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Moïse Rahmani

Le patrimoine confisqué 5. L'Afrique du Nord (par Itamar Levin)

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L’AFRIQUE DU NORD

L’aliyah la plus importante en provenance du monde arabe concerne les pays d’Afrique du Nord, essentiellement la Tunisie et le Maroc. Le sort réservé aux biens appartenant aux émigrés de ces pays n’a pas encore fait l’objet d’études exhaustives, et nous nous limiterons ici à quelques faits saillants. En tout état de cause, il n’existe pas à ce jour d’estimation reconnue concernant l’ampleur des dommages matériels, mais si l’on considère la taille de ces communautés et le fait que la plupart de leurs membres ont fui vers Israël, il est clair que les demandes d’indemnité portant sur les biens communautaires et les dommages aux biens privés se chiffrent par centaines de millions de dollars au moins.

D’après les statistiques de la WOJAC (Organisation mondiale des Juifs originaires des pays arabes), plus de 265 000 Juifs d’origine marocaine ont émigré en Israël entre 1948 et 1986. Aujourd’hui, la communauté juive marocaine compte à peine 5 000 personnes. D’une manière générale, cette communauté a bénéficié, tout au long des règnes de Mohammed V puis de Hassan II, de la protection officielle des autorités et n’a subi ni persécution ni discrimination - pas même sur le plan économique. Lorsque les partis d’opposition ont tenté d’organiser un boycott des magasins juifs après la guerre des Six jours, les autorités sont intervenues pour l’empêcher.

L’émigration juive du Maroc est intervenue principalement à la fin des années 1940, peu de temps après la création de l’Etat d’Israël, dans un climat marqué par l’incertitude du lendemain et un présent misérable. Une seconde vague a suivi l’accession du Maroc à l’indépendance en 1956, après que le Congrès juif mondial soit intervenu pour s’assurer que les Juifs marocains auraient le droit d’émigrer librement. De source israélienne bien informée, les membres de la communauté les plus fortunés ont généralement réussi à emporter avec eux leurs biens. Reste néanmoins à examiner la question de l’indemnisation des biens communautaires abandonnés au Maroc - afin de déterminer si une indemnisation est envisageable et quels en seraient les bénéficiaires et le montant.

Cent quarante mille Juifs vivaient en Algérie avant la création de l’Etat d’Israël, il n’en reste que quelques centaines à peine aujourd’hui. Cependant, 24 000 Juifs algériens seulement ont immigré en Israël, la plupart ayant choisi la France au moment de l’accession de l’Algérie à l’indépendance à l’issue de la guerre civile sanglante qui a secoué le pays. Au moment de l’indépendance algérienne (1962), le gouvernement français a indemnisé ses ressortissants pour les biens laissés en Algérie, et il ne semble donc pas qu’il subsiste de demandes significatives à faire valoir auprès de ce pays. En revanche, il est clair que Paris n’a pas indemnisé les biens communautaires, et sur ce point, il semblerait qu’Israël et les organisations juives aient des droits à faire valoir. Les quelques Juifs restés en Algérie n’ont pas subi de discrimination économique significative.

La communauté juive tunisienne comptait 110 000 membres au moment de la création de l’Etat d’Israël ; elle n’en compte plus que quelques milliers aujourd’hui. Cinquante trois mille juifs tunisiens sont venus en Israël au titre de l’aliyah. Le préjudice le plus important subi par la communauté a été enregistré après la guerre des Six jours, lorsque des groupes ont tenté de se livrer à un pogrom, brûlé la synagogue centrale et mis le feu à un certain nombre de magasins juifs. Le Président Habib Bourguiba est immédiatement intervenu pour mettre un terme aux troubles et punir leurs auteurs. Son gouvernement a également indemnisé la communauté juive. Toutefois, nombre de Juifs tunisiens ont alors préféré quitter le pays, le plus souvent pour se rendre en France. Le gouvernement n’a pas limité cette émigration; en revanche il a appliqué des mesures restrictives aux avoirs financiers et autres biens - circonstance qui justifie des demandes d’indemnisation au titre des biens personnels comme des biens communautaires.

En Libye, où vivaient en 1948 38 000 Juifs, des dommages importants ont été causés aux biens juifs ces dernières décennies ; la communauté s’est éteinte depuis, et la quasi- totalité de ses membres (36 000 personnes) sont venues en Israël. Plusieurs milliers d’olim ont été contraints d’émigrer clandestinement, la loi leur interdisant de sortir du pays. Ce faisant naturellement, ils ont perdu l’essentiel, sinon la totalité de leurs biens. Les derniers Juifs restants ont à leur tour fui la Libye après les manifestations anti-juives qui ont suivi la guerre des Six jours, manifestations au cours desquelles 20 Juifs ont été tués, des synagogues brûlées et de nombreux magasins juifs pillés. Le Président Kadhafi, arrivé au pouvoir en 1969, a aussitôt ordonné l’expropriation de tous les avoirs juifs et décrété que les sommes dues à des Juifs ne devaient pas être remboursées.

Source : Congrès Juif Mondial et Congrès Juif Européen

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