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L'Arche N° 539-540, Paris, Janvier-Février 2003

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L'arche
Janvier Février 2003 - N° 539-540

Les fils de Séfarad au Congo belge


Par Henry Méchoulan

En publiant Shalom Bwana, Moïse Rahmani offre une pièce maîtresse à la saga des sépharades. Très peu d'entre eux savaient avant cet excellent ouvrage qu'une communauté juive sépharade vivait depuis 1900 au coeur de l'Afrique - au Congo belge. A cette époque, ils représentent une population importante : "Ils sont environ 200, dont une centaine à Elisabethville et une centaine dans les localités à l'intérieur du pays, notamment à N'Dola, Likasi, Lubudi, Luena, Bukama, Kamina". A Elisabethville, ils constituent 25% de la population européenne.
D'où viennent-ils, ces fils de Sefarad ? De Rhodes, essentiellement. "Ils ont importé au Congo leur idiome - le judéo-espagnol- qu'ils pratiquent entre eux quotidiennement, un judéo-espagnol qui, comme toute langue vivante, inclut bientôt des mots africains". Cette communauté peu connue est le fruit de deux flux migratoires, le premier avant la Shoah et le second après le drame. Ainsi , en terre d'Afrique se rencontrent et se mêlent des Juifs qui n'ont rien vu de la guerre et des rescapés de l'horreur.
Ce qui nous surprend au fur et à mesure que l'on découvre cette communauté c'est sa structure solide, tissée par de multiples organisations sociales de tous ordres : sportives, scolaires, religieuses. A l'évidence, c'est le sentiment de camaraderie joyeuse qui est le chiffre de cette communauté vivante. Le commerce, l'industrie et les responsabilités qui en découlent n'hypothèquent absolument pas une volonté ludique que l'on ne retrouve pas dans l'histoire d'autres communautés sépharades, même si devoirs et charges pèsent toujours sur leurs épaules. Ici, pas de frontière, de défiance, de mépris envers les coreligionnaires ashkénazes comme ce fut hélas le cas dans les communautés judéo-espagnoles de Turquie.

Le mècène
Ouverture aussi sur le monde indigène. Moïse Rahmani nous apprend que "Léon Hasson ouvre en décembre 1946 un magasin Au chic, qui vend. Oh scandale ! à tous : blancs et noirs. Cette mixité n'était pas bien vue à l'époque ! Léon Hasson n'en a cure : pour lui, la couleur de peau importe peu, seul compte l'homme. Les noirs, à moins d'y êtres employés n'avaient pas le droit d'entrer dans les magasins pour européens. Non qu'ils ne pussent y acheter - leur argent était le bienvenu - mais ils passaient leurs commandes et se faisaient servir par une lucarne". Si racisme il y a, ce n'est pas chez les Juifs du Congo qu'il faut aller chercher.
Enfin, un mot pour le mécène, car il y en a toujours dans les communautés juives. Et Moïse Rahmani n'oublie pas le plus grand d'entre eux, à qui il consacre des lignes émues : "Maurice J. Alhadeff est un des rares Juifs que, par respect, on appelait Monsieur et non Maurice. Il est né à Rhodes en 1895. Il quitte son îles natale à 17 ans pour Elisabethville où il ouvre son premier magasin. Il a connu les plus grands, côtoyé des présidents des USA, dont il avait acquis la nationalité, tous les présidents et chefs de gouvernement de l'Etat d'Israël depuis sa fondation, le 15 mai 1948. Il fut d'ailleurs l'invité personnel de David Ben Gourion lors de la Déclaration d'Indépendance."
Moïse Rahmani a fait un travail tout a fait original et plein d'humour. Il a décrit avec son coeur l'histoire vivante d'une communauté dont il ne reste que des gardiens de cimetières. En effet, "si à l'indépendance du pays, le 30 juin 1960, près de 3000 Juifs habitent le Congo dont près de 2500 à Elisabethville, en 1982, Albert Almeleh, le trésorier de la communauté, ne recense plus que 47 Juifs dans la capitale katangaise".
Rappelons que cet ouvrage contient pour l'historien des données précieuse quant à l'onomastique et la démographie, de sorte qu'il constitue aussi une base de données pour l'histoire des Juifs en Afrique noire.

Moïse Rahmani, Shalom Bwana, Editions Romillat, Paris, 254 pages, 22 euros.

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