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Moïse Rahmani

Une désinformation éhontée. Lettre à Libération du 4 janvier 2007

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Le 4 janvier 2007

Monsieur le Redacteur en Chef,

L'article de Jean MARGUIN, « Palestine, réparer les préjudices », dans Libération de ce jour appelle de ma part des commentaires.
Mr Marguin, qui se targue d'être directeur de Recherches, désinforme sciemment les lecteurs de votre quotidien.
En effet il met en avant les seuls réfugies palestiniens, omettant les réfugies juifs des pays arabo-musulmans chassés ou contraints au depart (cf mon ouvrage "L'Exode oublié, Juifs des pays arabes" paru en 2003 aux Ed. Raphael, réedité en 2006 sous le titre : Refugiés juifs des pays arabes" chez Luc Pire, Bruxelles.

Je me demande où Mr Marguin puise ses chiffres lorsqu'il parle de "Plus de quatre millions de Palestiniens ont quitté leur terre, de gré ou de force". La population arabe totale de la Palestine en 1948 était de 1.282.000 habitants et seuls 548.600 furent recensés comme réfugiés.
Lors des séances à l'ONU, les Arabes ont volontairement gonflé les chiffres à maintes reprises : Le Liban en déclara un million, le Maroc 1.120.000 et un « chercheur » palestinien, Salman Abou Sitta poussa l'exagération à son paroxysme en déclarant que sur 7.718.186 ( ?) Palestiniens vivant alors - sept fois le chiffre recensé par la puissance mandataire - le nombre de réfugiés s'élevait à 5.325.000...

Je voudrai signaler à ce directeur de recherches qu'en 1961, le directeur de l'UNRWA, le Dr John H. Davis reconnut que le rapport statistique du nombre des réfugiés était erroné en raison "de nombreux décès non déclarés et du nombre croissant de fausses cartes assurant l'accès aux avantages et services de l'UNRWA".
En 1960, des membres du Congrès visitant la Jordanie ont fait savoir que, selon les estimations officielles, le nombre de fausses cartes de l'UNRWA dépassait les 150.000.

D'autre part, sur près d'un million de Juifs ayant été forcés au départ des pays arabo-musulmans, 750.000 ont trouvé refuge en Israël.
Il s'agit donc d'un exemple classique de transfert de population (le XX siècle a vu près de CENT MILLIONS de personnes déplacées !)

Je vous signale qu'aujourd'hui près de 60% de la population israélienne descend de ces Juifs des pays arabo-musulmans.

En ce qui concerne les biens, qu'en est-il des biens des Juifs saisis, confisques, pillés dans les pays arabo-musulmans ? Si le total des biens palestiniens, selon Mr Marguin, serait de 250 milliards, de combien faudrait-il multiplier ce chiffre pour arriver à la spoliation des biens des Juifs !

Je regrette que votre journal prête le flanc à pareille perfide désinformation et j'espère que vous aurez à coeur de publier ce rectificatif.

Je me ferai un plaisir de vous adresser, si vous le souhaitez, un exemplaire de mon ouvrage et le rapport sur les réfugiés palestiniens, chiffres à l’appui, publié en janvier 2006 par Le Jérusalem Post. Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur en Chef, l’assurance de mes sentiments distingués.

Moïse Rahmani
Ecrivain

**********

Voici l'article de Libération :

La reconnaissance des responsabilités internationales devrait être implicite ou, mieux encore, officielle.
Palestine, réparer les préjudices
Par Jean MARGUIN
QUOTIDIEN : jeudi 4 janvier 2007
Jean Marguin chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique.

On ne dira jamais assez que le problème des réfugiés palestiniens est au centre du conflit Israël-Palestine. Les intellectuels palestiniens, au premier rang desquels l'historien Elias Sanbar, nous le rappellent avec insistance. Mais nous restons sourds à ces appels qui contiennent pourtant en germe la solution de ce conflit qui empoisonne le Proche-Orient et les relations internationales.

L'exode des Palestiniens a commencé avec l'adoption du plan de partage de la Palestine, voté par l'Assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947. La guerre israélo-arabe qui s'en est suivie a accentué cet exode qui n'a pas cessé depuis, et s'est même renforcé avec l'occupation en 1967 de la Cisjordanie et de la bande de Gaza et, plus récemment, avec la construction du mur de séparation.

Plus de quatre millions de Palestiniens ont quitté leur terre, de gré ou de force, et vivent en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, en Jordanie, au Liban, en Syrie et dans divers pays du Moyen-Orient. Un tiers de ces réfugiés vivent dans des camps. Ils subsistent dans des conditions plus que précaires grâce à l'aide internationale dont la majeure partie est gérée par l'Unwra, agence de l'ONU créée en 1949. La résolution 194 de l'ONU (11 décembre 1948) reconnaît aux réfugiés palestiniens le droit au retour sur leurs terres et le droit à indemnisation pour les biens qu'ils ont perdus. Israël, bien qu'ayant implicitement accepté les termes de cette résolution par le fait même de son admission à l'ONU, ne les a jamais reconnus de facto .

Toutefois, cette absence de reconnaissance ne devrait pas constituer un point de blocage pour le règlement du problème. Le constat de l'existence des réfugiés est une preuve suffisante de la réalité de l'expropriation. Or un problème d'expropriation ne se règle pas par la violence mais par les voies du droit. Les étapes de la solution sont toujours les mêmes : constat de la réalité de l'expropriation, recherche des responsabilités, évaluation des préjudices matériels et moraux, juste réparation des préjudices, acceptée par les parties contractantes.

Les responsabilités ? On a tort de faire porter sur les Israéliens la totalité des responsabilités de l'expropriation des Palestiniens, car les faits générateurs remontent aux années 30 et surtout à l'extermination des Juifs par le régime nazi. Si les Juifs se sont installés sur des terres palestiniennes, c'est aussi et principalement par la volonté des puissances de l'époque, spécialement de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, et dans une moindre mesure, des Etats-Unis et de la Russie. Avec le jugement critique que nous portons désormais sur notre ère coloniale, cette reconnaissance de responsabilité devrait être implicitement acquise. Il serait sans doute préférable, pour l'issue du conflit, qu'elle soit officielle.

Pour ce qui est des préjudices matériels, l'UNCCP (United Nations Conciliation Commission for Palestine), commission créée par l'ONU pour appliquer les termes de la résolution 194, a procédé à une évaluation globale de la valeur des terres palestiniennes expropriées mais n'a pas été en mesure, pour des raisons politiques, de prendre en compte la valeur des propriétés individuelles (habitations, troupeaux, entreprises, équipements, etc.). Cette évaluation, très incomplète, conduit à près de 300 millions de dollars de 1951, soit environ 12 milliards de dollars actuels. Des évaluations palestiniennes plus récentes et plus complètes conduisent à plus de 250 milliards, ce qui est probablement plus proche de la réalité.
Pour gérer ces fonds, il faudrait «ressusciter» les missions de l'UNCCP en créant un fonds international alimenté par les nations dont la responsabilité dans l'expropriation des Palestiniens est avérée et par les multiples donations privées, en provenance notamment de la diaspora palestinienne et des organisations juives. La gestion de ce fonds pourrait être confiée à l'UNWRA, à moins que l'importance des sommes mises en jeu et le caractère semi-public des contributions ne nécessitent la création d'un organisme spécifique. Une telle structure aurait pour mission d'évaluer les préjudices des personnes morales et physiques, de déterminer les montants des indemnisations en concertation avec les parties et de recueillir et gérer les fonds. A une échelle bien moindre, un tel organisme a été créé en 1991 pour réparer les préjudices entraînés par la guerre du Golfe. A ce jour, plus de 1 milliard de dollars ont été versés. Pourquoi n'existe-t-il rien pour les Palestiniens ?

Pour la communauté internationale, ne serait-il pas préférable de placer quelques milliards de dollars dans cette oeuvre de paix plutôt que d'entretenir un foyer de violence et de terrorisme, au prix d'interventions armées incessantes, aussi inefficaces que dispendieuses et contre-productives ?

Qu'en est-t-il du préjudice moral ? On ne peut nier la réalité ni l'importance de ce préjudice qui a conduit une génération de Palestiniens à vivre hors de leurs terres, dans des conditions précaires, souvent misérables. Il est probable que les compensations financières, quel que soit leur montant, ne suffiront pas à réparer ce préjudice. C'est pourquoi un Etat palestinien viable doit nécessairement voir le jour, d'autant qu'un demi-siècle de lutte a renforcé le sentiment national. La réparation préalable du préjudice matériel devrait créer un climat de confiance qui ne pourra que favoriser ce projet.

La reconnaissance d'un Etat palestinien viable et surtout la juste réparation du préjudice par la communauté internationale responsable de l'expropriation, et pas seulement Israël, auraient des chances, plus que toute autre mesure, d'apporter une solution définitive à un conflit qui met en péril la paix mondiale.

http://www.liberation.fr/rebonds/226539.FR.php?utk=0007ce6a

Monsieur Jean Marguin s’est senti interpellé par mon courrier et m’a envoyé, via Primo Europe qui a diffusé ma lettre à Libération, ce message qui nécessite, également une mise au point !

Cher Monsieur,
Mon article n'a qu'un seul but : attirer l'attention du public sur le fait qu'un problème d'expropriation se règle par le droit et non par la violence. On peut effectivement contester les chiffres mais ceux que je cite englobent tous les pays du Moyen Orient. J'aurais peut-être dû citer également les Juifs expropriés ce qui aurait encore renforcé mon argumentation mais il m'a semblé que, dans l'ensemble, leurs conditions de vie étaient moins déplorables. J'ai peut-être tort.
Par ailleurs, je n'ai jamais dit que l'Europe était responsable de la Shoah mais qu'elle avait favorisé la création de l'Etat d'Israël, ce qui, avouez-le, est très différent et difficilement contestable... Je récuse donc toute référence aux propos d'Ahmadinejad !
En 5000 caractères il est difficile de développer les moyens de mettre en oeuvre un solution juste de réparation internationale pour tous les réfugiés (Palestiniens et Juifs). Le problème est largement ouvert. J'ai rouvert le dossier et j'attends vos propositions.<> Je précise enfin que je ne suis pas "directeur de recherche" mais simpement "chargé de recherche"
Avec mes meilleurs sentiments,
Jean Marguin

Cher Monsieur,

Je prends acte de votre lettre.
Si les chiffres que vous citez englobent, comme vous le dites, tous les pays du Moyen Orient, pourquoi, dans ce cas, leur accoler à tous l'étiquette de Palestiniens.
Vous auriez certainement dû citer les réfugiés juifs, non seulement expropries (c'est encore le moindre mal), réfugies des pays dits-arabes. Je vous signale que ceux-ci ont été chassés ou forces au depart de pays qui étaient loin du champ de bataille. Ils le furent car Juifs et uniquement pour cela.
En outre, aucun organisme de l'ONU, aucun état (sauf Israël pour ceux qui y trouvèrent refuge) ne les aida. L'ONU ne s'intéressa pas à eux, les états occidentaux n'engloutirent pas de fortune pour les aider à se reconstruire et ce n'est que grâce à l'aide des communautés juives dans les pays d'accueil (La Cofasor, en France, leur accorda une subvention durant trois mois, vingt mille francs (anciens) de l'epoque.
Les Juifs s'intégrèrent et se rebâtirent, par leur seul travail. Ils ne furent pas parqués dans des camps comme le furent les malheureux Palestiniens par leurs "frères" arabes et maintenus volontairement dans des conditions de vie déplorables.

S'il est difficile, en 5.000 caractères de développer les moyens d'une solution juste, il semble que ce soit plus aisé de faire preuve de partialité en manipulant les faits. C'est le reproche que je vous fais : désinformer.

Veuillez agréer, cher Monsieur, mes salutations distinguées.

Moise Rahmani

PS en effet, je vous ai qualifié erronément de Directeur de recherches. Veuillez m'en excuser.

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