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Le Mouvement (Tenou'a), juillet-septembre 2003
Saga sépharade : un monument de la mémoire
Moïse Rahmani
Rhodes, un pan de notre mémoire, 2000 et Shalom Bwana, 2002 Editions
Romillat, collection Terra Hébraïca.
Les Juifs du soleil, Editions Filipson, Editions Luc Pire, 2002.
Rhodes un pan de notre mémoire est le premier ouvrage d'une trilogie, au cours de
laquelle Moïse Rahmani décrit la vie d'une petite communauté de Juifs sépharades. Nous
faisons leur connaissance à Rhodes, les suivons au Congo Belge (aujourd'hui République
démocratique du Congo Belge), avec Shalom Bwana1 et, fin de leur parcours, en
Belgique avec Les Juifs du soleil, portraits de Juifs sépharades en Belgique.
Dans Rhodes, un pan de notre mémoire, l'auteur investit l'histoire, les histoires des familles
avec leurs traditions, leurs superstitions. Ainsi défilent, variées, les vies des communautés
juives enracinées dans le Dodécanèse dont Rhodes représente un cadre exaltant pour la
« djuderia », quartier où vivaient les juifs d'origine judéo-espagnole, heureuse un temps,
passionnée et si attachante. D'amour et d'humour, les chroniques, maximes et proverbes,
rythment la vie courante comme autant de clins d'?il à la naïveté, au bon sens, dans
l'harmonie de la tradition et de la foi juive.
Trop de bon sentiments qui vont s'évanouir sous la plume de l'auteur. Les Juifs de Rhodes
rechercheront une terre d'exil, de meilleures conditions de vie. Moïse Rahmani met en scène
la dispersion progressive de cette chaleureuse communauté. Exilés à Bruxelles, Seattle,
Harare, Ashdod ou à Capetown, la communauté de Rhodes s'en est allée. Aujourd'hui réduite
à quelques âmes, rebelles ou dévouées, au service du souvenir des anciens, de ce qui a été et
qui n'est plus. Pour l'auteur, « c'est la petite pierre que je mets sur la tombe de ceux qui n'en
ont pas ».
Dans la préface de Shalom Bwana, la saga des Juifs du Congo, André Chouraqui,
souligne : « Vous êtes le premier écrivain qui ait jeté les bases d'une histoire des Juifs en
Afrique noire ».
Cet album aux souvenirs s'ouvre par le récit des origines de l'auteur, la nécessité en 1955, de
quitter Héliopolis, banlieue du Caire. L'enfant qui s'évanouit, une page se tourne sur
l'Afrique, rêve et illusion. L'ex-Congo Belge recueillera la communauté juive débarquée de
Rhodes, d'Egypte, d'Irak. Communauté laborieuse, au génie créatif qui ouvrira les portes
d'une Afrique où il fait bon vivre.
Les Franco, les Benatar, Israël, Hasson, Ménashé, Alhadeff sont là, sans oublier Albert
Mergian dont l'auteur trace un portrait particulièrement sensible.
La plupart ont répondu à une sollicitation, à une invite de solidarité d'un cousin, d'un oncle,
d'un ami créant ainsi une chaîne d'amitié. Pour adoucir les dures conditions de travail et de
vie, la présence des « ménagères » s'avère efficace.
Moïse Rahmani raconte avec finesse et émotion la naissance de petits métisses, ces « enfants
du pêché souvent plus juifs qu'africains.
De dures années se préparent face aux guerres d'indépendance, aux conflits opposant Tutsis et
Hutus. De ces pionniers à l'origine de la richesse du Congo Belge, il reste des témoignages
intenses de vérité, illustrés par d'émouvantes photographies.
Les Juifs du Soleil ont posé encore une fois leurs valises, cette fois-ci dans les brumes
de Bruxelles, d'Anvers ou d'Ostende?
Moïse Rahmani, en guide éclairé, ouvre quelques rayons où se rangent des histoires
d'hommes, de familles, de vie, en somme ! Son élégante écriture respire un charme suranné
que complètent des connaissances historiques, liturgiques.
L'originalité des Juifs du soleil repose sur la façon judicieuse dont l'auteur a su tirer
parti de cette galerie de portraits, qu'ils soient dignitaires ou simples membres de la
communauté, jamais découragés, toujours ambitieux. Nostalgie et inquiétude se conjuguent à
tous les temps.
Souvent acteur et non plus spectateur, l'ombre de Moïse Rahmani passe au fil des pages pour
relater sa lutte pour une participation plus active. Il est un infatigable militant de la cause du
judaïsme, de la langue judéo-espagnole, langue de ses racines, qu'il craint de voir un jour
disparaître, infatigable militant aussi de la cause d'Israël. Survit « Los Muestros », la voix
sépharade, témoin des temps passés, publication d'audience internationale, fondée voilà douze
ans. Moïse Rahmani préside et anime l'Institut sépharade européen à Bruxelles, et l'un des
sites juifs les plus visités d'Europe : www.sefarad.org.
Michelle Benguigui
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