
Le vingtième siècle, riche en désinformations, offre de nombreux exemples des effets dévastateurs des manipulations de l’information, quand la représentation du monde par des médias est fondée sur l’inexactitude. L’exactitude seule assure la fiabilité de tout rapport et permet d’éviter pièges et tentations idéologiques. Le choix des mots dans la désignation des événements rend une réalité différente selon que l’on nomme « kamikaze » ou « terroriste », l’assassin suicidaire qui tue dans les transports en commun ou les restaurants.
Ainsi cette éthique de l’exactitude est ignorée, quand des médias et des hommes politiques qualifient la « guerre[1] » palestino-israélienne de « conflit ». Ce faisant, ils choisissent d’ignorer la nature réelle des attaques palestiniennes contre des civils et ils occultent aussi que ces crimes portent atteinte à la souveraineté d’Israël. Cette requalification de la guerre en conflit permet systématiquement d’accuser Israël d’un « usage excessif de la force » et nazifie le comportement de son armée et, en fin de compte, remet en question la légitimité de l’Etat d’Israël. Il n’existe pas d’autres exemples d’une démarche aussi radicale et préméditée, et c’est aussi dans cette discrimination que se reconnaît l’antisémitisme.
Il ne s’agit pas, dans cet exemple, de glissement lexical car la disqualification mise en évidence ici relève un procédé sémantique structurant. En effet, les événements ne se regardent ni se jugent de la même manière selon qu’ils se déroulent dans un contexte de guerre, où l’on reconnaît une ou plusieurs lignes de front, ou quand ils se passent dans une situation conflictuelle, où en l’absence de zone de guerre, l’état de droit peut régner partout. Le choix sémantique de cette imposture, qui déforme l’image de l’Etat d’Israël, est donc une option politique, dont on peut mesurer les effets dans la montée constante de l’antisémitisme.
Peindre cette guerre sous les couleurs d’un conflit permet en effet de charger l’Etat d’Israël de violence visant à s’emparer de terres palestiniennes, qui ne sont pourtant identifiées ou délimitées par aucune frontière reconnue internationalement, mais on peut ainsi réinventer l’image du Juif accapareur. De telles impostures permettent à des médias et à des hommes politiques de manipuler la réalité d’autant plus facilement, qu’elles se réfèrent à de vieux schémas culturels. Juda n’est-il pas à jamais un fourbe et un traître ?
Karl R. Popper (1902-1994), le philosophe des sciences et le théoricien de « La société ouverte », a montré comment « la perception de la réalité est conceptuelle ». Comme le présent ouvrage le montre, la représentation des guerres au Moyen-Orient se fait suivant des schémas idéologiques précis, pudiquement appelés « politique rédactionnelle » avec ses omissions, ses mensonges et ses lapsus, quand des médias font l’aveu inconscient (?) de leur parti pris antisioniste. Leur manière d’user d’inexactitudes dissimule mal la tentation inavouable de chatouiller les tabous qui préservent l’essentiel de la société de ses penchants antisémites. En effet, cette désinformation, érigée en système, s’insère dans un contexte social et historique où l’antisémitisme a des racines irrationnelles profondes.
Ainsi, des antisionistes dénoncent « le péché originel d’Israël », dont les réfugiés palestiniens et leurs descendants offriraient le témoignage. Le recours à cette imposture pare l’antisionisme d’une aura de justice qui rend légitimes les discriminations et les violences à l’endroit de l’Etat d’Israël et de ceux qui s’y reconnaissent, l’immense majorité des Juifs de la diaspora. L’écho d’une formulation aussi fortement religieuse que « le péché originel d’Israël » rappelle que les mythes fondateurs, dont les sources se trouvent dans la Torah[2], les Evangiles, le Coran, conduisent à des perceptions différentes de la réalité, différences que l’on peut observer par leurs effets[3]. Ainsi, une différence entre les psychés (mentalité née des références fondatrices) juive et chrétienne réside dans « La ligature d’Isaac » (Abraham avait lié les mains de son fils en le préparant au sacrifice) et le sacrifice christique. Alors qu’HaShem (le Nom) interdit à Abraham de sacrifier son enfant, Dieu sacrifie son propre Fils. Cette différence dans l’accomplissement de la révélation et sa formulation est génératrice de concepts qui structurent moralement la perception de la réalité.
Nommer une chose, un être ou un événement de manière volontairement inexacte constitue une imposture ; étant donné qu’elle fonctionne sur l’usage du langage, elle est sémantique. L’imposture sémantique se reconnaît à l’application impropre d’une désignation pour altérer la perception de l’événement ou du sujet désigné, avec pour conséquence la dénaturation du sujet ou de l’événement improprement nommé.
Ainsi, le mur de Berlin fut consacré « mur de la honte », parce qu’il avait été érigé pour interdire aux Allemands vivant à l’est de rejoindre leurs compatriotes vivant à l’ouest du mur. La barrière de sécurité, que construit Israël, vise et avec succès, à empêcher les terroristes palestiniens de semer la mort. Quand des médias et des politiques commettent uneimposture sémantique en parlant de « mur de la honte », ils occultent la vraie nature de la barrière de sécurité et, partant, ils dénient à l’Etat d’Israël le droit de se défendre pour ne retenir que les coûts humains et économiques supportés par la population palestinienne.
La fonction de l’imposture est de modifier la réalité. Celle de l’imposture sémantique vise à altérer la perception des événements qu’elle nomme. Son usage systématique induit des effets durables, voire irréversibles, sur la société qui l’intègre dans ses constructions de la réalité. En l’occurrence, ces choix sémantiques servent à légitimer une politique de soutien inconditionnel à l’Autorité palestinienne, qui cautionne, dans ses discours en arabe, des meurtres de masse qu’elle condamne dans sa version anglaise
L’usage systématique des impostures sémantiques rencontre d’autant moins de résistance, que la guerre palestino-israélienne est chargée de symboles, parlant autant à l’inconscient des Européens qu’à celui des « allochtones » de culture musulmane.
La malfaisance des impostures sémantiques est de deux ordres :
L’objectif du présent ouvrage est de mettre en évidence quelques unes des impostures sémantiques les plus courantes. Ce procédé, particulièrement prisé par les fascistes noirs, rouges, bruns ou verts, est riche de variantes, dont l’effet est le même dans tous les cas : altérer la perception de la réalité. Parmi ces variantes on peut distinguer :
Quelle que soit la forme de l’imposture sémantique, elle produit les
mêmes conséquences sur la société que le négationnisme. Comme lui, elle fait dériver le
langage vers une formulation faussée de la réalité, en substituant les
événements par leur interprétation biaisée, ce qui constitue l’instrument de la
manipulation de l’opinion.
Les conséquences de cette dérive peuvent être redoutables. On se souvient ainsi que, pour
Hitler, les Juifs étaient considérés comme une vermine qu’il était vital
d’éradiquer. Sans une
manipulation appropriée des médias allemands, et plus tard, ceux des pays
occupés, un contexte favorable à la mise en œuvre de ce délire criminel n’aurait
pu engendrer
Depuis la guerre du Liban (1982) un consensus s’est établi en Europe entre la majorité des médias et la plupart des forces politiques, de la gauche à la droite, pour frapper d’immoralité les actes d’autodéfense de l’Etat d’Israël. Pour ce faire, il importe de disqualifier la « guerre » palestino-israélienne en « conflit » palestino-israélien. Le négationnisme réside donc dans le refus de reconnaître que les Palestiniens sont en guerre contre l’Etat d’Israël, l’ « Entité sioniste » selon leurs discours en arabe.
La fonction d’une imposture sémantique consiste dans le meilleur des cas, à substituer l’exactitude d’un rapport par l’opinion du rapporteur, et dans le pire des cas, à échanger un sujet par son contraire, telle la victime qui devient coupable de ce qu’elle a subi. Ce déni de justice se rencontre dans de nombreux cas de viols, et dans celui des Juifs (ou du Premier ministre Sharon) responsables de l’antisémitisme. Cette infamie semble devenue audible grâce aux impostures sémantiques de médias et d’hommes politiques, qui ont forgé un consensus reposant sur une réalité entièrement conceptualisée par eux coupables d’avoir ainsi rationalisé l’antisionisme, la version politiquement correcte de l’antisémitisme.
[1] Les première et
deuxième chartes palestiniennes prônent sans ambiguïté la lutte armée en vue
d’atteindre l’objectif national de l’Organisation de libération de
[2] Pour les Juifs,
[3] Les
civilisations à références chrétiennes ont donné naissance à
[4] Tsahal est
l’acronyme de « Force de défense d’Israël ». Nous garderons cette dénomination
parce qu’elle est exacte.
[5] Il faut
rappeler l’imposture véhiculée lors de médiatisation de la mort du petit Mohamet
Al Doura qui n’a pu être tué par une balle israélienne, mais bien par une balle
palestinienne. Ce mensonge
est démonté, entre autres, par l’agence de presse MENA, dont l’enquête semble
indiquer qu’il n’y aurait pas eu mort du tout... Un résumé des faits peut être consulté
sur http://www.upjf.org/documents/forumdisplay.php?s=&forumid=78