisabethville, berceau et écrin du judaïsme du Congo, la présence d'une synagogue et d'un minyan facilitent grandement les choses.
Deux rabbins animèrent cette communauté : Louis Wolke entre 1928 et 1930 et Moïse Levy entre 1937 et 1991. Durant cette interruption, Moussani Franco, fils d'un Grand Rabbin de Rhodes, dirigera les offices.
Jusqu'à l'indépendance, il n'y avait que peu de relations sociales entre Noirs et Européens. Les Juifs furent parmi les premiers à accueillir des Noirs, dès 1946, dans leurs magasins. Lors des événements de juillet 1960 et par la suite, les Juifs furent souvent protégés par leurs domestiques ou par leurs employés.
Le sujet des enfants nés de couples juif-congolais reste, de nos jours encore, un sujet délicat. Les cas, aussi, ne sont pas nombreux. Une petite douzaine peut-être. Un Juif d'Albertville fut le premier à avoir épousé une Noire, lorsque les mariages civils interraciaux furent autorisés? en 1959!
La plupart des Juifs reconnaissent leurs enfants, lui donne leur nom. Le plus souvent, ceux-ci sont élevés par la mère et confiés à des missions catholiques. Un ancien Premier ministre de Mobutu, Léon Kengo wa Dendo, était le fils d'un médecin originaire d'Europe de l'Est. Certains Juifs participèrent à l'effort de guerre. Quelques-uns uns rallièrent même le Général de Gaulle et libérèrent Paris.
La communauté suivait les événements de la Palestine. Certains de ses membres favorisèrent l'acheminement d'armes vers le futur Etat; d'autres fournirent une aide matérielle aux volontaires juifs d'Afrique du Sud qui, à bord de frêles coucous, gagnèrent Israël, formant l'embryon de la future force aérienne du pays.
La plupart des états d'Afrique se devaient d'être solidaires de l'Egypte africaine, à genoux. Sous les pressions et les promesses de pétrodollars, ils rompent les relations diplomatiques avec Jérusalem. Kinshasa suivra le mouvement, parmi les derniers.
La communauté servira d'intermédiaire afin que le Congo devienne le premier état africain à renouer diplomatiquement avec Israël.
En 1973; la politique de nationalisation entraîna le départ de nombreux expatriés. Les émeutes de 1991 et celles de 1994 firent fuir le reste de la communauté.
Actuellement, il ne reste à Kinshasa qu'une trentaine de Juifs dont la moitié descend de ceux qui habitaient le pays avant 1960. A Elisabethville, cette perle juive de l'Afrique Centrale, il ne reste qu'un Juif, absent la moitié du temps.
Le Congo, nouvelle terre promise des Juifs, n'en finit pas d'agoniser !

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