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Israël-Diaspora Le Lien (Grenoble) 137 du 16/07/2000

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Israël-Diaspora Le Lien

- N° 137 17 juillet 2000 &

La Centrale, Bruxelles

- Septembre 2000
Paul Ginewski

Vie et mort des Juifs de Rhodes
Une monographie exemplaire

Un double devoir devrait s'imposer à tout Juif d'aujourd'hui : soutenir Israël contre ses ennemis et assumer, à outrance aussi, la mémoire de la shoah. Devoirs que résume le "onzième" commandement : "Tu ne donneras pas à Hitler une victoire poshume".
Moïse Rahmani le respecte, pour sa part, notamment par la publication de "Rhodes, un pan de notre mémoire" (1)
L'auteur y relate l'histoire de la communauté juive de cette île de la mer Egée, où l'on rencontre des Juifs depuis la fin de la période hellénistique, au Ve siècle avant notre ère. Ils connaissent un destin mouvementé, sous la souveraineté chrétienne des chevaliers de Saint-Jean, puis sous le "joug" ottoman à partir de 1480 environ, qui leur valut une liberté religieuse et culturelle à peu près complète et la prospérité économique. Avec la décadence de l'empire Ottoman à la fin du XIXème siècle, ils commencent à essaimer en Afrique, en Amérique, en Palestine, un mouvement qui s'accélèrera avec la guerre italo-turque, qui permit l'annexion de Rodes par l'Italie en 1912. Ils étaient quelque 4500 en 1938 quand l'Italie, s'alignant sur l'Allemagne, imposa les premières lois raciales, déclenchant un nouvelle vague d'émigration. La catastrophe s'abattit sur Rhodes quand les Allemands prirent le contrôle de l'île en septembre 1943. Tous les Juifs furent déportés en 1944, dans les conditions atroces que l'on sait et la plupart périrent à Auschwitz. 151 survécurent aux camps. Le récit de Moïse Rahmani nous restitue au sens propre des mots, un passé vivant.
Né au Caire, l'auteur a des attaches familiales à Rhodes et dans la diaspora des Rodeslis. Il a connu personnellement certains héros de l'odyssée de cette communauté et leurs descendants. Il relate leur vie de tous les jours, rapporte des fragments de leurs contes et légendes, de leurs superstitions et dictons. Il analyse, sans appareil scientifique pesant, mais en recourant à l'anecdote, leur vie sociale, religieuse, économique. Et surtout, illustre le texte par de très nombreuses photos, plans et documents (102 exactement) tiré d'archives et des albums de famille des disparus et des survivants.
Ces survivants sont peu nombreux. Rhodes est aujourd'hui "judenrein"(la communauté compte 38 membres). Peut-être, parmi les témoignages pris sur le vif, illustrant cette histoire de larmes et de sang, faut-il lire, méditer, cet entrefilet intitulé : "La spolation". Mieux qu'une longue analyse sociologique il raconte le destin juif contemporain et illustre aussi, à sa façon, la situation de tous les pays où la Shoah a passé : "Rhodes est envahie aujourd'hui de touriste. La mémoire juive s'estompe(?). La place des Martyrs Juifs s'abrège, dans le langage (et chez les guides) en Place des Martyrs(?). Quelques descendants de Rodeslis, à la recherche du temps perdu ou d'un paradis oublié, y viennent en pèlerinage goûter un peu de nostalgie et boire beaucoup d'amertume. Lorsqu'on se promène dans le quartier juif, lorsqu'on fait mine de s'arrêter devant les maisons d'autrefois habitées par des parents, de la famille, on sent s'appesantir dans le dos, un regard parfois curieux, souvent dur et haineux(?). J'ai vu des gens se faire insulter. Je l'ai été. J'ai vu aussi un Juif se faire agresser à cause d'une halte un peu trop prolongée devant son ancienne demeure. Que voulez-vous, il est indécent d'être encore vivant lorsqu'on a été spolié!".
Devant un tel acharnement à imposer l'oubli, la monographie de Moïse Rahmani est exemplaire. Tout Juif vivant devrait ressourcer et relater la totalité de ce qu'il sait de lui-même et des siens, disparus et survivants, avant que ces fragments de mémoire ne disparaissent avec lui.
Paul Ginewski

- Copyright © 2001-2002 Moïse Rahmani -
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