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Le Lien, Ha Kesher, Israël et Grenoble, décembre 2007

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Les livres et l’histoire :

UNE SYMPHONIE POLITIQUE DE MOISE RAHMANI

Les précédents livres de Moïse Rahmani sont principalement consacrés à l’histoire et au passé récent des communautés juives sépharades (1).

Avec Lettre à un frère (2), il s’exprime, toujours avec ferveur, sur un autre registre. Adressée au pape, il s’agit d’une méditation, d’un soliloque et surtout d’une symphonie politique de cris – de douleur, d’indignation, d’alarme amalgamée.

A propos de quel aspect des relations judéo-chrétiennes un Juif écrit-il au chef de l’Eglise catholique ? Que Pourrat-Il apprendre à Benoît XVI, que cet érudit ami du peuple juif ne saurait-il pas ? Rien de neuf, d’inédit, en fait. Mais toute musique est faite des mêmes notes simples et primaires. La symphonie de Rahmani sonne juste. Ecoutons.

Quand les Romains exécutèrent Jésus, il résumèrent ainsi leur acte d’accusation : « INIRI - Jésus de Nazareth, roi des Juifs ». Car se prétendre roi, contester la souveraineté de l’empereur Tibère é&tait un acte de haute trahison passible de la peine capitale. « Criez, très Saint-Père, à en perdre la voix, que c’est un blasphème d’affirmer que les Juifs ont assassiné leur frère Yehoshua ben Yoseph ».

Lors de son pèlerinage à Auschwitz, en mai 2006, le pape n’a récité que deux martyrs : un religieux chrétien et une Juive convertie, Edith Stein. Et Rahmani de s’affliger : « Mais ce fut en qualité de Juive qu’elle fut déportée, et non comme chrétienne ». Et le pape avait « évoqué le meurtre de six millions de Polonais exterminés ». Et Rahmani : « J’ai été affligé que vous n’ayez pas jugé utile de précise que plus de la moitié étaient juifs, (non) pas assassinés en tant que Polonais, mais comme Juifs ».

Pendant la domination des Transjordaniens sur Jérusalem, de 1948 à 1967, ils tracèrent une route à travers l’antique cimetière juif du mont des Oliviers, « les pierres tombales servant à paver des bases militaires jordaniennes et à y édifier des latrines ». Et Rahmani de s’indigner : « Des protestations, à ma connaissance, il n’y en eut pas ».

Et ainsi de suite, y compris la résurgence massive d’un antisionisme-antisémitisme, attisé par la propagande des extrémistes islamistes, qui inonde l’univers de flots de poison ancien-nouveau, afin de rendre l’humanité indifférente à la shoah numéro Deux qu’ils préparent.

Moïse Rahmani croit que la voix du pape peut interpeller et éveiller les consciences et l’y invite passionnément. Puisse-t-il être entendu par le destinataire de sa « Lettre à un frère », qui s’adresse aussi à tous les Chrétiens, à tous les hommes.

Paul Giniewski

(1) Notamment : Rhodes, un pan de notre mémoire, Ed. Romillat, 2000, Shalom Bwana,
La sage des Juifs du Congo, Ed. Romillat, 2002, Les Juifs du soleil, Ed. Filipson, 2002,
Sous le joug du Croissant, Ed. de l’Institut Sépharade Européen, 2004, etc.

(2) Lettre à un frère, Ed. de L’institut Sépharade Européen, 2007, 130p. 18.- €

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