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Shofar, Bruxelles, décembre 2007

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A propos du dialogue judéo-chrétien
Par Jacqueline Wiener-Henrion

Ainsi que nous l’avons déjà à plusieurs reprises souligné dans le Shofar, le monde chrétien manifeste de plus en plus fréquemment des liens fraternels à l’égard du judaïsme et ce avec, souvent, une curiosité et une empathie marquées.
La Shoah, cet « évènement le plus important du XXème siècle », pour reprendre les termes papaux, n’est certainement pas étrangère à ce phénomène.
Le dernier acte marquant, dans le sens de l’intérêt de plus en plus significatif de l’Eglise pour sa religion mère est intervenu récemment.
Cela se passa au début du mois de septembre dernier, à l’occasion d’une cérémonie organisée à la Judenplatz, dans le centre de la capitale autrichienne, devant le monument de béton érigé à la mémoire des 65 000 Juifs d'Autriche exterminés par les Nazis.
Il pleuvait. Le pape Benoît XVI se recueillait, priait. Ce silence dura une dizaine de minutes. En présence des dirigeants de la petite communauté juive locale.
Dans l'avion qui le conduisit de Rome à Vienne quelques heures auparavant, en présence de journalistes, Benoît XVI exprima le fait que sa visite à ce mémorial marquait « la tristesse, la repentance et l'amitié » des catholiques envers leurs « frères juifs » en ces termes 1°
: « Mon voyage n'est pas un voyage politique, c'est un pèlerinage, comme je l'ai dit. Ce sont seulement deux jours ; seul le pèlerinage à Mariazell était prévu initialement ; maintenant, nous avons, non sans raison, le temps pour aller aussi à Vienne pour rencontrer différents composants de la société autrichienne. Des rencontres avec les autres confessions et religions ne sont pas prévues immédiatement, dans ce si bref séjour ; seul un moment devant le monument de la Shoah pour montrer - disons-le - notre tristesse, notre repentir et aussi notre amitié envers les frères juifs, pour avancer dans cette grande union que Dieu a créée avec son peuple. Dans l'immédiat, donc, de tels messages ne sont pas prévus. C'est seulement au début, lors de la rencontre avec le monde politique, que je voudrais parler un peu de cette réalité qu'est l'Europe, des racines chrétiennes de l'Europe, du chemin à prendre. Mais il est évident que nous faisons toujours tout en nous appuyant sur le dialogue, soit avec les autres chrétiens soit également avec les musulmans et avec les autres religions; le dialogue est toujours présent : c'est une dimension de notre action, même si en cette circonstance, il ne va pas être tellement exprimé à cause du caractère spécifique de ce pèlerinage… »
Déjà lors d'une visite à Auschwitz en mai 2006, le pape avait qualifié la Shoah de "crime sans équivalent dans l'Histoire".
En accueillant le pape en cette matinée là de septembre 2007, le président autrichien, Heinz Fischer, affirma quant à lui que l'Autriche devait « reconnaître les heures sombres » de son histoire et le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, non seulement souligna, quant à lui, les racines juives du christianisme (« Pierre était juif. Les apôtres étaient juifs, Marie est juive et Jésus, son fils notre Seigneur, l'est aussi à travers elle"), mais rappela également la participation d'une partie de ses compatriotes aux exactions nazies.
Coïncidence ou conséquence, que ces propos ? s’est aussitôt interrogé Moise Rahmani. Car son dernier ouvrage, la "Lettre à un frère" 2° , sorti de presse le 25 août, fut expédié au Vatican le jour même. Or ce livre implore Benoît XVI d’exprimer un réel amendement à l’enseignement du mépris et à l’accusation de peuple déicide car le pape « est le seul qui ait autorité pour (l’) imposer, du Vatican jusqu’à la plus petite église du plus petit village, en tout pays du globe » et que ce faisant, l’antisémitisme –et son corollaire, l’antisionisme-, seraient ainsi réellement battus en brèche, même au-delà du monde chrétien.
Nul ne peut répondre dans un sens ou l’autre à cette question brûlante pour l’auteur. Quoi qu’il en soit, il est troublant, comme le relève assez judicieusement Moïse Rahmani lui-même, de savoir qu’a été rétabli par Benoît XVI un missel datant de 1962 au contenu anti judaïque prononcé ; qu’une messe dite tridentine, dont le texte latin rédigé en 1570 et mentionnant que « les Juifs vivent dans l’aveuglement et les ténèbres », peut dorénavant être redite ; que la perspective de la béatification du Pape Pie XII, personnage aux zones d’ombre réelles, n’est guère réjouissante.
Mais à l’égard de ces actes là, des voix s’élèvent dans le monde chrétien également, pour les contester…

1°Conversation avec les journalistes de Benoît XVI du vendredi 7 septembre 2007 sur le site officiel du Vatican, source de la traduction : http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page=0809076_interview

2° Lettre à un frère, Moïse Rahmani, Ed. de l’Institut Sépharade Européen, 2007, 127 pages.

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