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Moïse Rahmani

Ce professeur honoraire sait-il de quoi il parle ?Lettre du 9 août 2006 au Soir de Bruxelles

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Une carte blanche parue dans Le Soir. On peut se poser la question si ce professeur honoraire (d'histoire ?), sait de quoi il retourne.

Non, il n'est pas antisémite. Non il n'est pas anti-israélien. Non ce n'est peut-être pas un Juif honteux, c'est une personne victime de la désinformation dénoncée, aujourd’hui par Reuters et CNN. Je me demande qui, en Belgique commet des crimes contre la raison.

Monsieur Hurwitz déclare : . Mon courroux émane de la peine que me cause cet égarement politique dans des voies sans issues du peuple israélien, duquel je me sens proche, et mes jugements critiques ont pour but d’éclairer la conscience de ceux de mes amis qui comme moi sont d’origine juive. Le mien est que je ne revendique pas mon « origine juive »,je suis juif, tout simplement Carte blanche parue dans le Journal «Le Soir», le lundi 7 août 2006.

Proche-Orient; qui commet des crimes contre la raison?

H.D.Hurwitz, Professeur honoraire de l’Université Libre de Bruxelles.

La carte blanche «Proche-Orient: qui commet des crimes contre la paix? » publiée le 4 août dans ce même journal parle, pour qualifier le Hamas et le Hezbollah, d’une «..analogie frappante avec celle des fascistes européens de la première partie du siècle.» et, citant les accords de Munich, parle au sujet du Liban des «.. fausses trêves qui laissent à l’adversaire le temps ..de marcher vers des guerres plus cruelles encore.«Viva la Muerte!» ».
Quel est ce salmigondis de références qui jettent la confusion sur la nature des processus historiques, ce galimatias sorti pour la bonne cause, par ceux qui se chargent contre toute évidence de célébrer «l’attachement à la paix» du gouvernement israélien?
Par ceux aussi qui se sentent nantis de la mission de défendre en toutes circonstances un Etat d’Israël, relégué à leurs yeux au rang d’Etat paria, dès le moment où on exerce à l’égard de la politique de son gouvernement, ou des actes commis par son armée, une critique sérieuse et honnête.
En toute occasion au cours de son histoire, comme maintenant en Cisjordanie et au Liban, Israël a voulu la paix nous annoncent-ils car «la conquête de nouveaux territoires n’est pas inscrite au rang de ses objectifs stratégiques».
Heureux de l’apprendre. Alors que toute l’histoire de cet Etat est pénétrée par une idéologie visant à étendre son territoire, nous découvrons avec surprise que la création de colonies de peuplement en Cisjordanie, l’extension territoriale du périmètre de Jérusalem, les enclaves dites sécuritaires et la réduction de la superficie du territoire palestinien proposée par Barak à Camp David ne seraient pas des objectifs stratégiques.
Nous a t’on donc leurré depuis quarante ans en nous faisant prendre pour objectifs stratégiques une simple tactique dont le but n’aurait alors été autre que d’énerver les Palestiniens et les juristes internationaux?
Ou devons nous comprendre qu’aux yeux de ces thuriféraires de la politique de l‘Etat d’Israël, les Palestiniens occupent un territoire en Palestine qui a été israélien de tout temps? Ces avocats sortent leur plaidoirie chaque fois que par ses actes guerriers l’Etat d’Israël affronte une réprobation générale légitime. Ce fut le cas à l’occasion de la première Intifada, de l’invasion du Liban en 1982, de l’occupation du sud de ce pays jusqu’en 2000, de la répression de la seconde Intifada. Ils justifient les faits ou, au mieux, les excusent quand il s’agit des quartiers de villes palestiniennes rasés, de la confiscation des terres pour y établir des colonies, des saccages du tissu social de ce peuple, de l’annihilation organisée d’une société palestinienne par l’humiliation récurrente et la force des armes.
Maintenant, avec le petit doigt levé sur l’anse de la tasse, ils regrettent « l’évidence atroce de la destruction et de la mort des hommes, des femmes» et disent-ils «…aussi des enfants» au Liban, mais ils prônent néanmoins la politique du carnage a laquelle on soumet le peuple libanais. Pour quelle raison ce carnage? Au vu du degré actuel de destruction et de souffrance infligés au peuple libanais personne ne peut plus décemment soutenir qu’il s’agit des dommages collatéraux d’une opération qui vise uniquement le Hezbollah, comme l’affirme Olmert, la main sur le cœur et le sourire aux lèvres. S’agit-il du fait que l’Etat Libanais s’est rendu coupable de retarder l’exécution de la résolution 1559 qui l’oblige à désarmer les milices? Or depuis plus de quarante ans le monde attend en vain l’application par l’Etat d’Israël des résolutions du conseil de sécurité, sans parler de la décision de la Cours de Justice de La Haye concernant l’élimination de cette abomination que constitue le mur de sept mètres de haut qu’ils appellent pudiquement la barrière.
Nos croisés de la bonne cause ne font jamais allusion a ces situations de non-droit dans lesquelles Israël se prélasse car cet Etat est, à leurs yeux, un Etat d’exception dont les actes ne ressortent d’aucun droit si ce n’est le bon droit qu’il s’arroge. Le peuple libanais se trouve par conséquent soumis à une punition collective sans qu’aucun argument ne soit avancé pour en expliquer la raison. Il est vrai que les punitions collectives ont fait l’objet de rodages fréquents de la part des forces armées israéliennes sur une victime a portée de leur fusil, le peuple palestinien. Et le monde dit démocratique, avec sa pusillanimité coutumière quant il s’agit d’Israël, a laissé faire. Est-ce donc par routine, entraîné par un élan irrépressible assorti de la garantie d’impunité et d’invincibilité que Tsahal a voulu exercer ses forces sur un terrain plus vaste que les territoires palestiniens? Ou est ce en définitive parce que, drillés par les neo-conservateurs américains, le gouvernement israélien et ses militaires avaient hâte de jouer un rôle principal aux côtés de leurs protecteurs dans la mise en œuvre de la théorie fumeuse de l’enfantement du «nouveau Moyen-Orient» par un passage obligé au travers du chaos?
Utopie délirante du chaos purificateur engendrant des structures nationales repliées sur leurs caractères ethniques et religieux, affaiblies par leurs affrontements et donc perméables aux intérêts économiques de l’occident. Mais peut-être source de visions enivrantes pour des militaires habités par le fantasme de sauver les valeurs occidentales et imbus de leur supériorité, comme le suggèrent certains journalistes israéliens?
Qu’il me soit permis de rétorquer à l’avance a ceux qui m’accuseraient d’être anti-israélien ou peut-être même antisémite qu’ils se trompent. Mon courroux émane de la peine que me cause cet égarement politique dans des voies sans issues du peuple israélien, duquel je me sens proche, et mes jugements critiques ont pour but d’éclairer la conscience de ceux de mes amis qui comme moi sont d’origine juive.
Je leur dois l’expression franche et sans concession de mes sentiments et de mes pensées concernant ces évènements, lesquels, avec leurs causes historiques, nous marquent profondément dans notre existence.

Le 5 août 2006.

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