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PREFACE.

   

Sous le temps des malentendus, le sortilège s’efface.

 

L’effort visant à mentir est immense pour continuer à maintenir en liesse certaines élites européennes en manque de croyance et de plus en plus fascinées par cette hardiesse visant à faire admettre que le joug a été doux pour le juif alors qu’il fut humilié, utilisé, oppressé, tué, comme le montre ici Moïse Rahmani, y compris par mes ancêtres berbères musulmans, tandis que ceux qui étaient chrétiens ne les ont pas reconnu, défendu, alors que le Message de Christ fut porté en premier par les Juifs en Afrique du Nord.

Et ce mensonge, perpétuel, toujours actuel, (des centaines de milliers de Juifs ont du quitter les pays sous férule islamique depuis 1948 ou le refus arabe du fait israélien), est d’autant plus insupportable qu’il repose sur une justification théologique visant à imposer l’idée que Abraham, Moïse, Jésus, seraient des prophètes islamiques (sourate II, versets 129,151, sourate V, verset 15), qui auraient été trahis par les Juifs, d’où la suprématie islamique nécessaire afin de sortir le monde de «l’Obscur ».

Cette façon de voir est, à l’évidence, un mensonge d’autant plus énorme qu’il confond le juif être humain, soucieux de défendre comme tout homme un pouvoir, or tout homme est faillible, et le juif en tant que juif qui n’a rien à voir avec cette faiblesse humaine, trop humaine puisqu’il cherche plutôt à devenir membre du «peuple Élu ». C’est-à-dire à être élevé dès maintenant dans le giron de l’affinement au plus près de la Grâce, là où la Félicité est Lumière et donc permet de Voir comment le Vrai et le Beau s’épousent et deviennent Bien. C’est cela être Élu. Ce qui est contradictoire avec une quelconque suprématie terrestre puisqu’il s’agit d’une élévation en l’Esprit de Dieu, là où la Foi et la Connaissance ne font plus qu’Un et permettent ainsi la Fusion, l’Osmose, l’Harmonie entre le Ciel et la Terre, les Vivants et les Morts.

 

Pourtant, en dépit de tout, des blasphémateurs vont se lever en prétextant parler «au nom » de Celui qui Est, alors que Personne ne peut y prétendre, et vont répandre une pseudo vérité  si souvent assénée, très tranquillement, du moins en surface, sous la contrainte d’hier et… d’aujourd’hui.

Oui, aujourd’hui…

Sait-on par exemple, révèle l’Association des Coptes d’Europe dans une Lettre ouverte (copteseuro@wanadoo.fr ) que depuis les « années 70, nous assistons en Égypte à la conversion  forcée de jeunes filles mineures chrétiennes à l’islam. Elles sont enlevées, terrorisées, violentées et généralement violées puis elles sont mariées contre leur volonté à des extrémistes musulmans. Ces exactions se passent en plein jour au su et au vu des autorités policières et judiciaires qui restent impassibles voire complices. Elles classent ces dossiers «sans suite» en prétextant de simples histoires d’amour classiques ou d’actes personnels ».

 

Et que penser de ces jeunes filles berbères marocaines mariées de force, achetées et vendues à de riches saoudiens puis répudiées lorsqu’elles n’amusent plus, ou ces très jeunes iraniennes abusées par des mollahs tout à fait légalement, sans que l’on ne parle guère de pédophilie généralement réservée aux méchants chrétiens décadents…

A Alger des messes se font dans le silence des appartements privés parce que l’on a peur de montrer son retour ou son maintien dans la foi de ses ancêtres, et surtout parce que les autorités font pression, menacent. Ainsi, en Kabylie, des jeunes voulaient que le maire leur donne une salle désaffectée pour en faire une chapelle, il leur a répondu qu’il aimerait bien, mais que cela lui était interdit.

Récemment, à la réunion des Kabyles chrétiens de France (qui en parle ?) un jeune s’est levé pour dire que lorsqu’il allait distribuer des Évangiles en langue berbère à la population, l’animosité ne venait pas de celle-ci qui l’accueillait les bras ouverts mais du «Pouvoir » qui lui cherchait des ennuis…

Et que penser de cette hantise du juif y compris chez mon peuple ? Alors que ce sont des juifs qui ont amené le christianisme en Afrique du Nord et non Rome puisqu’à l’époque les Romains étaient polythéistes et avaient crucifié Christ un siècle auparavant utilisant les appétits et les jalousies du moment pour conserver leur pouvoir…

 

Le lecteur, pressé d’Orient(alisme), n’en croira rien.

Parce que ses yeux seront encore éblouis par la dernière « expo » lui vantant l’art «musulman» -comme si d’ailleurs une représentation du monde serait ancrée dans un seul aspect, -dirait-on que Michel Ange qu’il incarnerait l’art «chrétien» ce serait bien mince.

 

Le lecteur, artificiel, en fait, ne saura jamais, sauf à fouiller, que derrière cette appellation contrôlée se cachent des Perses, des Berbéro-andalous, des Kurdes, tous créateurs de poésie et d’architecture, ayant, oui, utilisé la langue véhiculaire, le latin du moment, cet araméen appelé ensuite arabe (1), ayant, oui, prié, dans l’expression sacrale issue du tumulte religieux de l’époque dont l’islam apparaissait comme une hérésie de plus (2). Mais le lecteur avide de se faire pardonner une colonisation mal vécue détournera l’oreille. 

Pourtant sait-il que les Juifs qui se sont répandus en Andalousie, sous des dynasties berbères, celles des Almoravides et des Almohades, se sont mis également à traduire les textes grecs malgré les persécutions de mes ancêtres berbères avides de pureté islamique pour bien montrer qu’ils pouvaient être «élus » comme «Arabes» c’est-à-dire Gens du Livre ? Délire du prosélyte… 

Sait-il, ce lecteur pressé, et comme le montre ici, si superbement, et si durement, Moïse Rahmani, que, au fur et à mesure que les arabo-musulmans et les berbéro-musulmans perdaient du terrain au profit des Turcs et des Européens, ils devenaient de plus en plus nerveux envers les minorités juives et chrétiennes, parfaits boucs émissaires de leur impossibilité de compter dans l’Histoire du monde, s’apercevant avec effarement qu’il ne suffit pas d’avoir une langue et une religion, mais qu’il faut aussi un savoir être qui sait apprendre du temps et de l’histoire humaine? Car il s’agit de se conserver et persister en (se) transformant, en créant les institutions que l’époque requiert.

Le lecteur alter islamiste, heureux de penser que la lapidation et le sectionnement d’une main font œuvre de résistance à l’américanisation du monde, avide de raser dorénavant les murs, de peur que sa démarche assurée passe pour un ethnocentrisme, heureux de voir que le voile devient une arme dans certaines banlieues françaises afin d’y combattre le «racisme d’Etat»!, jugera alors incongru de ne pas surévaluer ce qu’autrefois il prenait pour réactionnaire et archaïque, un «opium» .

Maintenant il basculera dans l’autre extrême en prenant pour argent comptant ce que l’Histoire racontée aux enfants dans les collèges de France déclame à tue tête: l’islam aurait libéré les peuples asservis alors qu’il a massacré comme tant de pouvoirs politiques puisqu’il fusionnait avec le sacré (ce qui ne fut pas le cas du judaïsme et du christianisme de Jésus). Il a bénéficié au mieux du préjugé favorable que les populations oppressées affublent toujours aux envahisseurs…

Venons-en d’ailleurs au début de cette conquête arabe tant vantée aujourd’hui pour observer la manière dont les chrétiens et les juifs étaient perçus par les autorités arabo-musulmanes. Citons Joseph Cuoq qui fait tout d’abord état de "ségrégation dans l’habitat" (L'Église d'Afrique du Nord du  deuxième au douzième siècle, Paris, Le Centurion, 1984, p.158). Il poursuit :

 

"(…) d’autres signes plus humiliants s’ajoutaient. Il y avait tout d’abord l’obligation pour les juifs et les chrétiens de porter des insignes distinctifs (…),

-(note 14 (p. 200) : Au temps d’Ibrâhîm II (875-902), juifs et chrétiens de Kairouan devaient porter sur l’épaule un morceau d’étoffe blanche sur laquelle était dessiné un singe ou un porc. Le même insigne devait être cloué sur la porte d’habitation. Références : ’ IYÂD, Biographies aghlabides, p. 223; Mâliki, résumé par H.R. Idris, dans "Contribution à l’histoire de l’Ifrîquiya", Revue des Études islamiques, 1935, p. 142.)-.

Mais surtout, toute manifestation extérieure de leur religion leur était interdite. Si l’entretien des lieux de culte était autorisé, il ne pouvait être question d’en construire de nouveaux. (…)."

 

Cuoq observe ensuite que si la "coexistence était généralement acceptée comme un fait" codifié par "le statut de la dhimma" (p. 160), il n’empêche que, à partir du neuvième - onzième siècle la société se "compartimente" ( pp. 160-161) :

 

"La fin du huitième siècle et le début du neuvième siècle sont dominés en Islam par la constitution des grandes écoles juridiques (madhhab), qui réglementent la vie privée et publique des musulmans. L’école qui a prévalu au Maghreb fut celle de Mâlik b. Anas (m. 795) (…).

Jusqu’alors les musulmans avaient réglé leur conduite d’après les coutumes, le sens commun et les directives orales des hommes de religion… Les relations avec les non musulmans étaient laissées au jugement de chacun. Ce n’est qu’incidemment que le droit malékite en traitait à propos des successions, des taxes personnelles djeziya), de la pureté légale, de l’aumône, des interdits alimentaires, des relations commerciales, des tribunaux, du droit de tester, etc. (…). Ces diverses dispositions, qui ont pour but premier de définir les droits de Dieu à respecter jusque dans le moindre détail, ont eu pour conséquence plus ou moins voulue de compartimenter la société en un dâr al-Islâm (espace musulman) et en un dâr al-kufr (espace d’infidélité). Il en est résulté une coexistence de pluralisme confessionnel mais non une cohabitation, qui implique plus ou moins un partage.

Bien plus, de telles mesures, les ambitions et les intérêts y poussant, ne pouvaient que susciter une ségrégation à base religieuse, et, à la limite, un refus de l’autre. (…)".

 

Cuoq détaille ce que cela veut dire au quotidien (p. 164) :

 

"Sous le prétexte d’être le plus fidèlement possible en accord avec la loi, des ’ulamâ’ tombaient dans des excès contraires à toute coexistence avec d’autres croyants. Ainsi, certains refusaient de prendre avec eux leur nourriture,

 -(note 25, p. 201 : Abû L-’Arab, Tabaqât, p. 146; trad. Ben Cheneb, p. 133 ; Mâliki, Riyâd, ms. 36 r., résumé par Idris dans Revue des Et Islamiques, 1935, p. 141.),

 -ou même de leur serrer la main, probablement par crainte de contracter une impureté légale,

 -(note 26, ibid, : Cadi’ Iyâd, Tarâjim, pp. 243-244 ; R. M. Speight, o.c., pp. 63-64. Le faqîh Ibn Abî Zayd était encore plus outrancier : "Si un chrétien ou un juif vous salue, écrit-il dans sa Risâla (éd. Bercher, pp. 312-313), il faut répondre seulement : ’alayka ("et sur toi" sans ajouter al-Salâm). Vous pouvez répondre aussi, car suivant une opinion c’est licite : ’alayka al-silâm (= que les pierres tombent sur toi)". Il y a un jeu de mot entre salâm et silâm" ).

 

Il ajoute (pp. 165-166) :

 

"Al-Qâbisî, shaykh originaire de Gabés, comme l’indique son nom, n’hésite pas à prêcher la ségrégation la plus absolue dans l’école, non pour des motifs raciaux ou moraux mais pour des raisons de pureté légale, les minoritaires étant considérés comme légalement impurs. Dans un de ses rares écrits qui nous soient parvenus (…), il expose ses recommandations aux maîtres d’école. Les enfants musulmans ne doivent pas être mêlés, insistait-il, aux enfants juifs ou chrétiens. (…).

C’est une semblable mise en garde que manifeste al-Qâbisî à propos des fêtes chrétiennes auxquelles participaient des musulmans soit par amitié et sympathie soit, peut-être, en souvenir de leurs racines chrétiennes. (…)"

 

Cette suspicion extrême, allant jusqu’au refus de l’autre, ne doit pas être certes, généralisée, y compris à l’époque; il n’empêche, qu’aujourd’hui, plusieurs siècles après elle devient, sous nos yeux, la base théologique du renouveau islamiste qui sévit de plus en plus de part le monde. 

S’agit-il pour autant de faire un racisme à rebours en rejetant tout ce qui porterait le nom d’Arabe ? Bien sûr que non ! mais il est inconcevable que l’on veuille nous faire croire que ce nom propre ait droit d’existence uniquement dans son lien avec l’appropriation islamique erronée des Livres juifs et chrétiens. Ou encore qu’il serait seulement une espèce de mot continent, espace ethno-religieux, dans lesquels des peuples entiers devraient continuer de se fondre, alors que la fusion ne donne généralement rien d’autre que des regrets et de la nostalgie et que nous avons changé d’époque, d’autres possibilités, immenses, s’ouvrent  à  tous les peuples de la Terre s’ils savent respecter leur être propre dans celui d’autrui puisqu’en reconnaissant en lui ce qui nous unit, chacun peut d’autant mieux cultiver aussi ce qui le distingue.

 

*

 

 

 

 

 

 

Notes

 

[1] « Lorsqu’ils avaient à écrire, les Arabes utilisaient un alphabet dérivé du phénicien, l’alphabet nabatéen, mais écrivaient dans la langue commerciale de l’époque, l’araméen. Et c’est cet araméen en alphabet nabatéen qui va peu à peu s’arabiser pour donner naissance à l’alphabet arabe actuel » Louis-Jean CALVET,  Histoire de l’écriture, Plon, 1996, p.187.

2 Joseph Cuoq (op.cit., p.118) observe ceci : « Notons d’abord ce constat : dans l’islam importé par les envahisseurs, les chrétiens d’alors voyaient moins une religion nouvelle qu’une hérésie de plus, à l’instar de l’arianisme, du monophysisme ou du donatisme. Un saint Jean Damascène, fonctionnaire chrétien du Califat de Damas et Père de l’Église, ne considérait-il pas la religion des nouveaux maîtres de l’Orient comme une hérésie chrétienne ? On comprend mieux, dans ces conditions, que des chrétiens berbères aient passé à l’islam, à l’exemple de Qusayla, pour avoir la vie sauve ou conserver quelque avantage. »

François Decret (Le christianisme en Afrique du Nord ancienne, Seuil, 1996, p. 262), fait le même constat : « Le climat de la conquête avait été celui du djihâd, c’est-à-dire d’une guerre sainte : les combats furent menés pour soumettre les populations à l’islam. Or, dans cette nouvelle religion importée, bien des chrétiens ne voyaient en fait qu’une hérésie chrétienne, comme il y en avait déjà eu de si nombreuses en terre d’Afrique. Cet aspect explique que, par crainte ou par intérêt, certains soient passés à l’islam tout en croyant demeurer fidèles à une forme de christianisme » .

 

Lucien-Samir Arezki Oulhabib

Docteur de l’Université Paris IV (Sorbonne), Auteur de Ethique et épistémologie du nihilisme, les meurtriers du sens, éditions l’Harmattan, Paris 2002, « Le nihilisme français contemporain, fondements et illustrations »,  éditions l'Harmattan, Paris 2003 et « Les Berbères et le Christianisme », éditions Berbères, Paris 2004