Du 17 au 20 septembre 2002.
Shalom Bwana
Le vendredi 11 octobre à 21h. Moïse Rahmani (Institut sépharade européen, éditeur de Los Muestros) nous parlera de l'histoire juive en Afrique centrale, le thème de son dernier livre, Shalom Bwana. La saga des Juifs du Congo. Rencontre avec l'auteur.
Il n'y a plus de Juifs aujourd'hui en Afrique centrale. Quel est le futur d'une mémoire juive du Congo ?
La majorité des Juifs du Congo venaient de Rhodes et ils y ont vécu pendant 80 ans. La mémoire de la vie Juive là-bas n'est qu'une péripétie dans l'histoire millénaire des Juifs séfarades. Dans trois ou quatre générations, elle aura peut-être disparu. Nous étions ottomans, puis italiens, avant de venir chercher refuge au c?ur de l'Afrique. J'ai voulu raviver la mémoire de mes amis du Congo. Je récolte des témoignages çà et là, faisant appel à tous ceux qui ont des souvenirs, afin qu'ils m'aident à reconstruire une mémoire et à la transmettre. Mon livre est une petite contribution visant à éviter la disparition de cette mémoire juive du Congo. Sur place, d'ici quelques années, il ne restera rien, même plus de cimetière.
Comment les Juifs étaient-ils perçus par les Blancs au Congo belge ?
Je suis arrivé au Congo, après avoir été forcé de quitter l'Egypte en avril 1956. Je n'ai pratiquement pas connu d'antisémitisme. Bien au contraire! Les Juifs d'Elisabethville étaient peu nombreux mais il avaient un poids économique important. Nous allions à l'Ecole des Frères, jusqu'à l'ouverture d'un athénée laïque. Les filles, quant à elles, ont continué à fréquenter les écoles chrétiennes pour la qualité de leur éducation. Grecs, Italiens, Juifs, chaque communauté vivait de son côté, même si, à l'école, nous nous fréquentions tous. Le Congo pour nous, c'était la terre promise. Les relations avec les Africains étaient bonnes, même si nous vivions entre nous, "en ghetto" Lors des troubles qui ont suivi l'indépendance, j'étais à Stanleyville. En général, personne n'a été inquiété car les domestiques se sont interposés face aux rebelles qui s'en prenaient surtout au Africains qui avaient suivi des études. En 1962, j'ai déménagé à Léopoldville où je suis resté jusqu'en 1969. Manquant toutefois de me faire arrêter comme espion lors qu'une promenade le long du fleuve en 1965!
Ce livre dévoile un aspect méconnu de la vie au Congo, les Noirs nés de père juif?
C'était un sujet tabou, dont on ne parlait pas lorsque j'étais au Congo, mais qui fait partie de notre histoire. Des couples mixtes se sont formés. Tout le monde le sait. Venus souvent très jeunes au Congo, les Juifs, comme beaucoup de Blancs, avaient des "ménagères" africaines. Les Blancs ne s'affichaient pas pour autant avec leur femme ("ménagère") noire en ville! Chacun restait à sa place, sans que ce ne soit non plus l'Apartheid! Le premier mariage autorisé entre un Blanc et une Noire s'est produit peu avant l'indépendance, un Juif ayant épousé une Africaine. Certains des enfants issus de ces couples mixtes assument parfaitement leur identité et se sentent extrêmement juifs.
Propos recueillis par Roland Baumann