LE MOUVEMENT N°115
Juillet – septembre 2005
Monde Sépharade
Moïse Rahmani<
Les Juifs du soleil, Filipson Editions, 2002, 38, avenue des Arts – 1040 Bruxelles
Moïse Rahmani assume le devoir de mémoire du passé des communautés, d'origine ibérique et la chronique de leur présent, à travers les travaux de l'Institut, sa revue "Los Muestros" et ses livres. Moïse Rahmani, fondateur et directeur de l'Institut Sépharade européen, a interrogé (et, pour la plupart, filmé) une cinquantaine d'interlocuteurs de la génération déjà née en Belgique ou venue du Congo ex-belge, de Rhodes, de Turquie, d'Irak, etc., dirigeants d'organisations juives ou juifs de base. Leurs souvenirs très divers se recoupent. Leurs familles ont vécu la prospérité (ou la dhimmitude) dans les pays d'Islam, ont été décimés pendant la Shoah, ont trouvé refuge au Congo d'où ils ont été déracinés lors de l'indépendance. Ils connaissent aujourd'hui un nouvel enracinement-deracinement-dispersement, de nombreuses familles ayant un ou plusieurs des leurs en Israël.
Ils connaissent aussi l'inéluctable fusion interne des communautés. L'ancien président du Consistoire Georges Schnek, qui n'est pas Sépharade, témoigne sur ce point : "La synagogue d'Anvers est caractéristique. Bien que la majeure partie de ses membres ne soit plus Sépharade, le rite est resté identique à celui de ses débuts et la synagogue est devenue plus orthodoxe". Aussi, Moïse Rahmani termine-t-il son enquête sur une série d'interrogations : "Dans une, deux ou trois générations, parlera-t-on encore de Sépharades et d'ashkénazes de la manière dont nous le ressentons encore aujourd'hui chez nos aînés qui tentent de préserver culture et traditions ? Les jeunes, par les mariages entre les enfants des deux branches, forgeront un type de juif nouveau, symbiose entre les deux pôles".
L'auteur pose aussi le problème politique d'aujourd'hui. Les 40 000 juifs de Belgique sont l'objet, comme ceux de France des même agressions verbales et physiques, et l'Etat d'Israël est traîné dans la boue avec férocité dans les médias belges. Rahmani se demande : "Ai-je eu tort, pour les miens, de poser les miennes ici ? Une fois encore, une fois de plus, devra-t-on les boucler ?"
Paul Giniewski |